SHARE

Les réponses de Viktor Orbán aux questions des journalistes

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci, Monsieur le Premier ministre. Conformément à la tradition, je propose de commencer par MTVA.

László Mészáros (MTVA) : Bonjour à toutes et à tous. Pardon, je vais céder la parole à ma collègue. Nous sommes plusieurs présents.

Ildikó Csuhaj (MTVA) : Merci beaucoup. Ildikó Csuhaj, des médias de service public. Monsieur le Premier ministre, vous avez vous-même indiqué que les élections devraient avoir lieu au printemps, selon les informations disponibles, le 12 avril. En juillet, à Tusnádfürdő, vous évoquiez, sur la base des données et sondages de l’époque, une victoire écrasante du Fidesz, avec 80 sièges individuels sur 106. Aujourd’hui, que pouvez-vous nous dire ? Vous avez sans doute accès aux sondages internes : sur les 106 circonscriptions, combien de mandats individuels anticipez-vous désormais ? Peut-on dire que vous attendez toujours une victoire nette du Fidesz ? Et, à l’approche des élections, est-il définitivement exclu qu’il y ait un débat entre candidats au poste de Premier ministre, autrement dit que vous débattiez avec Péter Magyar ? Je vous cite : « C’est l’homme de Bruxelles. » Merci.

Il est effectivement prévu que des élections législatives aient lieu en Hongrie en 2026. La date précise relève de la décision du président de la République. L’expérience montre que, de manière générale, les élections sont fixées à la date la plus précoce autorisée par les règles constitutionnelles. Tant qu’aucune décision officielle n’a été prise, nous nous alignons sur cette hypothèse. Quant aux résultats attendus, ce n’est malheureusement pas à nous d’en décider, mais au peuple hongrois : à qui il appartient exclusivement de déterminer ce qu’il souhaite et combien de mandats reviendront à chacun. Notre tâche consiste à nous fixer des objectifs. Le nôtre est clair : réitérer le résultat des élections de 2022. S’agissant des débats, la situation est la suivante : je ne débat qu’avec des personnes souveraines. Cela vaut aussi bien pour vous, les journalistes, que pour les responsables politiques. Ceux qui sont financés depuis l’étranger, dont les maîtres se trouvent hors du pays, je ne les considère pas comme souverains, et je ne vois donc aucun sens à débattre avec eux. En revanche, je reste naturellement à la disposition de chaque électeur hongrois.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Financial Times.

Márton Dunai (Financial Times) : Bonjour à tous. Je m’appelle Márton Dunai. Le fait de n’avoir droit qu’à une seule question complique un peu ma tâche, mais je vais essayer de formuler une sorte de question composite. Vous avez parlé d’un changement d’époque ; celui-ci coïnciderait avec les élections, et il est donc évident que la stratégie politique devient aussi une question électorale. Ma question est donc la suivante : la Hongrie restera-t-elle membre à part entière de la communauté des États d’Europe occidentale, liée à cet ensemble ? Vous avez écrit, et dit ce matin encore, que l’une des voies menait à une impasse bruxelloise. Mais quel est votre projet à vous ? Quelle est l’alternative à Bruxelles ? Et, au-delà de la « voie hongroise », quelle est la garantie que cette alternative ne soit pas Moscou ? À l’ère de la politique de puissance mondiale, comme on peut le voir actuellement au Venezuela, par exemple, la Hongrie peut-elle, en tant que nation, défendre ses intérêts et rester souveraine en dehors du cadre de l’Union européenne, au milieu de ces géants ? Vous avez récemment rencontré le président Trump à Washington, où il a été question d’un « bouclier financier », mais rien ne garantit que celui-ci voie réellement le jour. Par ailleurs, la Hongrie se rapproche dangereusement de la catégorie spéculative chez les agences de notation, en partie précisément pour ces raisons. Comment faut-il comprendre tout cela ? Quel est le prix que votre gouvernement est prêt à payer pour ce positionnement ? Merci beaucoup.

Il est vrai que cela ne ressemblait pas vraiment à une seule question. Mais cela m’offre la possibilité de ne répondre qu’à ce que je considère, moi, comme étant l’essentiel. Cela dit, je vais tenter de fondre plusieurs réponses en une seule. Concernant le Venezuela, je dirais qu’il s’agit là d’une manifestation très forte du nouveau monde qui émerge. C’est un nouveau langage, et c’est dans cette langue que le monde parlera à l’avenir. Ce que j’en retiens, du point de vue des intérêts hongrois, c’est que, avec le Venezuela, les États-Unis, j’avance ici une estimation, seraient en mesure de contrôler 40 à 50 % des réserves mondiales de pétrole. C’est une puissance suffisante pour influencer de manière significative les prix mondiaux de l’énergie, et nous partons du principe que les Américains ont besoin d’une énergie meilleur marché. Le programme de politique économique annoncé par le président suppose des niveaux de prix de l’énergie inférieurs à ceux d’aujourd’hui, et c’est une bonne nouvelle pour la Hongrie. Je vois donc une réelle possibilité que la mise sous contrôle du Venezuela entraîne une conjoncture énergétique mondiale plus favorable à la Hongrie. Et c’est, là encore, une bonne nouvelle. Cela nous amène à la question de la souveraineté. La Hongrie est un pays solidement campé sur ses bases. Contrairement à ce que suggérait votre question, qui contenait aussi une affirmation, la Hongrie se situe dans la catégorie des investissements recommandés. Au cours des quatre dernières années, les investissements les plus importants de l’histoire contemporaine du pays ont été réalisés. Si l’on s’en tient aux faits et aux chiffres, cette période constitue la phase d’investissement la plus réussie que la Hongrie n’ait jamais connue. Il n’est donc pas question de catégorie spéculative. Les plus grandes entreprises mondiales continuent d’investir en Hongrie, et cette tendance devrait se poursuivre. Depuis l’entrée en fonction du président américain, si mes calculs sont exacts, treize investissements américains majeurs ont déjà été réalisés en Hongrie. Dans un contexte où les États-Unis cherchent plutôt à rapatrier leurs entreprises, cela peut être considéré comme un véritable tour de force. Et, selon nos plans et nos informations, d’autres investissements américains significatifs sont attendus cette année et l’an prochain. Tout cela montre bien qu’il existe une vie au-delà de Bruxelles. Pour l’économie hongroise, Bruxelles n’est pas l’unique possibilité de marché. C’est une possibilité importante, certes. Le fait pour la Hongrie d’être membre de l’Union européenne est important et ouvre d’importantes perspectives économiques. Mais si nous nous enfermions dans un seul et unique bloc, nous en paierions le prix. C’est pourquoi, dans l’esprit de la philosophie de la connectivité, la Hongrie doit entretenir les relations les plus étroites, les plus intimes et les plus solides possibles avec tous les grands pôles économiques du monde. Cela vaut pour les États-Unis, pour la Chine, pour la Russie, pour le monde arabe, comme pour le monde turcique. C’est la politique que nous avons menée ces dernières années, et c’est celle que je poursuivrai en 2026. Je suis convaincu qu’au sein de Bruxelles, en tant que membre de l’Union européenne, il n’est possible de mener une politique sensée qu’à condition d’être souverain. La Hongrie ne souhaite participer à aucun projet fédéral. Au contraire, puisque les traités fondateurs reconnaissent explicitement le droit pour la Hongrie d’être membre d’une Union européenne non fédérale, nous entendons défendre ces droits, y compris une politique étrangère souveraine, une politique énergétique souveraine, et bien d’autres encore. Nous envisageons donc notre avenir au sein de l’Union, sous le parapluie sécuritaire de l’OTAN, en menant une politique étrangère et une politique économique souveraines. C’est possible. Cette approche diffère de la stratégie, du langage et de la vision du monde de l’élite européenne actuelle, que je qualifierais aujourd’hui de fédéraliste, pro-guerre et pro-ukrainienne, mais ce n’est pas un problème. L’Union européenne peut parfaitement compter en son sein des États membres aux conceptions différentes. Et c’est ainsi que cela doit être. La Hongrie est – pause – un pays hongrois. Culturellement, économiquement, et du point de vue de sa souveraineté. Nos ancêtres y ont consacré mille cent ans. Je ne pense pas qu’aucune génération hongroise ait le droit d’y renoncer.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Je donne maintenant la parole à ATV.

Zsolt Hazafi (ATV) : Bonjour à toutes et à tous. Zsolt Hazafi, pour ATV. J’aurais moi aussi une série de questions concernant le « bouclier de protection ». Ce sera une seule question, mais emballée dans plusieurs sous-questions. À quel moment avez-vous pris conscience de la fragilité de l’économie hongroise et de la nécessité d’un bouclier de protection ? Pourquoi avoir sollicité l’aide du président des États-Unis à cette fin ? Il y a eu un malentendu : le président Trump a déclaré à Politico qu’ils en avaient bien parlé, mais sans conclure d’accord. Où en est aujourd’hui ce dossier ? En 2026, sera-t-il nécessaire d’activer ce bouclier américain ? Envisagez-vous d’en mobiliser certains éléments ? Enfin, et c’est la dernière partie de ma question, cette promesse s’adresse-t-elle à vous personnellement, à votre gouvernement, ou à la Hongrie ? Et si, en avril, un gouvernement d’une autre couleur politique arrivait au pouvoir, cette promesse du président Trump resterait-elle valable ? Merci beaucoup.

Cela fait beaucoup de questions : je vais devoir les noter, veuillez m’en excuser. Je vais donc répondre en remontant à rebours. Les États-Unis d’Amérique sont un régime présidentiel. Tout accord y est de nature personnelle. Tant que le président souhaite qu’un accord soit en vigueur, il l’est ; lorsqu’il ne le souhaite plus, il cesse de l’être. Cela peut nous sembler inhabituel, nous qui vivons dans un système parlementaire et gouvernemental, mais c’est ainsi que les choses fonctionnent aux États-Unis, et nous nous y adaptons. Ce qui est certain, c’est ce que le Premier ministre en exercice conclut avec le président américain en exercice. Quant à l’avenir de tels accords en cas de changement de personne, de part et d’autre, cela ne peut être jugé qu’au cas par cas, si et lorsqu’une telle situation se présente. Pour ma part, je ne l’anticipe pas : j’espère que les accords conclus avec le président des États-Unis, en présence et avec l’assentiment des dirigeants républicains qui le soutiennent, pourront être maintenus même au-delà du mandat présidentiel de quatre ans. Sans même parler de notre propre stabilité politique que nous espérons également. Depuis quand un bouclier de protection est-il nécessaire ? Depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Depuis la défaite de la Hongrie lors de la Première Guerre mondiale, le pays a toujours eu besoin, sous une forme ou une autre, d’un bouclier financier. La Hongrie ayant choisi une orientation stratégique différente de celle de Bruxelles, elle ne peut pas compter sur un bouclier de protection bruxellois. De Bruxelles, il faut plutôt s’attendre à des actions hostiles. Il incombe donc au gouvernement hongrois de veiller, comme cela a toujours été le cas depuis la Première Guerre mondiale, à ce qu’un mécanisme de protection soit disponible pour la Hongrie en cas de difficulté. Ces difficultés ne viennent généralement pas de l’intérieur, mais de l’extérieur. La structure interne de l’économie hongroise est stable, équilibrée, et porteuse de grandes promesses. Mais la spéculation existe toujours. La Hongrie est un pays de taille limitée, sa monnaie est aussi forte qu’elle peut l’être, et nous vivons dans un monde où même la livre sterling a déjà pu être attaquée avec succès. Un gouvernement responsable se doit donc toujours de prévoir un bouclier financier. Aujourd’hui, c’est aux États-Unis que nous pouvons en disposer. C’est pourquoi je me suis accordé avec le président américain sur la mise en place d’un tel bouclier. C’est moi qui en ai fait la demande. Aucune solution existante, acceptable à la fois pour la Hongrie et pour les États-Unis, n’était disponible. Nous sommes donc convenus que nos équipes élaboreraient un mécanisme de protection spécifique, correspondant aux besoins de la Hongrie et que les Américains sont à la fois en mesure et disposés à fournir. Ce travail est en cours. Il est placé sous la direction du ministre des Affaires étrangères. Ai-je répondu à toutes les questions ?

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne maintenant la parole au Telegraph. Francis.

Francis Dearnley (The Telegraph) : Francis Dearnley, The Telegraph. Merci de nous accorder votre temps. En quoi les actions des États-Unis au Venezuela diffèrent-elles de celles de Vladimir Poutine en Russie ? Et comment réagiriez-vous si Donald Trump mettait sa menace à exécution en annexant le Groenland, étant donné qu’il s’agit d’un territoire appartenant à un État membre de l’OTAN ?

Toute comparaison de ce type est plus que dangereuse. Si vous me le permettez, je ne souhaite établir aucun parallèle entre la guerre russo-ukrainienne et la situation au Venezuela, ou entre la Russie et les États-Unis, quels qu’ils soient. Chaque cas est différent — tant par sa nature juridique que par son contexte politique. La comparaison n’est donc d’aucune utilité ici. Il faut examiner chaque situation pour ce qu’elle est, prise isolément. S’agissant du Groenland, la question est simple, car il s’agit, si je puis dire, d’une affaire « interne » : une affaire relevant de l’OTAN. Le Danemark est membre de l’OTAN, les États-Unis le sont également. Si quelqu’un souhaite un changement quel qu’il soit, cela peut être discuté dans le cadre de l’OTAN. La Hongrie n’est pas une force décisive au sein de l’Alliance, mais si une telle discussion devait s’ouvrir, la Hongrie aurait, sans aucun doute, un avis à exprimer.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci beaucoup. Index, je vous en prie.

Gyula Szabó (Index) : Gyula Szabó, Index. Ma question est la suivante : vous avez mentionné à plusieurs reprises que la communication politique avait profondément changé ces derniers temps. Selon vous, qu’est-ce qui va déterminer l’issue des élections de cette année ? Si vous pouviez développer un peu, ce serait ma seule et unique question. Autrement dit : dans ce contexte de communication politique transformée, qu’est-ce qui décidera, selon vous, du résultat des élections de cette année ?

