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Entretien avec Viktor Orbán lors du rassemblement anti-guerre des Cercles civiques numériques

Bonjour à toutes et à tous ! Allez, la Hongrie ! Allez, Miskolc !

Bien sûr, comme Philip l’a dit, il y a, il y aura, il peut y avoir des questions. Mais avant cela, si vous le permettez, j’aimerais dire quelques mots d’introduction. Pour l’instant, je ne parlerai pas encore de la guerre, mais plutôt de Miskolc. Car il existe ici une histoire d’amour, une love story, que le secrétaire d’État Róbert Répássy a déjà évoquée, de manière peut-être un peu austère. Une love story, on la reconnaît à sa durée. Il a parlé de 36 ans. Il a parlé de 36 ans. Oui ! Pour ma part, j’ai tenu mon tout premier forum citoyen à Miskolc il y a 37 ans. Depuis, je travaille avec vous. Parfois avec plus de succès, parfois avec moins, toujours dans une alliance commune. C’était il y a longtemps. Je vois ici de nombreux jeunes pour qui, je le crains, trente-sept années ne sont pas seulement un passé non vécu, mais presque inimaginable. À eux, je dis ceci : c’était encore l’époque où la Hongrie était dirigée par les communistes. Si je suis venu à Miskolc, c’était précisément pour que cela ne soit pas ainsi. Dehors les communistes ! Les Soviétiques dehors, les troupes soviétiques rentrent chez elles – au revoir ! Qu’advienne enfin une Hongrie indépendante et libre. C’est pour défendre cette cause que je suis venu ici, à Miskolc. Nous avons remporté de nombreuses victoires ensemble.

Je me souviens aussi qu’il fut un temps où la ville de Miskolc donnait au Fidesz l’une de ses vice-présidentes :  Ildikó Pelczné Gáll. Elle est peut-être parmi nous aujourd’hui ; je ne sais pas. Ildikó, si tu es là, sois la bienvenue ! À Bruxelles, elle a défendu avec brio les intérêts de la Hongrie. Notre tout premier rassemblement s’est tenu dans le théâtre de marionnettes. Puis, en 1990, je suis revenu vous voir, à la salle Rónai. Y a-t-il quelqu’un ici qui était présent à la Rónai ? Ah… autant que ça ! Enfin bref. Il existe une expression bien trouvée, issue de l’histoire du Parti communiste roumain, lorsque les anciens militants clandestins disaient : « Nous étions peu nombreux, mais nous sommes restés nombreux. » J’étais donc à la Rónai, l’un des moments les plus honteux de ma carrière politique, car j’y suis arrivé avec une heure de retard.

Vous vous rendiez à Kazincbarcika…

Quelqu’un s’en souvient ! À l’époque, il n’y avait ni chauffeur, ni unité de protection, ni tout ce genre de choses. J’essayais de m’en sortir avec la Lada 1300 de ma belle-mère, surnommée Index. Il n’y avait pas encore d’autoroute M3, et je me suis retrouvé à Kazincbarcika. Voilà la situation. Mais Robi Répássy Robi et ses amis ont tenu bon, et tout le monde m’a attendu. C’était un rassemblement extraordinaire. Je m’en souviens encore parfaitement aujourd’hui.

Dans cette histoire d’amour entre le Fidesz et Miskolc, de formidables maires ont également joué un rôle décisif. Des figures dont les plus jeunes ne peuvent se souvenir, car elles ne sont plus parmi nous. Je pense, par exemple, à Csoba Tamás. Que Dieu ait son âme. À Tamás Kobold. À Kriza Ákos, le maire le plus dévoué que j’aie jamais connu. Même lorsqu’il était malade, déjà au seuil de la mort, sa première préoccupation restait toujours la gestion des affaires de la ville. Son histoire est bouleversante. Nous l’avons pleuré. Que Dieu ait son âme. Et aujourd’hui, voici le nouveau maire : József Tóth-Szántai. Je lui souhaite beaucoup de succès, de force et de santé ! Le secrétaire d’État Répássy a mentionné le nom de Wachsler Tamás, auquel est associé un acte héroïque que, peut-être, les habitants de Miskolc eux-mêmes ne connaissent pas, alors que toute la ville peut en être fière. Cela ne remonte qu’à une dizaine d’années à peine. Même les plus jeunes peuvent s’en souvenir : la place Kossuth, à Budapest, était alors devenue, honteusement, le parking du pays. C’est Wachsler Tamás, architecte et ingénieur, qui a accepté de concevoir le projet de la place principale de la nation. La place Kossuth que vous voyez aujourd’hui à Budapest n’aurait jamais existé sans lui. Merci à Miskolc !

Chaque fois que je viens ici, je pense aussi au père Ernő Kartal. Que Dieu ait son âme. C’était un ami cher, presque paternel. Il est mort d’une manière très particulière. Les Hongrois sont pudiques ; mourir est déjà difficile en soi, et nous parlons rarement de la mort. Lui a brisé ce silence. Il est mort en nous parlant, sans cesse, de la manière dont il faut mourir. Encore aujourd’hui, son souvenir me bouleverse. Je lui suis profondément reconnaissant. J’ai beaucoup appris de lui, y compris sur cela. Nous avons publié un recueil après sa mort, pour lequel j’ai eu l’honneur d’écrire la préface. Que Dieu ait son âme. Merci au père Ernő Kartal !