Si nous connaissions la réponse à cette question, nous pourrions sans doute annoncer dès maintenant que nous avons gagné les élections. Mais personne ne la connaît. Je mets toujours en garde les analystes politiques, même si, bien sûr, chacun doit gagner sa vie, contre l’illusion de certitude, car une élection conserve toujours une part de mystère. Il s’agit tout de même d’un phénomène singulier : dans notre cas, environ huit millions de citoyens sont habilités à voter ; même si tous ne se déplacent pas, plus de six millions d’entre eux se rendent aux urnes et, le même jour, au même moment, expriment leur opinion. Et de cette somme d’expressions individuelles émerge un résultat. Étudier les mécanismes permettant d’anticiper ce résultat, identifier les dynamiques à l’œuvre, les facteurs déterminants : tout cela constitue une discipline passionnante. Mais si un responsable politique croit pouvoir donner une réponse définitive à cette question, il se trompe. Il n’y a qu’une chose à faire : accepter que nous ne sachions pas. Respecter le fait qu’une seule chose tranche, en définitive : les électeurs hongrois. Peu importe les prévisions, les analyses ou les raisonnements les plus logiques : au bout du compte, c’est le peuple qui décide. J’ai déjà perdu des élections alors que tout le monde me donnait vainqueur. J’en ai gagné alors que personne n’aurait misé un centime sur notre victoire. Fort de ces expériences, je reste donc très prudent face aux prédictions et aux projections. Une chose, en revanche, est certaine : il faut parler clairement. Lorsque l’on est au gouvernement, il faut dire ce pour quoi on s’est engagé, le mandat que l’on a sollicité. Quatre années passent : il faut rendre compte de ce qui a été accompli. Puis, lorsque l’on se projette sur les quatre années suivantes, il faut dire clairement pour quoi l’on demande à nouveau un mandat : fixer des objectifs précis, prendre des engagements. Et si la confiance est renouvelée, il faut tenir ces engagements. C’est tout. Rien de plus compliqué que cela. Certes, de nombreux journalistes économiques sont présents ici, et il existe aussi des lois de marché en politique : on ne peut choisir qu’entre ce qui est proposé. En ce sens, l’offre détermine la demande ; c’est plutôt un marché de l’offre. Aussi remarquable qu’une personne puisse être, si elle ne se présente pas aux élections, on ne peut pas voter pour elle. Le choix ne porte que sur ceux qui se présentent. Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’une sagesse plus grande que cela pour conduire, orienter ou mener une campagne électorale. C’est un exercice bien plus simple, plus ancien, que ce que décrivent parfois les technologies modernes, les experts en communication ou autres conseillers. C’est une chose simple : se présenter, rendre des comptes sur ce que l’on a fait, et expliquer clairement ce que l’on propose de faire. Nous partons d’une position favorable. On peut donc parler, dans une certaine mesure, d’un avantage initial : lorsqu’un gouvernement se présente à nouveau devant les électeurs en disant « nous avons pris ces engagements, nous les avons tenus », cela constitue évidemment un atout. Une gouvernance réussie, j’ai rappelé tout à l’heure les mesures mises en œuvre au cours des six derniers mois, ainsi que celles entrées en vigueur au 1er janvier, crée une base de confiance. Aucun programme économique d’Europe occidentale n’approche, même de loin, les possibilités que nous avons ouvertes aux électeurs hongrois. Cela instaure évidemment un climat de confiance. C’est cette confiance que nous souhaitons mobiliser dans la campagne électorale. Nous voulons présenter le travail accompli comme un argument en notre faveur. Nous estimons par ailleurs être entrés dans une époque nouvelle et particulière. Nous considérons que, pour être à la hauteur de cette nouvelle ère, pour mener à bien les mesures dont j’ai parlé et pour être capables de prendre de nouvelles décisions, qu’il s’agisse de développement ou de politique énergétique, certaines qualités seront indispensables. À mon sens, il s’agit du calme, de la lucidité, de la capacité d’analyse, de la faculté de décision, de l’expérience et du sens de la pratique. Je pense que le mot-clé de la prochaine période, non pas seulement des quatre prochaines années, mais des dix prochaines, sera la sécurité. Et nous estimons avoir su offrir de la sécurité à ce pays jusqu’à présent, et être en mesure de continuer à le faire. Sur le plan politique concret, l’élément central de cette sécurité est la question de la guerre. Je vous l’ai déjà dit à plusieurs reprises : je participe aux réunions du Conseil européen, où siègent les dirigeants européens. Un changement majeur s’y est opéré. Ces réunions se sont transformées. Ce sont devenues des conseils de guerre. Des conseils de guerre ! On y décide de la guerre. Je les cite : « comment gagner, comment remporter la guerre », et je pourrais continuer. Tout a donc changé. Il faut constater que nous ne sommes plus seuls, mais que nous ne sommes encore qu’une poignée de pays à proposer à l’Union européenne et à nous-mêmes une stratégie complètement différente de celle de l’économie de guerre, des emprunts de guerre et de la logique de la guerre. Cette stratégie, c’est la paix, la stabilité, la conclusion de la paix et une économie de paix. La dernière fois, nous étions déjà trois à la défendre, et je pense que nous serons bientôt plus nombreux. Mon analyse est la suivante : partout en Europe, des mouvements sociaux opposés à l’élite pro-guerre se développent rapidement. En Hongrie, ce phénomène ne progresse pas de la même manière. Il existe ici aussi un mouvement opposé à la guerre, mais il ne s’oppose pas au gouvernement, car en Hongrie, il n’y a pas d’élite favorable à la guerre : il y a un gouvernement favorable à la paix. Mais dans toute l’Europe, l’année 2026 sera marquée par ce phénomène : en Europe occidentale, des mouvements sociaux opposés aux élites pro-guerre émergeront avec une force surprenante. Vous avez vu les chiffres : hier ou avant-hier, les Ukrainiens ont annoncé qu’ils demandaient, hors dépenses militaires et de sécurité, 800 milliards d’euros pour les dix prochaines années, alors même que l’économie européenne est en déclin. Celui qui paie cela ruine son propre peuple. Et les peuples n’acceptent généralement pas d’être ruinés. Cela devra donc tôt ou tard se traduire par des mouvements sociaux en Europe occidentale, et j’en vois déjà les signes. C’est pourquoi je pense que, du point de vue des thèmes déterminants, ce sont la sécurité et la guerre qu’il faut examiner pour comprendre ce qui pourrait structurer les principales questions de la campagne électorale.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à Weltwoche pour la prochaine question. Monsieur Köppel.

Roger Köppel (Weltwoche) : Monsieur le Premier ministre, merci de votre disponibilité. Parmi les thèmes que vous avez évoqués, il en est un qui concerne également la Suisse. Il s’agit du cas d’un colonel suisse de notre état-major général, ancien membre de notre département de politique étrangère et ancien collaborateur des Nations unies. Il a également collaboré avec l’OTAN en tant qu’expert de l’ONU. Je parle de Jacques Baud. Il a été sanctionné par l’Union européenne. Il vit à Bruxelles. Il a été sanctionné personnellement par l’Union européenne, non pas parce qu’il serait un espion de la Russie, mais en raison de ses analyses sur la guerre en Ukraine. Autrement dit, il a été sanctionné à titre individuel pour avoir exprimé librement ses opinions. Il se retrouve aujourd’hui totalement isolé à Bruxelles. Ses comptes bancaires ont été gelés. Ma première question est donc la suivante : la Suisse n’est pas un État membre de l’Union européenne. Que peut faire la Hongrie dans un tel cas ? Que savez-vous de cette affaire ? Et enfin, que dit ce cas de l’état de l’Union européenne, lorsqu’une personne est sanctionnée individuellement simplement pour avoir exercé son droit fondamental à la liberté d’expression ?

Si vous me le permettez, j’aimerais répondre en hongrois. Je ne connais pas cette affaire précise, mais elle ne me surprend pas. Il se passe aujourd’hui des choses bien plus étranges encore. La démocratie européenne, à l’image de l’économie, est globalement en pente descendante. Ce que je vais dire sera peut-être un peu arbitraire, mais si l’on rassemble une série d’exemples, si l’on compose un tel bouquet, l’ensemble devient, me semble-t-il, particulièrement révélateur. Il y a eu des élections dans un pays européen qui ont dû être recommencées en raison d’un défaut de scellement des enveloppes. Je ne sais pas si vous vous en souvenez. Il y a eu un autre pays européen où le résultat des élections n’a pas convenu, et où il a donc fallu organiser un nouveau scrutin. Il existe en Europe un pays où le principal parti d’opposition est placé sous surveillance au nom de la sécurité nationale. Il existe un pays où l’on empêche les représentants d’un certain parti de se présenter à des élections municipales. Il existe un pays où le dirigeant politique le plus populaire est empêché, par une décision judiciaire, de se présenter aux élections. Il existe un pays où un ministre de l’Intérieur a dû aller jusqu’à la plus haute juridiction pour éviter la prison, simplement parce qu’il avait défendu les frontières de son propre pays. Il existe un pays où l’on a tiré sur un candidat à la présidence. Lorsque l’on considère tout cela dans son ensemble, la Hongrie apparaît presque comme une démocratie exemplaire. Dans ce contexte, le cas suisse que vous évoquez ne sort donc pas du lot. Ce sont surtout les Suisses que cela surprend, car n’étant pas membres de l’Union, vous n’aviez encore jamais été confrontés à ce genre de situation. Mais permettez-moi de vous poser une question : que pensez-vous du fait que les États-Unis aient imposé des sanctions à plusieurs hauts responsables de l’Union européenne, au motif qu’ils auraient participé à l’élaboration de règles limitant la liberté d’expression en Europe ? Tout cela est nouveau. C’est précisément de cela que je parle lorsque je dis que l’ancien ordre mondial s’est effondré et qu’un nouvel ordre est en train de se former, un ordre qui arrive avec ce type de phénomènes d’accompagnement. Quant à la position hongroise, je peux vous la résumer simplement. Au-delà du fait de constater et d’enregistrer ces réalités que je viens d’énumérer, le gouvernement hongrois ne peut faire qu’une chose : il ne soutient pas les sanctions. Le gouvernement hongrois estime que toute personne qui a une opinion, et qui est capable de l’exprimer dans le cadre de la loi, doit pouvoir le faire librement, qu’elle n’hésite pas. Les débats sont bénéfiques. Les divergences d’opinion sont bénéfiques. Certes, elles mettent parfois les nerfs à rude épreuve et demandent de l’énergie, mais la démocratie est ainsi faite. La démocratie repose sur des désaccords, des débats, des discussions et des compromis. On ne peut pas faire l’économie de tout cela. Celui qui pense pouvoir éliminer ces mécanismes par des règles administratives ou les faire disparaître par des sanctions finira par abolir la démocratie elle-même. Je ne les recommande pas. Je recommande plutôt ce que je fais ici, maintenant.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Je donne la parole à Blikk. Au centre.

Róbert Csontos (Blikk) : Bonjour. Róbert Csontos, de Blikk. Je souhaiterais aborder un sujet un peu plus léger, Monsieur le Premier ministre. Le football. En tant qu’amateur et connaisseur de football, j’aimerais vous demander ce que vous pensez du fait qu’un bras de fer, ou une sorte de guerre verbale, oppose depuis bientôt six mois la figure numéro un du football hongrois, Sándor Csányi, et le président du club hongrois le plus titré, le Ferencváros, Gábor Kubatov. Avez-vous une opinion sur cette querelle, sur qui a raison ? Avez-vous déjà envisagé de jouer un rôle de médiateur entre les deux parties ? Et sans mettre de point d’interrogation, juste une virgule, je glisse rapidement une autre question : à l’occasion de cette conférence de presse de début d’année, avez-vous pris, ou respecté, une résolution du Nouvel An, en tant que Premier ministre, en tant que Premier ministre de la Hongrie, ou en tant que Viktor Orbán ? Peut-on d’ailleurs dissocier ces deux dimensions ? Merci beaucoup.

Je n’ai pas pris de résolution du Nouvel An. Mes expériences sont mauvaises : jusqu’à présent, je n’en ai jamais tenu une seule, il vaut donc mieux que je ne tente même pas l’exercice. Je suis ce débat avec intérêt. Il comporte certes quelques débordements qui ne sont sans doute pas nécessaires, mais si on ne le considère pas comme un affrontement personnel, mais comme un débat intellectuel, et le sport moderne est de plus en plus un domaine intellectuel, on y découvre une discussion de fond très sérieuse. Un cycle de seize années s’est achevé, et en 2026, une grande phase se termine : celle de la reconstruction de plusieurs disciplines sportives, dont le football. La question est désormais de savoir s’il faut poursuivre sur cette voie ou non, et, si des changements sont nécessaires, où et comment les opérer. À mon sens, ce sont de bons débats, des débats utiles et constructifs. Le rôle des clubs, ainsi que la relation entre les clubs et la fédération, constituent des enjeux clés. Sans transformer cette rencontre en conférence de presse sportive, permettez-moi donc de m’arrêter ici et de dire simplement ceci : ce sont là des questions importantes, et il est tout à fait sain que des personnalités fortes les discutent ouvertement.  Je le répète : mis à part quelques excroissances latérales, davantage de nature stylistique ou liées à la qualité du débat public, à ce qui est acceptable devant l’opinion, et à deux exceptions près, il s’agit globalement d’un débat qui va dans la bonne direction. Quel dommage que je ne puisse pas y prendre part pour l’instant, compte tenu des élections à venir et du fait qu’il faut aussi gouverner. Mais après les élections, si ces débats ne sont pas clos d’ici là, le gouvernement hongrois, le futur gouvernement hongrois également, participera volontiers, s’il y est invité, à ce type de discussions, afin de contribuer à la définition d’un nouvel ordre pour les disciplines sportives qui ont besoin d’évoluer, et il y en a plusieurs. Mais ce n’est pas le moment. Cela viendra en temps voulu.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à Reuters, Anita. Où êtes-vous ? Là-bas, au fond.

Anita Kőműves (Reuters) : Bonjour. Anita Kőműves, de Reuters. Nous savons que le président américain Donald Trump et Vladimir Poutine ont déjà exprimé leur soutien à Monsieur le Premier ministre avant les élections. Attendez-vous à d’autres soutiens avant le scrutin, et sous quelle forme ? Y a-t-il une possibilité que Donald Trump ou son vice-président, J. D. Vance, se rendent en Hongrie ? Par ailleurs, le président de Rosatom a déclaré à RIA Novosti que Vladimir Poutine pourrait venir en Hongrie pour la première coulée de béton de Paks II. Existe-t-il une telle possibilité ? Ces visites sont-elles envisageables ?

J’espère que les efforts de paix visant à mettre fin à la guerre russo-ukrainienne aboutiront, et que les Américains auront des sujets à discuter avec les Russes. Si tel est le cas, et si des échanges devaient avoir lieu au plus haut niveau, alors ceux-ci se dérouleraient à Budapest. Cette option reste à l’ordre du jour. Il ne sert à rien de se livrer à des conjectures. Ce que le gouvernement hongrois doit clairement indiquer, c’est qu’il est prêt à accueillir et à organiser une telle rencontre. J’ai d’ailleurs clarifié personnellement ce point avec les deux présidents concernés. Une visite du président russe en Hongrie n’est pas d’actualité ; je n’en vois pas aujourd’hui la nécessité. Nous savons que la Hongrie fait partie des très rares pays du monde occidental où il n’existe aucun obstacle juridique ou politique à une telle visite. Ainsi, s’il devait y avoir une raison valable, par exemple des négociations de paix, ce qui constituerait une raison suffisante, rien ne s’y opposerait. Je me suis rendu récemment à Moscou ; toutes les questions ont été discutées. À l’heure actuelle, les relations bilatérales ne nécessitent donc pas de nouvelle rencontre personnelle. Tout ce qui devait être réglé l’a été, ou a fait l’objet d’un accord. Quant à la venue du président américain ou d’un haut responsable américain en Hongrie, cela est probable, car des événements politiques se tiendront au printemps en Hongrie, auxquels participent traditionnellement des dirigeants américains de haut rang. La vraie question est peut-être la suivante : est-ce une bonne chose pour la Hongrie ? Selon moi, oui, c’est une bonne chose. Il est dans l’intérêt des Hongrois que le gouvernement hongrois bénéficie du soutien du plus grand nombre possible de grandes puissances. L’objectif de notre politique étrangère est de nous faire des amis, de rassembler des partenaires et d’ouvrir des opportunités pour notre pays. Et cela passe par de bonnes relations. Il est donc dans l’intérêt du peuple hongrois que le gouvernement hongrois soit soutenu par le plus grand nombre possible de puissances majeures, du monde turcique aux États-Unis, en passant par la Russie et jusqu’à la Chine. Plus il y en a, mieux c’est. La question de la coordination de ces relations exige un travail intellectuel sérieux de la part de tout gouvernement hongrois ; jusqu’à présent, nous n’avons pas échoué dans cet exercice. On peut encore se demander si cela constitue une ingérence. À mon sens, il y a ingérence lorsqu’un acteur politique participant à une élection accepte de l’argent, un soutien financier, d’un autre pays. Cela n’est acceptable ni juridiquement ni moralement. En Hongrie, ceux qui crient à la fraude électorale et à l’ingérence étrangère sont souvent ceux qui financent ensuite leur campagne avec des « dollars venus de l’étranger » : c’était le cas en 2022. En 2026, il faudra plutôt surveiller les « euros venus de l’étranger », car l’intérêt principal à un changement de gouvernement en Hongrie ne vient pas des États-Unis, mais de Bruxelles. L’enjeu de cette élection est clair : s’agira-t-il d’un gouvernement pro-guerre, pro-ukrainien et aligné sur Bruxelles, ou d’un gouvernement favorable à la paix et défenseur de la souveraineté hongroise ? C’est là le véritable dilemme. Cette élection revêt une importance particulière pour Bruxelles, car la Hongrie est la preuve vivante que la stratégie de l’élite bruxelloise favorable à la guerre n’est pas la seule possible. La Hongrie est aussi la preuve que la politique pro-migration de l’élite bruxelloise n’est pas la seule voie envisageable. La politique énergétique hongroise démontre clairement qu’il existe des alternatives à la transition verte folle et mal gérée promue à Bruxelles. Je pense donc que la Hongrie a prouvé à plusieurs reprises, sur des questions stratégiques majeures, en partant de ses intérêts nationaux, que d’autres solutions sont possibles que celles choisies par l’élite bruxelloise. C’est pourquoi l’importance de l’élection hongroise a grandi dans le contexte international. Et Bruxelles ne s’en cache pas : on m’a dit très clairement, vous avez d’ailleurs pu le constater au Parlement européen, qu’il serait temps que je m’efface, car il faudrait désormais de nouvelles personnes pour mener une politique favorable à Bruxelles plutôt qu’une politique souverainiste. Ce n’est pas un secret, cela ne nécessite aucune révélation : Bruxelles le dit ouvertement. C’est exactement ce qu’ils ont voulu en Pologne, et c’est ce qu’ils y ont soutenu et financé. Dans ce sens, je m’attends à une ingérence bruxelloise très forte ; je n’exclus pas non plus des « euros venus de l’étranger ». Cela sera clarifié pendant la campagne électorale, puis à son terme. Mais c’est une réalité à laquelle il vaut mieux faire face. Je le dis calmement, sans émotion : nous vivons dans un monde d’intérêts de grandes puissances. Bruxelles a aussi ses propres intérêts de puissance et cherche à les imposer en Hongrie. Ce serait mauvais pour les Hongrois. Il faut s’en prémunir, il faut y faire obstacle. C’est précisément pour cela que nous sommes ici, et nous en sommes capables.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Je donne la parole à tv2.

Félix Scharner (tv2) : Félix Scharner, de l’émission Tények sur tv2. Monsieur le Premier ministre, il est très inquiétant d’entendre plusieurs responsables politiques d’Europe occidentale, et plus largement occidentaux, déclarer qu’il faut se préparer à la guerre, et même préparer les populations à la guerre. Ils parlent également de la possible conscription des jeunes, du fait qu’ils devraient être appelés et envoyés combattre pour l’Ukraine ; dans plusieurs pays européens, des procédures de mobilisation ont déjà commencé. Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous rassurer les parents et les jeunes Hongrois en leur disant que cela ne peut pas se produire ici ? Merci beaucoup.

Il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Ce dont nous avons besoin, c’est de calme, de sang-froid, et de décisions réfléchies et ciblées, notamment lors des élections. Les Hongrois n’ont aucune raison d’avoir peur, car il existe une alternative favorable à la paix. Si le choix ne se faisait qu’entre des forces bellicistes, comme c’est le cas dans de nombreux pays, les parents auraient effectivement des raisons de s’inquiéter. Mais ce n’est pas la situation en Hongrie. Il existe en Hongrie un parti pro-guerre, qui n’est en réalité qu’une antenne du grand parti pro-guerre bruxellois. Aujourd’hui, en Europe, le principal parti pro-guerre s’appelle le Parti populaire européen. Il dispose ici d’une antenne : une force politique favorable à l’Ukraine, alignée sur Bruxelles et partisane de la guerre. Il n’y a pas d’ailleurs qu’un parti, mais plusieurs. Mais il existe aussi en Hongrie des patriotes, des chrétiens-démocrates, le Fidesz, qui disposent d’un réseau international. Aujourd’hui, à Bruxelles, le regroupement politique le plus puissant en faveur de la paix s’appelle les Patriotes, nous en faisons partie, et nous utilisons ce réseau international pour maintenir la Hongrie en dehors de la guerre. Ainsi, les parents n’ont pas à s’inquiéter ; ils auront simplement à prendre une décision intelligente et responsable en avril. Mais cela leur appartient. Il n’y a aucune raison de désespérer. On ne désespère que lorsqu’on ne voit aucune solution, aucune alternative, lorsqu’on se sent enfermé. Or, rien de tel n’est le cas ici : il existe en Hongrie une compétition politique ouverte, un véritable choix. La conscription est aujourd’hui une mesure de temps de guerre ; elle n’est donc pas d’actualité en Hongrie. Elle s’inscrit dans la série de mesures par lesquelles l’Europe se prépare à la guerre. Qu’il n’y ait aucun malentendu : en Europe, une décision a été prise en faveur de la guerre. Cela ne ressort pas toujours avec suffisamment de gravité dans vos reportages. Si quelqu’un en doutait, je le dis clairement : à Bruxelles, il a été décidé d’entrer en guerre. Nous tenons des conseils de guerre, et la décision a été prise : ils iront à la guerre. Ils le disent eux-mêmes. Ils ne veulent pas perdre la guerre. Ils veulent récupérer leur argent. Et il n’y a qu’un seul moyen d’y parvenir : vaincre la Russie en Ukraine, en participant eux-mêmes à cette guerre. Ils y participent déjà, dans une certaine mesure, et cette participation ne cesse de s’intensifier. On pourrait citer des déclarations parmi les plus absurdes, comme vous l’avez vous-même évoqué, qu’elles viennent du secrétaire général de l’OTAN, du chef d’état-major français, ou encore les chiffres liés au passage à une économie de guerre. Tout cela relève d’une logique guerrière. C’est une décision actée : il y aura la guerre. Ou plutôt : la guerre est déjà là. La question est de savoir à quelle vitesse l’Europe s’y engagera totalement, à cent pour cent, car l’intention existe. Le plus fervent partisan de la guerre, tel que nous le percevons ici en Hongrie, s’appelle Manfred Weber, le dirigeant du Parti populaire européen. C’est lui le premier agitateur de guerre. Il entraîne le PPE, tous les partis qui lui sont affiliés, dans cette guerre, et, avec la complicité du Parlement européen et de la Commission européenne, en contournant le Conseil européen, où nous sommes d’ailleurs peu nombreux, s’est constitué à Bruxelles un centre de pouvoir qui pousse, entraîne, du moins ceux qui laissent entraîner les pays européens vers la guerre. Il n’y a donc aucune exagération à dire que les élections hongroises de 2026 seront les dernières avant la guerre. Le gouvernement élu en 2026 décidera de la guerre ou de la paix, et ces questions deviendront de plus en plus directes, de plus en plus explicites. Le prochain gouvernement aura une tâche encore plus difficile que celle qui a été la mienne jusqu’à présent. C’est à cela que je m’attends. La pression guerrière va s’intensifier. À moins, et c’est ce à quoi nous travaillons, que les États-Unis ne parviennent à un accord avec la Russie. Car aujourd’hui, le seul moyen d’éviter la guerre n’est pas un accord russo-ukrainien, mais un accord russo-américain. S’il voit le jour, le risque de guerre pourra, selon moi, être radicalement réduit. S’il n’aboutit pas, le danger de guerre demeurera. Peu importe, au fond, la position de chacun sur le conflit russo-ukrainien : ce que je décris ici n’est pas un jugement de valeur, mais un constat, une description de la réalité, de ce qui va se produire. C’est à cela que les Hongrois doivent se préparer.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. The Spectator, l’édition britannique, s’il vous plaît.

William Atkinson (The Spectator) : William Atkinson, The Spectator. Monsieur le Premier ministre, vous présentez Bruxelles avant tout comme une force malveillante. Étant moi-même issu d’un pays qui a quitté l’Union européenne, j’ai le sentiment que la Hongrie adopte une position similaire à celle de la Grande-Bretagne il y a dix à quinze ans, celle d’un État membre de plus en plus « semi-détaché » de l’Union européenne. Pensez-vous que, dans un avenir prévisible, la Hongrie devra envisager de suivre les pas du Royaume-Uni et de quitter l’Union européenne ? Ou êtes-vous confiant dans l’idée que, compte tenu de l’évolution politique sur le continent, l’Europe des États-nations que vous évoquez depuis longtemps est en train d’émerger autour de nous ?


Puis-je répondre en hongrois, si vous le permettez, Monsieur ? 

Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne a été une décision d’un courage sans précédent et une manifestation extraordinairement forte de la conscience nationale. Je ne me souviens pas d’avoir vu quelque chose de comparable dans des périodes de stabilité. Un pays décide de revenir sur un choix d’intégration antérieur et de rétablir pleinement sa souveraineté. En Hongrie, le courage est une vertu. Cela dit, nous sommes les premiers à pâtir de cette décision. Car tout ce qui ne va pas aujourd’hui à Bruxelles ne se serait pas produit si le Royaume-Uni était resté. Il n’y aurait pas ces dérives autour de l’État de droit, ni ces abus liés à la conditionnalité ; il ne serait pas possible de transformer des instruments juridiques en massues politiques ; il n’existerait pas de système judiciaire tirant l’ensemble de l’Union vers le fédéralisme. L’« ever closer union » est une opinion, pas une ligne dominante ; l’équilibre entre souverainistes et fédéralistes n’aurait pas été rompu ; or, il l’a été. Tant que vous étiez là, le Royaume-Uni et l’Europe centrale défendaient ensemble une position souverainiste, capable de contrebalancer, avec plus ou moins d’intensité, l’élan fédéraliste franco-allemand. Il n’aurait même pas été question d’utiliser l’État de droit ou la conditionnalité comme des outils contre les pays soucieux de défendre leur souveraineté. Ne parlons même pas de la Hongrie : pensons au précédent gouvernement polonais. Tout cela n’existerait pas. Il ne s’agit donc pas de dire que nous mènerions aujourd’hui ces batailles avec plus de chances de succès ; ces batailles n’auraient tout simplement pas lieu. Bruxelles ne se serait pas engagée sur la voie où l’entraîne aujourd’hui la volonté fédéraliste conjointe franco-allemande. Avec le départ du Royaume-Uni et l’isolement de l’Europe centrale, nous avons perdu ce que l’on appelle une minorité de blocage, cette force arithmétique qui permettait de résister. Nous ne pouvons plus opposer de contrepoids. C’est pourquoi l’ensemble de la machine bruxelloise avance aujourd’hui dans une direction fédéraliste et, par conséquent, pro-guerre. Mais ce qui est fait est fait. La question est désormais la suivante : serait-il raisonnable pour la Hongrie de suivre votre voie ? Je ne le pense pas. Si nous étions un pays de la taille du Royaume-Uni, doté de l’arme nucléaire, avec un PIB comparable, une population de plus de soixante millions d’habitants, et une intégration aussi profonde dans le monde anglo-saxon, coopération de renseignement « Five Eyes », réseaux anglo-saxons mondiaux, alors nous pourrions envisager une telle option. Mais nous ne disposons de rien de tout cela. C’est pourquoi votre décision, je le répète : extraordinairement courageuse et héroïque, et largement admirée en Hongrie, n’est malheureusement pas une voie praticable pour nous. De plus, contrairement à votre savoir-faire, à votre tradition et à vos capacités en matière de commerce mondial, notre rayon d’action commerciale est encore trop fortement orienté vers l’Union européenne. Il nous faudra encore plusieurs années pour modifier cette situation. Je ne conseillerais donc pas aux Hongrois de s’engager sur la même voie. Il est toutefois possible que l’histoire nous épargne même ce dilemme : il n’est peut-être pas nécessaire de quitter l’Union européenne, car elle est en train de se déliter d’elle-même. À l’heure actuelle, l’Union européenne est en état de désagrégation ; un processus de désintégration est en cours. Que cela plaise ou non, c’est un fait. Cette désintégration se manifeste par des décisions prises puis non appliquées, ou par des décisions dont on se détourne ensuite. L’Union européenne est aujourd’hui plongée dans un chaos de gouvernance total. La transition verte en est le meilleur exemple. Tout le monde savait que cela poserait problème. On l’a imposée aux États membres avec des délais irréalistes, on s’y est obstiné, et maintenant, il faut reculer. Prenez Schengen : la Hongrie est sanctionnée parce qu’elle refuse de laisser entrer les migrants. D’autres pays qui font exactement la même chose reçoivent des félicitations et des financements. La Hongrie paie un million d’euros par jour, tandis que la Pologne, appliquant des règles similaires, reçoit reconnaissance et soutien financier. Il est parfaitement évident que l’Allemagne contourne les règles de Schengen. Les contrôles aux frontières devraient être temporaires ; or ils sont renouvelés à plusieurs reprises et maintenus de facto en permanence.  Voilà ce qui se passe : et ces cas vont se multiplier. À mon sens, la fin de l’Union européenne ne prendra pas la forme d’un effondrement spectaculaire, mais d’une accumulation de situations de ce type. Si l’Union n’est pas réorganisée, ce qui serait possible et souhaitable, en une structure efficace et dirigée, ces dysfonctionnements se multiplieront et l’ensemble se désagrégera lentement. C’est ce que nous vivons aujourd’hui. C’est notre situation actuelle. S’il existait en Europe des gouvernements forts, bénéficiant d’un large soutien national et non entravés par des contraintes de coalition, ce processus pourrait être stoppé et l’Europe pourrait être réorganisée. À l’heure actuelle, les pays qui disposent de la force nécessaire pour procéder à cette réorganisation ont des problèmes plus importants que la création d’une nouvelle structure européenne, leurs problèmes intérieurs mobilisant toutes leurs ressources. C’est regrettable.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à RTL. Au fond.

Balázs Litauszky (RTL) : Balázs Litauszky, du journal télévisé de RTL. Je souhaiterais vous interroger au sujet des faits regrettables survenus rue Szőlő, ainsi que dans les institutions de protection de l’enfance. En décembre, lors du sommet européen à Bruxelles, je vous ai posé la question de savoir qui portait la responsabilité politique du fait que ces affaires connues aient pu se produire pendant des années dans des établissements de protection de l’enfance. À l’époque, vous n’aviez pas donné de réponse concrète. Je souhaite donc vous poser à nouveau la question : qui est politiquement responsable ? Ou, si selon vous il n’y a pas de responsabilité politique, j’accepterai également cette réponse. Monsieur le Premier ministre, comment a-t-il été possible que, dans un établissement public – rue Szőlő –, des violences graves aient pu se produire pendant des années sans que le système n’intervienne à temps, malgré plusieurs signalements ? Le 24 novembre, au Parlement, vous avez déclaré qu’une enquête serait menée pour comprendre pourquoi la police n’avait pas pu intervenir rapidement et efficacement contre le directeur de l’institution de redressement de la rue Szőlő, et pourquoi il n’avait pas été interpellé dès la première plainte. A-t-on depuis fait la lumière sur ces points ? Où en est cette enquête ? Et si elle n’a pas encore abouti, pourquoi ? Enfin, si un enfant victime de ces violences se tenait aujourd’hui devant vous et vous demandait comment ce qui lui est arrivé a pu se produire, et qui en est responsable, que lui diriez-vous ? Lui adresseriez-vous des excuses ? Merci.

Les faits sont bien tels que vous les décrivez : dans l’affaire de la rue Szőlő, le premier signalement, ou l’alerte justifiant une intervention policière, remonte à de nombreuses années. Lors de cette première intervention, la police n’a pas été en mesure d’établir la preuve des accusations portées contre les personnes concernées. Cette procédure policière a donc été infructueuse. Lors de la seconde intervention, en revanche, la procédure a été concluante : un soupçon fondé a pu être établi, l’enquête a été ouverte et le parquet a pu être associé à la procédure. C’est ainsi que cela devait se passer. La question à examiner, comme vous l’avez dit, est donc de comprendre pourquoi la première intervention a échoué. Cette enquête n’est pas encore close ; lorsqu’elle le sera, nous vous informerons de ses conclusions. S’agissant plus largement de la situation de la protection de l’enfance, il faut avoir à l’esprit le tableau suivant. En Hongrie, environ 25 000 à 26 000 enfants ne peuvent pas être pris en charge par leurs parents. Lorsque nous parlons de la responsabilité de l’État, il s’agit donc de 25 000 à 26 000 enfants dont l’État est contraint d’assurer la surveillance, l’éducation et la prise en charge, faute de capacité parentale. Environ les deux tiers de ces enfants sont pris en charge par le biais de familles d’accueil. Le réseau des familles d’accueil est en expansion ; on observe des succès notables, et nous avons pris plusieurs décisions visant à mieux reconnaître, et rendre plus attractif – je ne sais pas si c’est le bon terme – ce travail extrêmement difficile et précieux. Je pense donc que davantage de personnes s’engageront dans cette voie. Deux tiers des enfants sont donc placés chez des parents d’accueil. L’État a naturellement le devoir de contrôler également la situation des enfants placés en famille d’accueil. Le tiers restant est accueilli en institution, faute de familles d’accueil disponibles. S’il y en avait, ces enfants seraient eux aussi confiés à des familles. Ils sont donc placés en institution. L’établissement de la rue Szőlő ne relève toutefois pas de ce réseau institutionnel général : il s’agit d’un établissement spécial, qui est en réalité une institution de redressement et de rééducation, proche d’un établissement pénitentiaire pour mineurs. La Hongrie compte cinq institutions de ce type, chargées de la prise en charge de jeunes délinquants, souvent auteurs de crimes graves : homicides, vols avec violence, agressions sexuelles. C’est dans le fonctionnement de ces cinq établissements que sont apparus les problèmes ayant justifié l’intervention de la police, y compris lors de la première tentative. Après la révélation successive de plusieurs affaires, nous avons dû examiner si le système dans son ensemble, la manière dont ces cinq établissements sont organisés, reposait sur des bases solides. Nous sommes arrivés à la conclusion que non. Même si ce système fonctionne ainsi depuis plus de trente ans, il ne vaut pas la peine de le maintenir, car ces problèmes risquent de se reproduire. Nous avons donc décidé de retirer ces établissements du champ de la gestion sociale pour les placer sous la responsabilité de l’administration pénitentiaire. Désormais, ces institutions ne seront plus dirigées, contrôlées et supervisées par le secteur social, mais par des professionnels de l’administration pénitentiaire. Nous les avons donc transférés entièrement. Nous pensons que cela offre de meilleures garanties pour assurer un encadrement plus rigoureux, plus légal et plus respectueux des droits, car même ces jeunes ont des droits, indépendamment des actes qu’ils ont commis. De manière générale, l’État doit se sentir responsable de toute trajectoire de vie brisée, en particulier lorsqu’il s’agit d’enfants, ou essayer de leur apporter son aide. Chaque vie d’enfant ou d’adolescent qui déraille est une perte et une source de douleur. Nous sommes nous-mêmes parents ; nous savons ce que cela signifie. L’État doit donc agir avec empathie, mais aussi avec beaucoup plus de fermeté qu’auparavant. Les jeunes délinquants devront désormais être pris en charge dans le cadre du système pénitentiaire, et non plus du système de protection sociale. Ces décisions ont été prises, et sont peut-être déjà entrées en vigueur ; le ministre concerné pourra le confirmer plus précisément que moi. Les procédures seront menées sans aucune complaisance : chaque détail devra être examiné, chaque responsabilité identifiée et assumée. Dès que nous comprendrons pourquoi la première intervention policière a échoué, nous pourrons alors aborder la question de la responsabilité politique. Mais il faut d’abord attendre de comprendre les causes de cet échec. La seconde intervention, en revanche, a été un succès, et ceux à qui des félicitations étaient dues les ont reçues.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à Bloomberg.

Zoltán Simon (Bloomberg) : Bonjour. Zoltán Simon, Bloomberg. Je souhaiterais d’abord vous demander si vous serez le candidat du Fidesz au poste de Premier ministre lors des élections du printemps. Je pose cette question aussi parce que, dans une interview en novembre, vous avez expliqué que le passage à un système présidentiel était, pour ainsi dire, toujours sur la table. Envisagez-vous donc une réforme allant dans ce sens, qui renforcerait ou élargirait les pouvoirs présidentiels ? Et si le Fidesz remportait les élections ce printemps, envisagez-vous de rester Premier ministre jusqu’en 2030, ou imaginez-vous une transition institutionnelle au cours des quatre prochaines années ? Merci beaucoup.

Aujourd’hui, au sein des instances du Fidesz, la sagesse collective est la suivante : il n’y a pas de meilleur candidat que moi. Ils cherchent, mais pour l’instant, ils n’ont encore trouvé personne. Tant que ce sera le cas, je serai le candidat au poste de Premier ministre. En ce qui concerne la question du système présidentiel : la Hongrie n’est pas aujourd’hui un régime présidentiel, mais plutôt un régime fortement centré sur le Premier ministre. Je ne prévois pas de transférer le pouvoir au président de la République, Tamás Sulyok, donc le système actuel restera en place.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Je donne maintenant la parole à Telex.

Dániel Simor (Telex) : Bonjour. Dániel Simor, Telex. Monsieur le Premier ministre, selon certaines estimations, votre gendre serait aujourd’hui la troisième personne la plus riche du pays. Cette fortune s’est constituée alors qu’il a, ces dernières années, conclu de nombreux contrats avec l’État et bénéficié d’importants soutiens publics. Parallèlement, votre fille aînée a acheté cette année des terres dans le comitat de Somogy pour des centaines de millions de forints. Selon vous, est-il normal, dans un État de droit et une démocratie, que les membres de la famille du Premier ministre s’enrichissent à ce point tout en faisant régulièrement affaire avec l’État ? Pendant ce temps, à l’autre extrémité de la société, la pension de vieillesse médiane s’élève à 250 000 forints…

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Dániel, la partie moralisatrice, laissons-la de côté. Vous avez posé votre question, nous allons y répondre.

Dániel Simor (Telex) : Oui, mais la pension de vieillesse médiane est bien de 250 000 forints, en incluant déjà la 13ᵉ et la 14ᵉ mensualité. Cela signifie que, sur les deux millions de retraités, un million vivent avec moins que cela. Selon vous, peut-on vivre aujourd’hui en Hongrie avec 250 000 forints, ou moins ? Et j’aimerais aussi vous interroger sur votre propre rémunération.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Pardon, vous avez mal compris. Une seule question. Vous l’avez posée, le Premier ministre va répondre. Je n’ai pas accordé plus de temps aux autres, je ne le ferai pas non plus pour vous. Veuillez rendre le micro, s’il vous plaît. Veuillez rendre le micro à mes collègues. Veuillez rendre le micro, s’il vous plaît.

Dániel Simor (Telex) : Est-il normal, selon vous, que 270 milliards de forints semblent avoir disparu des fondations de gestion d’actifs de la Banque nationale de Hongrie ? Nous le savons depuis un an, et aucune mise en cause n’a eu lieu.

Zoltán Kovács : Dániel, Dániel ! Dániel, je vous prie de m’écouter.

Dániel Simor (Telex) : Pendant dix ans, on a laissé se dérouler des affaires troubles autour des fondations de la banque centrale ; de nombreuses informations ont circulé dans la presse selon lesquelles György Matolcsy et son entourage utilisaient ces fondations comme des caisses de paiement. Aujourd’hui, nous constatons que 270 milliards de forints, qui auraient pu être versés au budget, ont disparu sans laisser de trace. Comment cela peut-il se produire dans un pays que vous dirigez ? Et comment est-il possible qu’en un an, aucune inculpation n’ait eu lieu et que le public ne sache toujours pas où en est l’enquête ? Merci.

En ce qui concerne les retraités : nous introduisons précisément en ce moment la 14ᵉ mensualité de pension afin d’augmenter le niveau des retraites en Hongrie. Auparavant, nous avions déjà rétabli la 13ᵉ mensualité, supprimée par la gauche. Depuis 2010, la valeur réelle des pensions a augmenté. Nous avons un accord avec les retraités : les pensions doivent conserver leur pouvoir d’achat. Non seulement nous avons respecté cet engagement, mais nous l’avons dépassé. Non seulement nous avons respecté cet accord, mais nous l’avons même dépassé, en rétablissant la 13ᵉ mensualité de retraite, je le répète : celle que la gauche avait supprimée, et nous introduisons actuellement la 14ᵉ mensualité de retraite. Tout ce qui est humainement possible aujourd’hui, le gouvernement hongrois l’a fait et continuera de le faire pour les retraités. Il faudra encore de nombreuses augmentations pour garantir une sécurité financière plus solide qu’aujourd’hui. Concernant la banque centrale, je serais dans une situation plus confortable si elle relevait du gouvernement, mais ce n’est pas le cas. La banque centrale est totalement indépendante, conformément aux standards internationaux. Si elle était sous contrôle gouvernemental, de telles situations ne pourraient pas se produire, mais malheureusement, je ne peux pas la contrôler. Ce que nous pouvons faire, c’est de faire en sorte que, lorsque des problèmes surviennent, les autorités interviennent par le biais de l’application de la loi. C’est ce qui se passe actuellement. Il me semble que votre question contenait une affirmation qui, à mon avis, ne correspond pas à la réalité. Des procédures sont en cours. Je pense donc que les journalistes peuvent interroger librement les personnes concernées, j’ai vu récemment encore des interviews à ce sujet, notamment dans HVG. Seule la banque centrale peut fournir des chiffres précis sur l’ampleur de la perte de patrimoine. Je ne peux ni confirmer ni infirmer les montants que vous évoquez. Attendons la fin des enquêtes, qui aboutiront à un chiffre, et nous verrons alors si cela s’est produit et, dans l’affirmative, quelle est l’ampleur de la perte financière. Je peux vous dire que même si la banque centrale ne dépend pas du gouvernement, puisqu’elle est indépendante, nous sanctionnerons toute violation de la loi sans délai ni restriction. Ainsi, d’où que cela vienne, de n’importe où, si ne serait-ce qu’un seul forint disparaît, cela entraîne des conséquences juridiques. Il en ira de même dans le cas de la banque centrale, une fois les enquêtes nécessaires achevées. S’agissant des questions de détail, ce n’est malheureusement pas le gouvernement, mais la banque centrale elle-même, qui est en mesure de fournir des informations. Quant aux entreprises hongroises, vous connaissez ma position : nous attendons trois choses des Hongrois disposant de patrimoines importants, indépendamment de leurs origines ou de leur filiation. Premièrement, qu’ils respectent les lois. Deuxièmement, qu’ils s’acquittent de leurs impôts. Troisièmement, qu’ils offrent du travail aux autres Hongrois. C’est cela, et uniquement cela, que nous attendons. J’espère que, indépendamment du fait qu’ils soient proches de la gauche ou de la droite, les entrepreneurs disposant d’un patrimoine important respecteront ces attentes formulées par le gouvernement.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à la BBC.

Nick Thorpe (BBC) : Nick Thorpe, de la BBC. Bonne année ! Je vais poser ma question en anglais, si vous le permettez. Monsieur le Premier ministre, dans l’esprit de cette période de bienveillance, pourriez-vous nous dire quelles sont les trois choses que vous admirez ou respectez le plus chez Péter Magyar ? Merci.

Il a quitté le Fidesz. C’est tout ce que je peux dire. Mais c’est une bonne nouvelle, par esprit de bienveillance.


Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à Népszava. Népszava ? Non. Alors ce sera HVG.


Tibor Lengyel (HVG) : Bonjour. Tibor Lengyel, de HVG. Monsieur le Premier ministre, la dernière conférence de presse internationale de ce type a eu lieu fin 2024, en décembre. À cette occasion, interrogé sur les raisons pour lesquelles 2024 n’avait pas été l’année de la croissance économique, vous aviez déclaré que, pour éviter toute erreur majeure, ce ne serait pas 2024 mais 2025 qui serait l’année de la grande croissance. Or, cela ne s’est pas produit non plus. Qui en est responsable ? Et par ailleurs, en début d’année, vous aviez promis une grande surprise pour cette année : pouvez-vous désormais nous dire de quoi il s’agissait ?

Pouvez-vous répéter la question, s’il vous plaît ?

Tibor Lengyel (HVG) : Vous aviez annoncé que 2025 serait l’année des grandes surprises. Pouvez-vous maintenant nous dire quelle était cette grande surprise ? Était-ce, par exemple, le fait que 400 milliards de forints de fonds européens aient une nouvelle fois été perdus en fin d’année ?

Non. Je pensais plutôt au fait que nous avons adopté au moins une douzaine de mesures qui sont sans précédent dans la politique économique européenne actuelle. Si cela ne vous semble pas être une surprise mais quelque chose de normal, attendu de notre part, j’en suis heureux, mais il n’en demeure pas moins que : nous parlons d’une 14ᵉ mensualité de retraite, nous parlons du dispositif financier d’accession à la première propriété le plus facilement accessible d’Europe, nous parlons d’une augmentation de 11 % du salaire minimum. Si l’on regarde 2024 et 2025, et j’espère ne pas me tromper, ou du moins pas de manière spectaculaire, je pense qu’il n’existe aucun autre pays européen ayant connu une augmentation réelle des salaires comparable à celle de la Hongrie en 2024 et en 2025. Et, selon moi, ce ne sera pas le cas non plus en 2026. Je considère que c’est un exploit remarquable qu’avec une croissance économique inférieure à 1 %, l’économie hongroise soit capable de telles performances. C’est, à mes yeux, un résultat extraordinaire. C’est pourquoi je tiens à exprimer ma reconnaissance avant tout à ceux qui font fonctionner l’économie, les travailleurs et les employeurs, mais aussi à ceux qui orientent la politique économique. Car, malgré une croissance faible, nous avons été capables de mettre en place, par exemple, une exonération d’impôt sur le revenu sans équivalent en Europe, voire dans le monde, en faveur des mères qui ont des enfants. Si cela ne vous paraît pas être une surprise, mais quelque chose de désormais habituel, j’en suis heureux. Quant au niveau de la croissance, il est otage de la guerre. Il faut reconnaître que la guerre bloque la croissance. La vraie question est donc de savoir si le gouvernement considère cette situation, le fait que la guerre freine la croissance, comme une excuse pour ne pas prendre de mesures en faveur des citoyens. Ou s’il adopte, comme je le fais moi-même, l’approche inverse : oui, la guerre freine la croissance économique, mais même dans ces conditions, nous sommes capables d’imaginer des aides financières, des instruments et des mécanismes qui facilitent la vie des Hongrois, et nous l’avons manifestement prouvé. Je tiens à remercier tout particulièrement la Chambre de commerce et d’industrie, qui nous bombarde régulièrement de propositions, parmi lesquelles nous pouvons sélectionner celles qui sont réalisables. Mais je dois également exprimer ma reconnaissance aux syndicats, car ce sont eux qui ont permis, avec les travailleurs, de conclure l’accord aboutissant à l’augmentation de 11 % du salaire minimum. À cet instant précis, je m’attribue peut-être des mérites qui ne sont pas entièrement les miens. Il est vrai que j’ai dû signer le décret sur le salaire minimum, mais le niveau de cette augmentation a en réalité été négocié entre les syndicats et les employeurs ; ma tâche n’a donc pas été difficile. De manière générale, ce que je vois dans l’économie hongroise, c’est qu’être capable de mettre en œuvre de telles mesures malgré une croissance aussi faible est un signe de force. Et je le répète : cela reflète certes, j’aimerais le croire, la force du gouvernement, mais surtout la force interne de l’économie hongroise elle-même, indépendante de la politique, la force de ceux qui la font fonctionner. Peu de pays seraient capables de supporter de telles mesures tout en maintenant un déficit budgétaire de 5 % et en freinant simultanément la progression de la dette publique. Car, bien sûr, il serait facile de procéder ainsi en laissant le déficit et la dette s’envoler, mais nous ne le faisons pas. J’espère que la dette publique ne progressera pas, ou seulement de manière marginale ; nous restons bien en dessous de la moyenne européenne. Et si nous ne sommes pas satisfaits d’un déficit de 5 %, l’idéal étant évidemment l’excédent, ce niveau ne nous place en dehors d’aucun standard européen, bien au contraire. Maintenir de telles conditions financières tout en lançant ces mesures constitue, selon moi, une véritable démonstration de force de l’économie hongroise.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : GB News. Madame Cates.

Miriam Cates (GB News) : Merci. Miriam Cates, GB News. Monsieur le Premier ministre, vous avez déclaré que nous vivions la fin de l’ordre mondial libéral, et les événements actuels au Venezuela, au Groenland et en Ukraine semblent effectivement le confirmer. Mais dans ces crises, nous constatons aussi que l’Europe est de plus en plus marginalisée. Nous ne sommes plus des acteurs, mais de simples observateurs. Vous avez également affirmé qu’il existait une voie pour retrouver une Europe forte, à travers une prise de pouvoir patriotique à Bruxelles et un retour à la souveraineté nationale. Mais pour des pays d’Europe occidentale comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne, où l’immigration de masse a profondément transformé la composition de la population, pensez-vous réellement qu’il existe une voie démocratique vers un renouveau patriotique ? Ou bien nos nations sont-elles condamnées au déclin ?


Si vous me permettez, j’aimerais répondre en hongrois. Tout d’abord, rendons grâce au Bon Dieu d’avoir réussi à rester à l’écart de tout cela. Je suis en accord avec chaque mot de la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale qui affirme que l’Europe s’est attiré un mal qui menace jusqu’à la disparition de ses racines civilisationnelles. Ce mal porte un nom : la migration. Le fait que la Hongrie ait pu rester en dehors de ce processus est, rétrospectivement, quelque chose sur lequel je réfléchis beaucoup : comment cela a-t-il été possible ? C’est un véritable miracle. Je ne me contente pas ici de me féliciter moi-même. Je sais comment nous avons fait en 2015, lorsque la migration de masse a commencé, lorsqu’il a fallu dire oui ou non, et que tout le monde a dit oui, sauf nous. Je sais comment cela s’est passé. Mais ce qui est frappant, c’est qu’en 2015, dans de nombreux pays européens, la migration était déjà un phénomène courant. Ce n’était pas encore un afflux massif et spectaculaire comme celui de 2015, mais un processus de remplacement démographique avait commencé bien plus tôt, des années, voire des décennies auparavant. La baisse du nombre d’enfants nés, la baisse du nombre d’enfants chrétiens, et, parallèlement, l’augmentation du nombre d’enfants nés de familles venues de l’étranger, non chrétiennes. Moins d’enfants ici, plus d’enfants là. Et cela durait depuis des décennies. Cela ne s’est pas produit en Hongrie. Lorsque nous sommes arrivés en 2015, nous avions donc encore quelque chose à préserver. Cela enlève certes un peu à la part de mérite que nous attribuons à notre propre courage, mais c’est un fait essentiel. Je comprends donc que de nombreux pays d’Europe occidentale aient pensé en 2015 : c’est le monde dans lequel nous vivons déjà, simplement, cette fois, beaucoup de gens arrivent en même temps. Après tout, ils arrivaient déjà depuis longtemps. Il est donc probable que, culturellement, le choc n’ait pas été aussi violent en Europe occidentale que pour nous, lorsque les migrants sont apparus à la gare de Keleti, ou lorsque nous sommes allés constater la situation à la frontière. Pour nous, ce fut un véritable choc. Et d’une certaine manière, la Providence a bien façonné l’histoire hongroise : ce choc nous a conduits à dire immédiatement non, tandis que d’autres Européens avaient le sentiment de simplement flotter dans un processus historique. Ils n’ont pas jugé le moment venu de s’y opposer : c’est ainsi que le monde fonctionne. Ils s’étaient déjà résignés à devenir des pays d’immigration, et, dans certains pays d’Europe occidentale, être un pays d’immigration était même perçu comme quelque chose de positif, dont on se disait fier. Je suis donc très heureux, et profondément reconnaissant envers le Bon Dieu, que la Hongrie ait été tenue à l’écart de cette politique et de cette philosophie migratoires, déjà avant notre arrivée au pouvoir. Je me réjouis que nous ayons eu suffisamment de force pour dire non. Je rappelle que le plus difficile n’était pas de dire non, tout Hongrois sain d’esprit pensait qu’il fallait dire non, mais de tenir bon face à l’énorme pression exercée depuis Bruxelles, en particulier depuis l’Allemagne. Cela a été une véritable performance politique, qui a eu un prix : la Hongrie a été sanctionnée, accusée, selon moi, injustement. Mais nous avons tenu bon, et aujourd’hui il est parfaitement clair que nous avons misé sur la bonne carte. Ce que nous avons fait était juste. Ce n’est pas à moi de parler au nom des autres pays, mais une grande partie des pays d’Europe occidentale serait prête à tout pour être aujourd’hui un pays sans immigration. Demandez à un Français ou à un Allemand quel serait son environnement s’ils n’avaient pas un seul migrant, comme nous n’en avons pas. En auraient-ils envie ? Je pense qu’un référendum sur la question – souhaitez-vous une France ou une Allemagne sans immigration ? – obtiendrait très probablement une majorité. Voilà la situation. C’est une histoire malheureuse, car elle sépare et oriente les pays de l’Union européenne sur des chemins différents. Ceux qui ont pris les décisions favorables à l’immigration cherchent désormais à sauver leur carrière, leur honneur, leur uniforme, ce qui est humain, et ne peuvent plus revenir en arrière. Ce sont eux qui ont laissé entrer les migrants. Il est très difficile de faire marche arrière. D’autant plus que la plupart des pays d’Europe occidentale cherchent désormais à savoir comment vivre avec cette situation, puisqu’elle existe déjà. Nous, en revanche, nous nous demandons comment ne pas y entrer. C’est pourquoi notre logique sur la migration est totalement différente de la leur. Eux veulent gérer quelque chose ; nous voulons empêcher que cela se produise. Cette divergence de logique provoque des conflits politiques permanents. Et pourtant, la Hongrie doit continuer à faire preuve de courage. Il est sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne qu’un pays soit condamné à payer un million d’euros par jour, pour une faute réelle ou supposée. C’est totalement absurde. D’autant plus que nous devons payer parce que nous refusons de laisser entrer des migrants et que nous protégeons nos frontières. Il existe un cadre juridique qui interdit leur entrée, et pourtant on nous sanctionne pour avoir respecté ce cadre. C’est une pression énorme. Faites le calcul : 365 millions d’euros par an. C’est beaucoup d’argent ! J’ai fait mes calculs : même ainsi, cela reste moins cher que de les laisser entrer. Même sur une base purement financière, la Hongrie a intérêt à refuser l’entrée des migrants et à ne pas assumer les coûts financiers, sociaux et sociétaux qui en découlent. Donc même en payant cette somme, énorme à l’échelle hongroise, il est juste de maintenir notre décision. Je ne révèle aucun secret : le pacte migratoire entrera en vigueur le 12 juin. Il est totalement contraire aux intérêts de la Hongrie. Ils veulent nous imposer immédiatement l’accueil d’environ 400 migrants, que d’autres pays ont laissés entrer, et nous obliger à examiner au minimum 27 000 demandes d’asile par an. Cela signifie maintenir environ 10 000 personnes dans des camps. Or, nous ne voulons pas examiner 27 000 demandes. Le système hongrois ne permet pas de déposer une demande d’immigration directement à la frontière, il faut attendre, il faut attendre en dehors des frontières de la Hongrie, jusqu’à ce que la Hongrie se prononce sur toute demande d’immigration, qui ne peut être déposée à la frontière, mais uniquement dans les ambassades. Quiconque souhaite entrer en Hongrie doit attendre à l’extérieur, et si la décision est positive, il peut alors entrer. C’est la clé de tout. Il ne faut jamais y renoncer. Tous ceux qui y ont renoncé ont perdu. Et ceux qui pensent pouvoir corriger la situation sans changer ce principe perdront également : ils ne s’occupent que de détails. La question centrale est la suivante : peut-on entrer sur le territoire de l’Union européenne sans qu’une demande ait été approuvée ? Si vous laissez entrer les gens, vous ne pourrez plus vous en débarrasser. Les mécanismes juridiques, économiques, les avocats, les ONG se mettent en marche pour défendre ceux qui sont déjà entrés, et les procédures s’éternisent. C’est exactement ce qui se passe en Europe occidentale. Voilà la réalité. Je comprends que, vu depuis l’Amérique, cela paraisse inquiétant. Croyez-moi : vu d’ici, c’est encore plus inquiétant. Comment les deux moitiés de l’Europe pourront-elles coexister ? Car il ne s’agit pas seulement de la Hongrie : la Slovaquie, la Tchéquie suivent la même voie. L’Europe centrale restera sans migrants, tandis que l’Europe occidentale deviendra une région d’immigration. Comment vivre ensemble dans ces conditions ? C’est l’une des grandes questions de l’avenir. Il nous est de plus en plus difficile de faire face à cette tâche. Regardez la décision récente : ils veulent nous imposer ces 400 personnes en affirmant qu’il n’existe aucune pression migratoire sur la Hongrie. Qu’il n’y a pas de situation de crise migratoire, donc que nous devrions accueillir des migrants venus d’Europe occidentale. Pendant ce temps, des milliers de personnes gardent la frontière, il y a des clôtures. Nous défendons efficacement le pays, et on nous dit : puisque vous n’avez aucun migrant, vous n’êtes pas sous pression migratoire. C’est absurde de bout en bout. Il devient de plus en plus difficile de faire coexister ces deux logiques au sein d’un même système. Mais qu’ils viennent, s’ils le souhaitent. Je m’attends d’ailleurs à ce que, dans les dix à quinze prochaines années, de nombreux Européens autochtones, et non des migrants, utilisent la liberté de circulation pour venir travailler et vivre en Hongrie. Je pense que ce nombre est déjà en augmentation, mais qu il va croître de manière significative. Cela contribuera aussi à résoudre nos problèmes démographiques. Nous n’aurons pas des migrants, mais des Allemands, des Français, des Italiens. Cela s’est déjà produit dans l’histoire. Qu’ils viennent sans armes : c’est notre seule demande.

 Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Mandiner, je vous en prie.

András Kovács (Mandiner) : Bonjour. András Kovács, Mandiner. Ces derniers mois, plusieurs éléments des différents projets de Tisza ont été rendus publics. Il a été question de hausses d’impôts, de baisses des retraites, d’impôt sur la fortune, d’impôt foncier, ainsi que de la suppression de la politique de plafonnement des prix de l’énergie. De nombreux électeurs de gauche doutent que Tisza envisage réellement des mesures aussi dures et estiment qu’il s’agit d’une invention du Fidesz. Monsieur le Premier ministre, quel message adresseriez-vous à ces électeurs ? Merci.

Je leur dirais d’écouter leur bon sens. Si quelque chose ressemble à un canard, cancane comme un canard, et a des pattes palmées comme un canard, alors il est possible que ce soit… un canard. Je leur suggère de s’habituer à cette idée. Je connais le principal responsable de la politique économique de Tisza. Il a été secrétaire d’État chez nous à partir de 2010, pendant un an, peut-être un an et demi. Je connais sa manière de penser. Il existe, dans la tradition économique et de politique économique hongroise, une école qui considère que, lorsqu’un problème surgit dans l’économie et que des ressources doivent être mobilisées, la première cible doit être la population, autrement dit les électeurs. On leur retire de l’argent. On supprime, par exemple, le 13e mois de retraite. On supprime le 13e mois de salaire. On augmente les impôts. Et il existe une autre logique de politique économique, qui dit que dans de telles situations, il faut faire contribuer ceux qui sont plus à même de supporter ces charges que la population. Il faut donc faire contribuer les banques, les multinationales, les entreprises du secteur de l’énergie ; oui. C’est cette école que nous représentons. Tous les économistes gravitant autour de Tisza représentent l’autre école. C’est pourquoi, connaissant les personnes qui s’agitent autour de ce parti, je n’ai personnellement aucun doute : la politique économique de l’opposition, appelons-la aujourd’hui Tisza, n’est rien d’autre qu’un assemblage des attentes de Bruxelles. C’était déjà le cas en 2022, il n’y a là rien de nouveau. Je n’entends et ne lis, du côté du parti Tisza, que des propositions visant à imposer en Hongrie les mesures exigées par Bruxelles. Réformons le système de retraites, il est trop généreux. Nous consacrons trop de ressources au soutien des petites et moyennes entreprises. Remplaçons l’impôt à taux unique par un système progressif. Notre système fiscal est trop généreux. Je pourrais citer de nombreux exemples de ce type. Supprimons les taxes pesant sur le commerce de détail. Abandonnons la régulation des marges, qui a pourtant permis de faire baisser efficacement l’inflation. Tout cela correspond donc aux exigences de Bruxelles. Transformons entièrement le système de protection des coûts de l’énergie. Je connais ces propositions : je les ai entendues de vive voix, et elles figurent dans tous les documents bruxellois. Quant à savoir si telle est réellement l’intention de l’opposition actuelle, je répondrai par une phrase clé. Je pars de ce qu’ils ont eux-mêmes dit : si nous disions ce que nous préparons, nous perdrions les élections. C’est pourquoi il ne faut pas dire ce que nous préparons. Ce sont leurs mots. Ce n’est pas une invention de notre camp. Ce n’est pas une fabrication de la droite. Ils l’ont dit de leur propre voix, publiquement, et chacun peut le vérifier. Si quelqu’un n’a pas de telles intentions, pourquoi ne dit-il pas clairement ce qu’il veut faire ? Dire que l’on ne peut pas révéler ses intentions parce que cela ferait perdre les élections donne toutes les raisons de penser que les programmes qui ont émergé leur appartiennent bien. C’est aussi simple que cela. Pour ma part, je vois la situation de 2022 se répéter. D’autant plus que Gordon Bajnai est désormais entré en campagne aux côtés de l’opposition. Tout est exactement comme en 2022. Une alliance de l’opposition, même si elle a été recalibrée, les mêmes personnes, les mêmes conseillers, les mêmes experts, les mêmes économistes. C’est 2022. Un véritable sentiment de déjà-vu, si je puis dire. Nous devons livrer la même bataille, mais avec un enjeu plus élevé, car la guerre s’est invitée dans l’équation. La seule différence majeure entre 2022 et la situation actuelle, c’est qu’entre-temps est survenue la guerre russo-ukrainienne. Et l’alignement sur Bruxelles s’est doublé d’un alignement pro-ukrainien et pro-guerre. C’est là la grande différence. Mais pour l’essentiel, en termes de philosophie économique, de politique économique et d’outils économiques, je ne vois aucune différence entre l’opposition de 2022 et celle de 2026. La guerre, oui, constitue une différence majeure, et elle peut tout changer. Et puisque, pour l’autre camp, Bruxelles est la référence absolue, et que Bruxelles s’oriente vers une économie de guerre et vers la guerre elle-même, un gouvernement de gauche serait nécessairement un gouvernement pro-Bruxelles et pro-guerre. Voilà ma lecture, très simple, de la situation. Mais chacun exprimera son opinion. L’opposition aussi. On pourra l’écouter. Et lorsque les électeurs auront entendu tout le monde, ils pourront alors prendre leur décision.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Le prochain intervenant est The Winston Marshall Show. Je vous en prie, Monsieur Marshall.

Winston Marshall (The Winston Marshall Show) : Merci, Monsieur le Premier ministre. Puis-je poser ma question en anglais ? Votre réaction à « l’opération Absolute Resolve » au Venezuela se distingue nettement de celle de vos homologues à travers le monde. Non seulement de celle de vos vingt-six partenaires au sein de l’Union européenne, mais aussi de celle de ce que vous appelez l’élite libérale en Grande-Bretagne, aux États-Unis, ainsi que des eurocrates ici présents. Et cela vaut également pour Pékin et pour Moscou. Vous affirmez, vous dites, qu’il s’agit du début d’une nouvelle ère, celle des nations, tandis que tous les autres ne cessent de dénoncer la situation au nom du droit international. Ils n’arrêtent pas d’invoquer le droit international. Ont-ils tort de continuer à marteler cet argument du droit international ? Et existe-t-il encore une valeur, existe-t-il seulement encore du temps, pour le droit international dans cette nouvelle « ère des nations », telle que vous la décrivez ?    

La tentation de répondre est grande. Mais je dois désormais imposer certaines limites à mes réponses. Étant donné la complexité de la question, permettez-moi, s’il vous plaît, d’y répondre plutôt en hongrois. En effet. La signification du droit international a profondément changé. Jusqu’à présent, on mettait le droit international de côté avec une certaine gêne ; cette époque est révolue. Il n’y a plus la moindre pudeur à cet égard. Le droit international n’est plus une référence déterminante dans les décisions d’un certain nombre de grandes puissances, c’est parfaitement évident. Celui qui ne le voit pas ferait mieux de ne pas s’occuper de politique étrangère. La position de la Hongrie est claire : nous ne souhaitons pas élaborer une quelconque posture morale globale au sujet de cette opération. Elle a eu lieu, nous en prenons acte. C’est ainsi. Ce qui nous importe, c’est de savoir si cela est bon ou mauvais pour la Hongrie. Et pour la Hongrie, c’est une bonne chose. Premièrement, je pense que partout dans le monde, la lutte contre la drogue doit être intensifiée. La Hongrie est encore, sur le plan juridique, un pays sans drogue, mais dans la réalité, malheureusement, elle ne l’est déjà plus. Il faut donc éradiquer la drogue de notre pays. C’est pourquoi la chute de tout narco-État est une bonne nouvelle. Je ne verserai jamais la moindre larme pour la chute d’un narco-État. Moins il y en a, mieux c’est. L’idéal serait qu’ils disparaissent tous. Nous n’en avons pas la capacité nous-mêmes, mais il est dans notre intérêt que tous les narco-États soient démantelés. Que ceux qui en ont la capacité, la proximité géographique et les moyens s’en chargent. Deuxièmement, j’espère que ce qui s’est produit aura un effet de baisse sur les prix mondiaux de l’énergie. Je répète ce que j’ai déjà dit : les États-Unis sont en mesure de contrôler 40 à 50 % des réserves mondiales de pétrole. Si je comprends bien la politique économique américaine, il s’agit d’une stratégie de réindustrialisation : les Américains veulent à nouveau produire, pas seulement fournir des services ; ils veulent produire chez eux, et non faire produire ailleurs dans le monde. Cela nécessite de l’énergie. Si je comprends également l’autre axe de leur politique économique, le soutien aux technologies modernes, à l’intelligence artificielle, à la gouvernance fondée sur les données et à l’économie fondée sur les données, cela exige des quantités colossales d’énergie. C’est pourquoi je pense que les États-Unis ont intérêt à ce que l’énergie soit bon marché dans l’économie mondiale. Cela coïncide parfaitement avec les intérêts de la Hongrie. Pour nous, il faut tenir jusqu’en 2032, date à laquelle la centrale de Paks II entrera en service. À ce moment-là, tout changera. Mais d’ici là, nous devons tenir, même sans disposer de ressources propres suffisantes, et continuer à mener des projets de développement. Pour cela, nous avons besoin de prix internationaux de l’énergie bas. Il est indéniable que l’Union européenne a tenté d’élaborer une position commune sur l’opération militaire américaine au Venezuela. La Hongrie y a opposé son véto. Le mot « véto » n’est pas exact : nous n’y avons simplement pas participé, et sans nous, il n’y a pas de position commune. C’est pourquoi un nouveau document a été publié, qui n’a pas été adopté au nom de l’Union européenne. Et nous n’y consentirons pas non plus à l’avenir. Nous ne voulons pas de politique étrangère commune. Les textes fondateurs de l’Union européenne placent clairement la politique étrangère dans le champ des compétences nationales. À mon sens, sans politique étrangère souveraine, il n’y a pas d’État-nation ; c’est l’un des attributs fondamentaux de l’État. Coordonner les politiques étrangères de 27 États membres, c’est une chose, et cela peut être utile. Mais une politique étrangère commune n’est pas nécessaire, car nous ne sommes pas d’accord, et ne le serons pas, sur de nombreuses questions internationales. Nous ne sommes pas d’accord sur le Venezuela. Nous ne sommes pas d’accord sur la guerre russo-ukrainienne. Nous ne sommes pas d’accord sur le Moyen-Orient, sur Israël, il y a là une division totale. Pourquoi faudrait-il alors imposer une position commune ? Que chacun mène sa propre politique étrangère. Il n’y a qu’un seul domaine de la politique étrangère que nous avons placé sous la compétence commune de Bruxelles : la politique commerciale. C’est une composante importante de la politique étrangère, et nous la menons conjointement. Tout le reste doit reposer sur la souveraineté nationale. Ainsi, pour notre part, nous avons pris acte des faits résultant de l’action militaire américaine et nous en espérons des effets bénéfiques.

Zoltán Kovácssecrétaire d’État : China Media Group.

Bu Weijun (China Media Group) : Merci. Bonjour, de China Media Group. La Chine et la Hongrie sont des « partenaires stratégiques globaux tous temps ». Quelle est votre appréciation des relations entre la Chine et la Hongrie, ainsi que des relations entre la Chine et l’Union européenne ? Quel rôle la Hongrie peut-elle jouer dans les relations entre la Chine et l’UE ? Vous avez affirmé à plusieurs reprises que la Hongrie soutient le principe d’« une seule Chine ». Quelle est votre opinion sur les récentes mesures prises par les autorités taïwanaises et par certaines forces extérieures, mesures qui portent atteinte à la stabilité du détroit de Taïwan ? Merci beaucoup.

Vous avez soulevé des questions très difficiles. Il est évident que l’opération militaire menée au Venezuela aura des conséquences dans d’autres régions du monde. Penser qu’il s’agirait d’un événement isolé, sans impact sur la politique mondiale, serait naïf. Il faut donc s’attendre à ce que des situations similaires se produisent ailleurs dans le monde. Il faut en prendre acte : c’est l’une des conséquences inévitables de la nouvelle époque dans laquelle nous sommes entrés. La Hongrie soutient effectivement le principe d’« une seule Chine », mais il s’agit là d’une tradition ancienne. Je le précise à l’intention des journalistes internationaux : même à l’époque communiste, lorsque des tensions existaient entre la Chine et la Russie, la Hongrie ne s’est jamais rangée contre la Chine. Mieux encore : dès 1948–1949, les communistes hongrois ont toujours entretenu une relation particulière avec les Chinois. Cette relation reposait sur des considérations stratégiques, et c’était une décision juste. Il s’agit donc d’une tradition de la politique étrangère hongroise que nous poursuivons aujourd’hui. Pour que tout le monde comprenne pourquoi l’expression « tous temps » a été évoquée : dans la diplomatie chinoise, chaque relation bilatérale est classée dans une catégorie spécifique. La Hongrie appartient à la catégorie dite « All Weather », ce qui signifie que le partenariat est maintenu quelles que soient les circonstances, d’où la référence à la météorologie. Il n’existe qu’un seul niveau supérieur à celui-ci dans le système chinois, un degré de coopération encore plus approfondi. Nous nous situons juste en dessous de ce niveau maximal, ce qui constitue un résultat remarquable, et très favorable à la Hongrie. La Hongrie ne voit donc pas la Chine comme une menace, mais comme une opportunité immense. La visite historique du président chinois en Hongrie a été exceptionnelle : il a invité les entreprises hongroises à participer à la modernisation de la Chine, ouvrant ainsi d’importantes perspectives commerciales. Il a également proposé, si nous le souhaitons, que la Chine participe à la modernisation de l’économie hongroise. C’est la raison pour laquelle les investissements sont au rendez-vous. Pour nous, c’est une opportunité considérable. Je considère cette tradition historique comme l’une des grandes opportunités de l’époque moderne, et nous voulons exploiter pleinement toutes les possibilités économiques qu’elle recèle. C’est pourquoi nous continuerons à coopérer étroitement avec la Chine à l’avenir. Votre question concernait également les autres États membres de l’Union européenne. Malheureusement, notre politique favorable à la Chine et à la coopération avec la Chine n’est pas aujourd’hui majoritaire au sein de l’Union européenne. Nombreux sont ceux qui préfèrent restreindre la coopération avec la Chine, une approche que je m’efforce personnellement de corriger. Je constate aussi des tentatives visant à raviver une confrontation idéologique. Ainsi, cette formule apparemment anodine, reprise régulièrement par la presse hongroise sans que l’on s’interroge sur sa signification réelle, selon laquelle la Chine serait un « rival systémique », me semble totalement dénuée de sens, ou, si elle en a un, profondément erronée. La Chine n’est pas, pour nous, un rival systémique. Il n’existe pas de rivalités systémiques dans le monde moderne. Ce qui se produit, c’est que la culture a retrouvé un rôle déterminant : elle est plus importante que la politique. Des peuples de cultures différentes se gouvernent différemment. Nous le savons depuis longtemps, je vous l’ai peut-être déjà dit, les anciens savaient qu’on ne pouvait pas gouverner les Romains à la manière grecque, ni les Grecs à la manière romaine. Cela reste vrai aujourd’hui. La Chine, c’est la Chine. L’Europe, c’est l’Europe. L’Amérique, c’est l’Amérique. Chacun dispose d’un système de gouvernance issu de sa propre culture. Chercher à harmoniser de force ces systèmes, à les synthétiser ou à en faire des conflits de systèmes relève d’un profond malentendu. C’est une manière de penser nuisible à l’humanité. C’est pourquoi nous ne considérons pas la Chine comme un rival systémique. Nous ne voulons pas vivre comme les Chinois : c’est leur monde. Nous voulons vivre comme les Hongrois, d’une manière qui nous convient, dans laquelle nous nous sentons bien. Mais cela ne fait pas de la Chine notre rivale. Je n’ai aucune intention de prouver que l’organisation économique hongroise serait supérieure à celle de la Chine. Ce n’est pas mon affaire. C’est la vôtre. Et j’espère sincèrement que la Chine n’a pas non plus l’intention de démontrer que son modèle économique serait supérieur au modèle hongrois. Pourquoi cela serait-il nécessaire ? Que chacun fasse son travail selon ses propres caractéristiques culturelles, et que chacun puisse réussir ainsi : tout en se sentant bien dans sa propre peau. Voilà l’attitude juste. C’est pourquoi je considère comme essentiel qu’en 2026 également, la coopération sino-hongroise non seulement se maintienne, mais se renforce encore. J’anticipe de nouveaux investissements chinois importants, et nous avons également des projets d’exportation ambitieux vers la Chine. Nous souhaiterions vivement que les obstacles sanitaires qui limitent aujourd’hui les exportations alimentaires hongroises, en raison de certaines épidémies, soient levés, afin que ces exportations puissent reprendre vers la Chine à leur niveau antérieur. Nous y travaillons activement. Les autorités chinoises font preuve de coopération, de respect, et reconnaissent la Hongrie. Nous leur rendons le même respect. À mes yeux, il s’agit d’un partenariat solide, et bénéfique pour les Hongrois.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à Patrióta. Dániel Bohár.

Dániel Bohár (Patrióta) : Merci. Dániel Bohár, pour Patrióta. Monsieur le Premier ministre, le président du parti Tisza nie en permanence l’implication d’experts, de conseillers de l’ombre et de responsables politiques de gauche qui travaillent pourtant autour du parti Tisza, notamment à l’élaboration de son programme. Vous avez déjà évoqué leurs projets fiscaux. Parmi ces personnes figure par exemple László Kéri. Péter Magyar nie également toute collaboration avec László Kéri, mais des images publiées aujourd’hui dans la presse montrent ce dernier en train de se concerter avec les experts de campagne du parti Tisza, dans les locaux mêmes du parti. Que pensez-vous du fait que ces figures de gauche apparaissent régulièrement derrière ou autour du parti Tisza ? Et que pensez-vous de l’attitude du président du parti à leur égard dans l’espace public ? Quelle en est, selon vous, la raison ?

Écoutez, si nous abordons cette question avec un minimum de hauteur de vue, et pourquoi ne le ferions-nous pas, alors mettons de côté les aspects mesquins : qui nie qui, ces petites manœuvres sournoises… À mon sens, cela mérite à peine notre attention. Si l’on prend un peu de recul, il faut reconnaître que les choses ne peuvent pas se passer autrement. Aujourd’hui, en Hongrie, il existe fondamentalement deux manières de penser l’orientation de la politique économique et sociale. La première considère que l’Europe occidentale, et Bruxelles en particulier, sont sur la bonne voie, et que la Hongrie doit s’y raccorder le plus étroitement possible, gommer les divergences, les faire disparaître, et adopter la position pro-ukrainienne. Les électeurs de Tisza ont voté là-dessus, n’est-ce pas ? Sur la question de l’adhésion de l’Ukraine. Il y a eu un vote formel, juridiquement contraignant. Les électeurs de Tisza ont voté : ils ont dit oui à l’adhésion de l’Ukraine. C’est parfaitement clair. Soutenir l’Ukraine. En matière de migration, appliquer le pacte migratoire : ils l’ont toujours dit. Et lorsqu’ils ne savaient pas quoi dire, ils affirmaient même que la migration n’était pas un problème. Je m’en souviens très bien. Reconnaissons-le : ceux qui ne soutiennent pas notre politique économique et sociale n’ont, en réalité, pas d’autre choix que de soutenir la politique économique de Bruxelles. C’est là qu’ils se retrouvent. Il n’existe pas, en Hongrie, de concept alternatif de politique économique fondé sur une base nationale. Nous, nous avons un concept. Je ne dis pas que les journalistes présents ici s’en rongent les ongles d’excitation, mais nous avons une économie fondée sur le travail et un modèle social fondé sur la famille. Dans l’Union européenne, aucun des deux n’existe. Soyons clairs : dans l’Union, il y a une économie fondée sur l’assistance, et non sur le travail ; et il n’y a pas de société fondée sur la famille, mais une société fondée sur l’individu. C’est une autre conception. Et ceux qui ne l’acceptent pas se tournent vers Bruxelles. Il n’y a guère d’alternative. Peu importe donc qu’ils s’apprécient ou non, qu’ils se renient ou non. Que ce soit György Surányi, que l’on peut, à juste titre, respecter pour sa compétence professionnelle, ou Gordon Bajnai, que nous respectons beaucoup moins, puisqu’il a supprimé le 13e mois de retraite, ruiné le pays en un an, et auparavant, comme ministre de l’Économie, a consacré trois années supplémentaires à entraîner des millions de Hongrois dans le piège des crédits en devises ; ou encore András Kármán, expert détaché de la banque Erste ; ou László Kéri, que je connais très bien depuis mes années d’études, dont je connais parfaitement les idées, qu’ils se rassemblent tous là ne présente rien d’extraordinaire. Je n’y vois rien à cacher, rien de surprenant, rien de nouveau. C’est ainsi que les choses se passent, n’est-ce pas ? C’était déjà le cas en 2022. Croyez-moi, si l’on pouvait rembobiner le film, même si, à juste titre, nous devrions nous concentrer sur l’avenir plutôt que sur le passé, et revenir à janvier 2022 dans la vie politique hongroise, on verrait à peu près exactement ce que l’on voit aujourd’hui. Il n’y a rien de nouveau. Chacun est à sa place. Une seule chose est nouvelle, je le répète, et elle accroît considérablement l’enjeu de cette élection : la guerre. En effet, sur la question de la guerre, la gauche ne s’est pas placée sur une base nationale. Le parti Tisza suit clairement la position de Bruxelles, et Bruxelles a décidé d’aller vers la guerre. C’est un fait douloureux. Il pourrait exister une gauche qui dise non à Bruxelles. Qui refuse l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, qui ne soutienne pas l’Ukraine et qui ne soutienne pas la poursuite de la guerre. Nous pourrions avoir une telle gauche. Une telle gauche existe dans certains pays européens. La nôtre n’est pas ainsi. La nôtre est pro-guerre, pro-ukrainienne et pro-Bruxelles. Je vois bien ces petites intrigues façon roman policier, qui apparaît où, avec qui, mais ce n’est pas ainsi qu’il faut analyser la situation. Il faut la regarder dans un cadre plus large. Et dans ce cadre-là, tout est à sa place. Tout est exactement là où cela a toujours été, là où cela doit être.

Zoltán Kovácssecrétaire d’État : Je donne la parole à The Times.

Marc Bennetts (The Times) : Le mois dernier, à propos de la guerre en Ukraine, vous avez déclaré qu’il n’était pas clair de savoir qui avait attaqué qui. Pourtant, le monde entier a vu, au matin du 24 février 2022, le président Poutine donner l’ordre de bombarder Kyiv ainsi que d’autres villes et localités ukrainiennes. Pourriez-vous expliquer ce que vous vouliez dire par là ? Par ailleurs, alors que cette année marque le 70ᵉ anniversaire de la Révolution hongroise de 1956, comment pensez-vous que les Hongrois qui ont donné leur vie pour résister à l’occupation russe réagiraient s’ils savaient que, sous votre gouvernement, la Hongrie est devenue l’alliée diplomatique et idéologique de Moscou, et qu’elle s’oppose au soutien à l’Ukraine, un autre pays, et qui plus est votre voisin, qui lutte pour se libérer de la domination de Moscou ? N’est-ce pas une trahison des idéaux de 1956 ? Enfin, alors que vous qualifiez constamment Bruxelles et les alliés de Kyiv de « pro-guerre », considérez-vous que Vladimir Poutine est lui aussi pro-guerre ? Je ne crois pas vous avoir jamais entendu l’employer en ces termes. Merci. 

À mon sens, la situation est claire : en février 2022, la Russie a attaqué l’Ukraine. Je ne comprends pas où se situerait la moindre ambiguïté. C’est parfaitement évident. Les combattants de 1956 attendaient, selon moi, l’arrivée des Américains. Aujourd’hui, les Américains sont là : et ils veulent la paix. Il ne serait pas difficile, pour eux, de se ranger aux côtés des Américains. Il n’est absolument pas question d’idéologie. Je ne crois pas quiconque puisse sérieusement prétendre que les Américains et les Russes se situeraient sur une même plateforme idéologique. Ici, il ne s’agit pas du tout de cela. Le sujet, c’est qu’ils veulent la paix. Ils veulent mettre fin à la guerre. Les combattants de 1956 auraient été très heureux si les Américains étaient venus. Et si nous avions pu, ensemble, adopter une position commune avec eux ; mais malheureusement, cela n’a pas été le cas. Je crois que cela résume l’essentiel. Si je vous comprends bien, vous estimez que les États-Unis et la Russie se situent sur la même plateforme idéologique ? Est-ce bien votre position ? Non, non, c’est une question essentielle. La question est de savoir si, selon vous, on peut considérer les États-Unis et la Russie comme étant idéologiquement alignés, ou non. Pour ma part, je ne le pense pas. Et c’est probablement la raison pour laquelle nous ne sommes pas d’accord.  

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Je donne la parole à 444.

Pál Dániel Rényi (444) : Bonjour. Dániel Rényi, pour 444. Je voudrais revenir un instant, moi aussi, sur la question des fondations de la banque centrale, au moins de manière indirecte. Ma question serait la suivante : quand avez-vous parlé pour la dernière fois avec György Matolcsy, que vous connaissez depuis trente ans, voire davantage ? Lui avez-vous demandé s’il savait quelque chose au sujet de ce patrimoine qui a disparu ? Et maintenez-vous la déclaration que vous aviez faite en 2016 ? Vous aviez alors dit qu’il faudrait que « le ciel et la terre s’effondrent » pour que votre confiance en György Matolcsy soit ébranlée. Voilà mes deux questions à son sujet. J’aimerais également vous interroger sur le patrimoine des fondations : une part importante de ces actifs a été placée sous l’influence du fils de György Matolcsy. Avez-vous une relation personnelle avec Ádám Matolcsy ? L’avez-vous déjà rencontré ? Dans quelle mesure connaissez-vous l’histoire de son enrichissement ? Merci beaucoup.

Cela fait très longtemps, peut-être huit ou dix ans, que j’ai rencontré pour la dernière fois le fils du président de la banque centrale. Mais j’aurais très bien pu le croiser plus récemment : il se trouve souvent en ville. Il n’est pas particulièrement difficile de le rencontrer. S’agissant du président de la banque centrale, j’ai parlé avec lui pour la dernière fois dans les jours, voire les semaines précédant son départ. Nous avons évoqué ce qui allait se passer, la future direction de la banque centrale, ce que je pensais être souhaitable, ce qu’il en pensait lui-même. Je me suis également intéressé à son avis concernant sa succession. Le gouvernement ne s’est jamais occupé des questions financières de la banque centrale, et il n’a pas à le faire. Il existe des organes de l’État habilités, et indépendants du gouvernement, dont c’est précisément la mission. Je ne serais pas opposé, même si cela irait aujourd’hui à l’encontre des tendances internationales, à ce que la banque centrale soit placée sous contrôle gouvernemental, et que le gouvernement assume la responsabilité de son fonctionnement. Cela ne me poserait aucun problème. Mais à l’heure actuelle, ce n’est pas possible. Et puisque ce n’est pas possible, la banque centrale, qu’il s’agisse de ses réussites ou de ses problèmes, ne relève pas de la responsabilité du gouvernement. Elle doit être traitée dans le cadre institutionnel qui est le sien, et qui n’est pas gouvernemental. Je ne peux donc pas en assumer la responsabilité. Il n’y a qu’une chose pour laquelle je peux prendre la responsabilité : si des soupçons sérieux d’abus apparaissent, des procédures seront engagées. Les organes compétents mèneront les enquêtes, la police relevant du gouvernement, et le parquet étant placé sous l’autorité du Parlement. Ces procédures seront conduites, et chacun recevra ce qui lui revient, sur la base des faits établis. Pas sur la base de rumeurs, mais sur la base de faits documentés et prouvés. C’est ce que j’attends. Et cela se produira.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. The Free Press in US. The Free Press, aux États-Unis.

Charles Mark Lane (The Free Press) : Merci. Certaines de mes questions ont déjà été abordées, mais je souhaiterais revenir sur le Venezuela. Vous avez présenté cette situation comme un avantage pour la Hongrie, dans la mesure où elle ferait baisser le coût de l’énergie. Je me demande si vous pourriez expliquer comment, selon vous, cela pourrait fonctionner, étant donné que la relance de la production pétrolière vénézuélienne serait un projet de très long terme. Dans le même esprit, le président des États-Unis a déclaré quelque chose à ce sujet lors de sa conférence de presse, et j’aimerais connaître votre réaction. Il a affirmé que la protection du commerce, du territoire et des ressources naturelles constituait les lois immuables qui déterminent la puissance mondiale. Cette vision semble, bien entendu, exclure toute référence aux valeurs ou, comme cela a été évoqué précédemment, au droit international. J’aimerais donc connaître votre réaction à cette affirmation, et comprendre comment un tel monde affecterait la Hongrie. 

Le droit international n’a jusqu’à présent offert aucune protection à la Hongrie ; nous ne voyons donc, de notre point de vue, aucun changement fondamental à cet égard. À l’heure actuelle, le droit international est utilisé contre nous à Bruxelles. Pourquoi devrions-nous regretter l’émergence de quelque chose de nouveau en remplacement de cet état de fait ? Comme vous, je ne peux me forger une opinion qu’à partir des prises de position et des informations rendues publiques. J’ai entendu la conférence de presse du président américain, j’ai échangé avec le ministre hongrois des Affaires étrangères, qui a lui-même consulté ses homologues. Nous pensons que les Américains seront en mesure d’intégrer les ressources pétrolières du Venezuela dans le commerce mondial. S’ils y parviennent, cela signifie que l’offre augmentera. Et si l’augmentation de l’offre entraîne une baisse des prix, ce qui correspond logiquement aux intérêts des États-Unis au regard de leur politique industrielle, alors nous estimons que cela peut être bénéfique pour la Hongrie. Il est vrai, par ailleurs, que le président a très probablement raison lorsqu’il affirme que, à l’avenir, le contrôle des ressources naturelles déterminera les rapports de puissance dans le monde. Je le dis à voix basse : il me semble que cela a, d’une certaine manière, toujours été le cas.

Kovács Zoltán, secrétaire d’État : Direkt36, la parole est à vous.

Votre question est tentante. Il serait très tentant de formuler un jugement moral, ou une opinion morale, voire une réinterprétation du nouvel ordre mondial. Malheureusement, il est encore trop tôt pour me demander de le faire. J’y réfléchis beaucoup, mais le processus n’est pas encore achevé. L’ancien monde, j’entends par là le monde libéral, est en train de disparaître, mais le nouveau monde qui émerge, que j’appelle, ou que j’aime appeler, l’ère des nations, n’a pas encore de forme clairement définie. Nous devons donc attendre. L’action que nous avons qualifiée d’opération militaire au Venezuela n’est qu’un élément parmi d’autres qui contribueront à façonner cette nouvelle époque. D’autres événements surviendront également, et ils participeront eux aussi à la structuration de ce nouvel âge. Je ne souhaite donc pas donner l’impression d’être quelqu’un capable de prédire avec précision à quoi ressemblera ce nouveau monde. Mon rôle est d’essayer de comprendre ce qui est en train de se passer et d’en mesurer les conséquences pour la Hongrie. C’est la limite que je dois respecter. J’espère que les Américains réussiront à mobiliser les ressources naturelles du Venezuela. J’espère qu’ils sauront créer des conditions permettant l’émergence d’un gouvernement démocratique au Venezuela. J’espère que le narco-État disparaîtra à jamais. Pour l’instant, ce sont avant tout des espoirs.

Zoltán Kovácssecrétaire d’État : Merci. Direkt36.

Patrik Galavits (Direkt36) : Patrik Galavits, de Direkt36. Monsieur le Premier ministre, j’aimerais vous interroger sur les services publics, car de nombreuses données montrent que, au cours des seize dernières années, vos gouvernements ne les ont pas considérés comme des priorités. Les dépenses de santé rapportées au PIB sont très inférieures à la moyenne de l’Union européenne et de l’OCDE. Aux tests PISA, les performances des élèves hongrois ont reculé en mathématiques et en compréhension de l’écrit, et la proportion des élèves les plus performants a également diminué. Les retards ferroviaires ont augmenté de manière continue ces dernières années ; en 2024, par exemple, la compagnie MÁV a cumulé près de sept années de retard au total. Or, il y a seize ans, vous promettiez précisément le contraire : remettre en ordre la santé, l’éducation et les transports publics. De surcroît, votre gouvernement a disposé de ressources européennes considérables pour ce faire. Ma question est donc la suivante : quelle responsabilité personnelle ressentez-vous face au fait que, malgré ces promesses et ces moyens, les services publics se trouvent aujourd’hui dans cet état ?

Je suis fier de ce que nous avons accompli. Dans le domaine de la santé, nous avons rénové 91 hôpitaux et établissements de soins. 91 hôpitaux et établissements de soins ! Nous avons construit ou rénové 625 cabinets médicaux. Ce sont des résultats remarquables ! Les dépenses de santé ont augmenté de deux fois et demie en valeur réelle par rapport à 2010. C’est considérable. En valeur nominale, elles ont été multipliées par deux et demi ; en valeur réelle, elles ont augmenté de 50 %. Si vous regardez le budget 2026, vous verrez que le budget de la santé augmente encore de 8 %. En temps de guerre, je considère que c’est un effort important. En ce qui concerne les transports, je peux dire qu’entre 2010 et aujourd’hui, nous avons construit 870 kilomètres d’autoroutes et de voies rapides. Là aussi, c’est un résultat remarquable. Si l’on compare les longueurs, aussi surprenant que cela puisse paraître, en 2024, si je me souviens bien, notre réseau de voies rapides était plus long que celui de l’Autriche. Sans parler des autres pays d’Europe centrale. C’est, à mes yeux, un progrès majeur. Quant au chemin de fer, sa modernisation est en cours à plein régime. Vous voyez les nouveaux investissements et les nouveaux développements : nous construisons de nouvelles lignes, nous avons acheté de nouvelles locomotives et de nouvelles voitures. Nous avons introduit des systèmes qui établissent des responsabilités en cas de retard : il n’est plus possible d’accumuler des retards sans conséquences, et les voyageurs sont indemnisés. Je suis convaincu que le rail atteindra, d’ici quelques années, un niveau digne de la Hongrie. Dans le domaine de l’éducation, je peux dire que le budget annuel de l’enseignement public a augmenté de 175 % par rapport à 2010. 175 %, ce qui représente une hausse de 60 % en valeur réelle. Au cours des deux dernières années, les enseignants ont bénéficié d’augmentations salariales de 60 %, et cette année encore de 10 %. Ainsi, en 2026, ils gagneront plus de 70 % de plus qu’en 2023. Je pense donc que le gouvernement ne se contente pas d’accorder de l’attention aux services publics, mais y consacre également des ressources financières. Et je tiens à défendre les personnes qui y travaillent. Je ne crois pas que les enseignants effectuent mal leur travail, et je souhaite également défendre les professionnels de la santé. À mon sens, les médecins, les infirmiers, et les personnels techniques qui assurent le fonctionnement des hôpitaux accomplissent leur mission avec sérieux et honnêteté. Bien sûr, on peut toujours faire mieux, c’est vrai dans tous les métiers. Mais affirmer que les agents du service public seraient incapables de faire fonctionner les systèmes dans lesquels ils travaillent, ce n’est pas juste. Or, c’est ce que vous suggérez : si, selon vous, les systèmes ne fonctionnent pas, il doit y avoir une raison. Nous investissons davantage de fonds, mais selon vous, les performances se détériorent, il n’y a qu’une conclusion possible. Je pense donc qu’il y a un problème lié au travail, que ce soit au niveau des dirigeants ou des employés, il n’y a pas d’autre conclusion possible. Je le répète donc : nous mettons 8 % de budget supplémentaire dans la santé, les enseignants gagnent aujourd’hui 73 % de plus qu’il y a deux ans, nous avons construit le plus vaste réseau de voies rapides de la région, et nous investissons actuellement des sommes considérables dans la modernisation de la MÁV. C’est en cours. Dire que le pays ne fonctionne pas, c’est dévaloriser le travail de celles et ceux qui, dans ces secteurs, accomplissent chaque jour leur mission avec intégrité. Je me tiens à leurs côtés. Ce sont, soit dit en passant, mes employés ; enfin, des employés de l’État. Je peux donc dire qu’ils font du bon travail.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. InfoRádió.

Zsolt Herczeg (InfoRádió) : Bonjour. Zsolt Herczeg, pour InfoRádió. Depuis 2010, le gouvernement considère le soutien aux familles et l’arrêt du déclin démographique comme l’une de ses missions prioritaires, et y consacre des moyens importants. Or, le taux de fécondité stagne, voire recule, tout comme, malheureusement, le nombre de naissances. D’une part, j’aimerais savoir comment vous analysez les causes, manifestement multiples, de cette situation. D’autre part, pensez-vous qu’il existe encore, dans une politique familiale fondée sur des incitations financières, des instruments susceptibles d’être mis en œuvre prochainement et d’apporter un changement significatif ? Ou bien faut-il admettre que ce sont d’autres motivations, sociales, culturelles, des changements de mentalité, qui seraient nécessaires pour provoquer un véritable tournant démographique ?

Par où commencer pour démêler tout cela ? Commençons par la question essentielle : quel est l’objectif de notre politique familiale ? Elle poursuit deux objectifs. Le premier est que le niveau de vie matériel de ceux qui choisissent d’avoir des enfants ne soit pas inférieur à celui de ceux qui n’en ont pas. C’est notre premier objectif, et sans doute le plus important. Nous n’y sommes pas encore parvenus. L’écart s’est considérablement réduit, mais il existe encore. Nous introduisons actuellement l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les mères de 40 ans ayant au moins deux enfants : cela représente un avantage salarial d’au minimum 15 %. Et je réponds ainsi aussi à votre dernière question : en 2027, les mères de moins de 50 ans ayant deux enfants seront exonérées d’impôt sur le revenu ; en 2028, ce sera le cas jusqu’à 60 ans ; et en 2029, ce sera généralisé. Autrement dit, en Hongrie, une femme ayant élevé deux enfants ne paiera plus jamais d’impôt sur le revenu de sa vie. On peut réfléchir à l’extension de cette exonération à d’autres sources de revenus que le revenu du travail, mais je pense que c’est encore prématuré. Concentrons-nous d’abord sur ce que nous avons déjà décidé de mettre en œuvre. Le deuxième objectif de la politique familiale est qu’il naisse davantage d’enfants. Ici, nous nous heurtons à une limite biologique, et c’est une preuve supplémentaire, très concrète, que le gouvernement n’est pas tout-puissant, puisqu’il ne peut pas vaincre les lois de la biologie. La question est de savoir combien de femmes en âge de procréer il y a en Hongrie. Or, leur nombre diminue continuellement. Cela signifie qu’un nombre de plus en plus réduit de femmes devrait avoir davantage d’enfants pour inverser les tendances démographiques. C’est là le véritable défi. Je pense que l’argent, à lui seul, ne suffit pas. Mais je dois aussi reconnaître que le gouvernement ne peut agir que par des règles et par des moyens financiers. Au-delà de cela, il n’est plus compétent. La politique familiale comporte en Hongrie un aspect très sensible, je le précise pour les étrangers, chez qui ce n’est peut-être pas le cas. Les Hongrois sont, en matière de vie personnelle, parmi les peuples les plus libéraux d’Europe. Le terme peut sembler trompeur, mais il a du sens ici. L’idée selon laquelle « ma maison est mon château » est, selon moi, particulièrement forte en Hongrie, probablement parmi les plus fortes d’Europe. Les citoyens n’aiment pas que l’on se mêle de leur vie privée. Ils le détestent même profondément. Ils ne l’acceptent pas. Même lorsque l’intention est bonne, même lorsqu’il s’agit de soutenir, il faut y réfléchir à trois fois, car vu sous un autre angle, cela peut être perçu comme une intrusion dans leur univers personnel. Le soutien aux familles fonctionne exactement ainsi. Je rencontre souvent des opinions selon lesquelles soutenir les familles avec enfants reviendrait à désavantager ceux qui n’en ont pas encore. À partir de là, certains ont le sentiment d’être relégués dans une catégorie négative et commencent à se défendre. C’est pourquoi, en Hongrie, toute action touchant à la sphère privée, y compris à la vie familiale, doit être conçue avec une extrême prudence, car elle se heurte à une forte résistance sociale. Il faut connaître sa propre société, savoir culturellement ce qu’elle peut accepter et ce qu’elle ne peut pas. Ainsi, là où il n’y a plus ni réglementation ni soutien financier, l’influence du gouvernement s’arrête, car toute intervention supplémentaire serait perçue comme illégitime. Je serais volontiers prêt à faire œuvre d’évangélisation, mais cela nous est interdit. Et peut-être à juste titre. Certains savent mieux faire que nous, mais il est certain que si davantage de personnes parvenaient à renouer avec nos racines chrétiennes, cela aurait un effet bénéfique sur la démographie. Mais ce n’est pas le rôle du gouvernement. Cela ne relève pas de sa compétence, et ce ne serait pas acceptable en Hongrie. Nous utilisons donc les instruments qui sont à notre disposition : la réglementation, l’empathie, la sollicitude, la solidarité et le soutien financier. C’est ce que nous pouvons offrir aux familles. Nous essayons de bâtir une Hongrie favorable aux familles. Il est indéniable que, pour le premier objectif, nous avons obtenu des résultats significatifs. Pour le second, je resterais prudent   le fait de ne pas être parvenus à améliorer la situation démographique signifie aussi que nous avons réussi à en freiner la dégradation. Selon nos calculs, si nous n’avions pas mis en place notre politique familiale, il y aurait aujourd’hui 200 000 enfants de moins en Hongrie. Si un jour je dois rendre des comptes devant Dieu sur ce que j’ai fait, c’est cela que je mettrai en avant en premier lieu pour ma défense.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Le temps commence à nous manquer, il reste donc du temps pour deux questions. Je donne la parole à Paraméter, l’agence slovaque.

László Juhász (Paraméter) : Bonjour. László Juhász, pour le portail d’information Paraméter. Monsieur le Premier ministre, en décembre dernier, le gouvernement slovaque dirigé par Robert Fico a adopté une mesure prévoyant jusqu’à six mois de prison pour toute personne qui remettrait en cause les décrets Beneš. Il s’agit de décrets adoptés après la Seconde Guerre mondiale, sur la base desquels, en raison notamment du principe de culpabilité collective, des terres continuent encore aujourd’hui d’être confisquées en Slovaquie, y compris à des Hongrois de Slovaquie. De quelle manière entendez-vous user de votre influence et de vos relations personnelles avec le Premier ministre Robert Fico afin que quelque chose change concernant ces décrets Beneš ? À quoi les Hongrois de Slovaquie peuvent-ils s’attendre de votre part ? Quelles mesures concrètes envisagez-vous ?

Tout d’abord, les Hongrois du Haut-Pays ou, si vous préférez, les Hongrois de Slovaquie, peuvent compter sur le soutien total du gouvernement hongrois. Comme jusqu’à présent, nous continuerons à les soutenir en toute chose. Deuxièmement, nous rejetons le principe de la culpabilité collective, que ce soit pour nous-mêmes ou pour tout autre pays européen. La culpabilité collective est une mauvaise chose, et les lois qui l’incarnent sont elles aussi mauvaises. Troisièmement, il faut tenter de comprendre précisément cette législation slovaque, et ce n’est pas simple. Il n’est pas clair, par exemple, si, en Slovaquie, le fait de dire que les décrets Beneš sont mauvais, qu’ils manquent de fondement moral, ou encore d’affirmer que les passages relatifs à la culpabilité collective sont inacceptables, entraîne ou non une sanction. Faut-il en contester l’existence, ou est-il simplement interdit d’en dire du mal ? Ce sont deux choses différentes. J’attends donc qu’une situation juridique claire se dessine enfin : ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Ces dernières semaines, j’ai vu de nombreuses personnes en Slovaquie déclarer publiquement que les décrets Beneš sont mauvais, il y a même eu des manifestations. Ils ont donc dit qu’ils étaient injustes. Je ne vois pas les conséquences juridiques. Je cherche donc à comprendre précisément quelle est la portée de la loi adoptée par les Slovaques, et si elle modifie la situation existante. Ce que je vois, c’est qu’environ mille hectares de terres agricoles sont concernés. J’essaie également de comprendre dans quels cas juridiques concrets les décrets Beneš, adoptés après la guerre, sont utilisés comme instruments dans des litiges patrimoniaux. D’après les informations dont je dispose jusqu’à présent, ils sont invoqués dans des contentieux portant sur environ mille hectares de terres agricoles. Il s’agit de préjudices juridiques concrets, qui devront être traités. Lorsque j’aurai une vision complète de la situation, je m’entretiendrai de manière approfondie avec le président et le Premier ministre slovaques. Cela n’a pas encore eu lieu à ce niveau de détail. J’ai déjà abordé la question avec eux, mais pas suffisamment en profondeur. D’ici là, je peux affirmer deux choses sans ambiguïté : la Hongrie continuera à soutenir sans condition les Hongrois vivant en Slovaquie, leurs dirigeants élus, l’ensemble de la communauté hongroise, ainsi que leurs organisations politiques et civiles ; et nous rejetons toute forme de culpabilité collective.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Merci. Mademoiselle Karoleva.

Scarlett Karoleva (journaliste indépendante) : Scarlett Karoleva, journaliste indépendante des Pays-Bas. Tout d’abord, bonne année, Monsieur le Premier ministre. L’année a très bien commencé pour le peuple vénézuélien, qui a été libéré de la dictature socialiste par le président Donald Trump. De nombreuses personnes en Europe célèbrent également cet événement, estimant qu’elles vivent elles aussi, en Europe et au Royaume-Uni, sous une forme de dictature socialiste : avec Keir Starmer, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen. Je vous pose cette question non seulement en tant que Premier ministre, mais aussi comme citoyenne ordinaire : que pensez-vous de cela, et soutenez-vous leur aspiration à être libérés par le président Donald Trump ?

Je suis dans une position assez simple lorsque vous me demandez mon opinion personnelle. Au cours des dernières années, plusieurs centaines de réfugiés vénézuéliens sont arrivés en Hongrie. La Hongrie a accueilli des personnes d’origine hongroise qui vivaient au Venezuela et qui ont fui le pays ces dernières années. Nous parlons de plusieurs centaines de familles hongroises qui se sont installées ici. C’est par elles que je sais ce qu’était la situation sur place. En tant que Hongrois, nous disposons, grâce à ceux qui ont fui le Venezuela, d’une connaissance directe et précise de la réalité de la vie dans ce pays et de ce qu’il était devenu. Je suis convaincu que ces Hongrois venus du Venezuela, qui vivent aujourd’hui parmi nous, se réjouissent eux aussi des changements intervenus dans la vie de leur pays d’origine. Et mon opinion personnelle coïncide, je crois, avec la leur. Mais je le répète : nous n’avons pas besoin de déduire nos positions à partir de schémas idéologiques. Il y a des familles hongroises qui ont dû fuir ce pays, et nous les avons accueillies. C’est par elles que nous savons ce qui s’y passait. Je souhaite donc beaucoup de succès au Venezuela. C’est l’un des pays les plus riches du monde. Je n’y suis jamais allé, mais tout le monde le sait à travers vos articles. C’est un pays magnifique, riche, fort, et doté, selon moi, d’un grand avenir. Il lui faut une bonne gouvernance.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Si Monsieur le Premier ministre nous accordait encore un supplément, afin de ne pas rompre une tradition bien particulière : Péter Breuer.

Péter Breuer (Heti TV ; Breuer Press) : Péter Breuer, Heti TV, Breuer Press.

Bonne année, Péter !

Péter Breuer (Heti TV ; Breuer Press) : Bonne année à vous également, Monsieur le Premier ministre, et merci d’avoir la patience d’écouter aussi ma question. Vous avez commencé en parlant de la voie hongroise et de la paix. Cette voie hongroise et cette paix sont enviées dans de nombreux pays d’Europe, peut-être même dans le monde entier. Une occasion se présente aujourd’hui d’accentuer encore cette envie, et vous avez évoqué tout à l’heure le Moyen-Orient. J’ai l’habitude de dire en anglais « Capital of the World », la capitale du monde, puisque c’est là que se déroulent les événements. Il y a aujourd’hui une possibilité d’irriter encore davantage ceux qui ne partagent pas la culture judéo-chrétienne : reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et y transférer l’ambassade. Et tant qu’à faire, on pourrait aussi renforcer la paix en recherchant à Gaza des forces de maintien de la paix, non pas des forces combattantes, mais des forces de maintien de la paix, auxquelles pourraient participer aussi bien les États-Unis que les pays favorables à la paix, comme vous, Monsieur le Premier ministre. L’armée hongroise pourrait ainsi démontrer son expérience et son engagement, et tout cela pourrait être annoncé précisément là-bas, dans la capitale du monde. Je ne vous interrogerai pas aujourd’hui sur les relations bilatérales, puisque quatorze vols quotidiens relient déjà les deux pays : nous sommes donc clairement sur la voie de la paix. De même que la tolérance zéro est bénéfique non seulement pour les Juifs, mais pour l’Europe entière et pour la culture judéo-chrétienne. Vous avez évoqué l’Allemagne, la France, l’Europe occidentale : chez nous, il n’y a pas de chars devant les synagogues, peut-être seulement des maquettes près du centre culturel Bálna, pour rappeler qu’il s’y tient aussi des événements militaires. Ce modèle pourrait être étendu dans l’Union européenne, qui condamne sans réserve l’État juif, un État dont la création doit beaucoup à de véritables Juifs hongrois, fiers de leurs origines. Poursuivons donc sur cette voie.

Je vous adresse tous mes vœux, naturellement, à vous aussi, Péter ! Il est vrai que la Hongrie entretient une relation historique particulière. Selon moi, le nombre de citoyens israéliens d’origine hongroise dépasse certainement les 100 000, et selon certaines estimations, il pourrait même atteindre les 200 000. C’est un chiffre considérable. Et en Hongrie également, même si les chiffres évoluent en Europe occidentale, en raison du départ de communautés juives de pays d’Europe de l’Ouest, nous ne sommes peut-être pas loin du moment où la Hongrie deviendra le pays d’Europe comptant la plus importante communauté juive. Si l’on observe ce qui se passe en France, nous nous en rapprochons. La Hongrie entretient donc une relation personnelle, particulière et spéciale avec Israël et avec les communautés juives. Nous nous efforçons d’être à la hauteur des obligations politiques, morales et culturelles qui en découlent. C’est pourquoi nous avons proclamé une tolérance zéro face à l’antisémitisme : aucun citoyen hongrois d’origine juive ne doit subir la moindre atteinte en Hongrie. Et là où nous pouvons aider l’État d’Israël et coopérer avec lui, sans porter atteinte aux intérêts hongrois, nous mettons en place cette coopération. L’an dernier, en 2025, si je me souviens bien, je crois ne pas me tromper, Gergő, le Premier ministre israélien comme le président de l’État d’Israël ont effectué une visite en Hongrie, ou inversement. Ce n’est pas un événement banal. La dernière visite du Premier ministre remontait à 2017, et avant cela à 1990. Autrement dit, entre 1990 et 2017, il n’y en avait pas eu. Je le souligne pour montrer l’ampleur du changement qualitatif intervenu. Nous sommes en concertation permanente, les relations diplomatiques entre les deux pays sont solides. Nous avons ouvert une représentation à Jérusalem : la Hongrie fait ainsi partie du petit nombre de pays disposant d’une mission diplomatique à Jérusalem. Quant au débat sur la question de savoir si Jérusalem est la capitale du monde, je ne l’ouvrirai pas aujourd’hui avec vous, Péter, cela nécessiterait beaucoup plus de temps et plusieurs litres de vin rouge. Je pensais que c’était Felcsút, mais laissons cela entre parenthèses : chacun a ses préférences. S’agissant de la politique au Moyen-Orient, nous avons dépassé la première phase et sommes entrés dans la deuxième phase du plan de paix, dont nous savions dès le départ qu’elle serait très difficile à mettre en œuvre. La construction est séduisante par sa simplicité et sa clarté, mais sa réalisation sera complexe. Je le dis à voix basse : le roi de Jordanie s’est rendu en Hongrie cette année ; ce n’est évidemment pas un hasard. Nous avons également été invités à Charm el-Cheikh, ce qui n’est pas non plus fortuit. Lorsque les Accords d’Abraham ont été signés à Washington, si vous vous en souvenez, un seul pays de notre région du monde avait été invité : la Hongrie. Ainsi, en raison de nos liens historiques particuliers, mais aussi de mes relations personnelles de longue date avec le Premier ministre israélien, qui remontent à plusieurs décennies, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir. Nous sommes donc prêts à jouer un rôle dans la mise en œuvre de cette deuxième phase également. Il n’est pas encore clair ce que cela impliquera concrètement, je n’irais pas jusqu’à parler de forces armées ou de maintien de la paix, les cadres diplomatiques eux-mêmes ne sont pas encore établis. Mais nous suivons la situation de près et nous nous efforçons de participer à la construction et au développement de ce processus. J’espère sincèrement que cette deuxième phase se révélera viable. Et je souhaite, par votre intermédiaire, une très bonne année à la communauté juive de Hongrie.

Zoltán Kovács, secrétaire d’État : Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre, merci beaucoup ! Notre conférence de presse est désormais terminée. Nous remercions les collègues d’avoir été parmi nous aujourd’hui. Nous vous souhaitons une excellente journée. Au revoir !

Bonne année ! Merci pour votre patience !

FOLLOW
SHARE

More news