Je pense également à nos frères protestants, eux aussi font partie de cette love story. Peut-être s’en souviennent-ils : leur église en bois a été incendiée ici. Incendiée volontairement, elle n’a pas pris feu par accident. Cela s’est produit bien avant le gouvernement Fidesz, au point que nous avons presque oublié ces faits. À cette occasion, il m’est arrivé quelque chose que je vais raconter maintenant, même si je n’en suis pas particulièrement fier. Une seule fois dans ma vie, j’ai réprimandé un pasteur protestant. Aujourd’hui, je n’oserais plus le faire, entre-temps, il est devenu évêque. Mieux vaut la paix, qui sait comment vont ces choses… Quoi qu’il en soit, lorsque nous avons reconstruit l’église, le gouvernement en place à l’époque de l’incendie était représenté ici par le ministre de l’Intérieur, Gábor Kuncze. Et alors, bien sûr, le pasteur, avec toute la courtoisie qui s’imposait, lui a demandé : « Dis-moi, es-tu ici pour représenter les incendiaires ? » Et c’est là que les mots m’ont échappé : « Cher Zoltán, là, tout de même, c’est peut-être un peu excessif ! »

Et bien sûr, il y a les souvenirs de l’adolescence : P. Mobil : Acélváros, Attila, Edda, DVTK. Je le dis pour les plus jeunes : Salamon, Veréb. Ils étaient tous de grands héros ici. Car, bien sûr, il y avait le communisme. Mais être adolescent, même sous le communisme, c’était malgré tout une bonne chose. C’est la vérité. Surtout quand on regarde tout cela du haut de mes soixante ans.

Alors, Mesdames et Messieurs, voilà quelle est l’histoire d’amour entre le Fidesz et votre ville. J’ai toujours pu compter sur vous. Jamais, pas une seule fois, vous ne m’avez trahi. Vous ne m’avez jamais laissé tomber, jamais blessé. Et de mon côté, du moins est-ce ainsi que je m’en souviens, en toute honnêteté, nous avons toujours tenu bon à vos côtés. Vous avez toujours pu compter sur nous. Vous avez pu compter sur moi, personnellement. Et vous pourrez compter sur nous, et sur moi, à l’avenir aussi. Cette histoire d’amour n’est pas encore terminée.

Philip Rákay : Ça aurait été dommage de s’en passer ! Voyons maintenant s’il y a quelqu’un qui souhaiterait poser une question à Monsieur le Premier ministre. Je vois des mains qui se lèvent très vite ; le monsieur en veste, là-bas, à peu près au milieu. Merci beaucoup !

Zoltán Váraljai : Je salue tout le monde avec beaucoup d’amitié ! Je m’appelle Zoltán Váraljai, et en tant que jeune père de famille miskolcien, j’aimerais poser une question à Monsieur le Premier ministre. Ces dernières décennies, Miskolc a, me semble-t-il, connu un développement important. Et je ne pense pas seulement aux projets concrets et aux investissements, mais aussi au rétablissement de l’ordre public, qui est, selon moi, une question essentielle pour les habitants de la ville. Pourtant, nous constatons que la population de Miskolc continue de diminuer : nous sommes de moins en moins nombreux, et beaucoup de jeunes quittent la ville. Quel message Monsieur le Premier ministre adresse-t-il à ces jeunes ? Pourquoi vaut-il la peine de rester à Miskolc, pourquoi vaut-il la peine d’y revenir ? Et sur quel type de soutien, et de quelle manière, peuvent-ils compter de la part du gouvernement hongrois ? Merci beaucoup.

Merci beaucoup. Cela fait beaucoup de questions. Cela ressemble à une seule, mais en réalité il y en a plusieurs. La première chose que je peux vous dire, bien sûr, concerne les jeunes. Le gouvernement, notamment à travers les écoles publiques, porte une part de responsabilité dans l’éducation. Mais seulement une responsabilité secondaire. Pour chaque jeune, pour chaque enfant, les premiers responsables sont le père et la mère. Les enfants deviendront ce que leurs parents les auront élevés à être. Et cela est vrai aussi sur le plan politique. Car, bien sûr, les jeunes aiment se rebeller contre leurs parents, surtout les garçons. Avec les filles, on a généralement un peu plus de chance. J’ai moi-même quatre filles et un fils, donc je peux dire que j’ai eu de la chance. Mais je sais bien que les jeunes aiment s’opposer, et que cela peut aussi créer des tensions politiques. Des élections approchent. On entend souvent dire que les jeunes ne soutiennent pas le gouvernement, ou qu’ils y sont majoritairement opposés. À cela, je réponds que c’est aussi notre responsabilité parentale collective. L’éducation inclut également le fait de parler de politique. Je demande donc à chacun de discuter avec ses propres enfants, afin qu’ils puissent comprendre à quel point leur décision sera importante.

Avant d’élargir la réflexion à l’avenir, je voudrais dire ceci : Miklós Benczés est parmi nous, j’ai travaillé avec lui pendant de longues années. J’ai vu le petit film, avec des images de sport, où l’on a beaucoup parlé des amateurs, de milliers d’enfants, et aussi des professionnels. Pour ma part, je continue de penser que le sport doit rester un secteur stratégique. Car, en matière d’éducation des enfants, ce que je peux offrir de plus important aujourd’hui, et ce que le gouvernement peut offrir aux parents, c’est précisément l’éducation par le sport. Il ne s’agit pas des professionnels, mais de nos enfants. Qu’ils apprennent ce qu’est le combat, qu’ils aient des modèles, des héros. Qu’ils entrent dans un vestiaire où il faut savoir se tenir, où il faut dire bonjour. Où il y a des récompenses, des sanctions, et où l’on fait ce que dit l’entraîneur. Il y a le jeu collectif, la solidarité, l’humilité, l’acceptation d’une hiérarchie, un objectif commun. Aujourd’hui, dans ce monde numérique, ce sont des valeurs que l’on ne peut presque plus transmettre que par le sport. Celui qui soutient le sport soutient l’éducation des jeunes.

Permettez-moi maintenant de répondre plus concrètement à la question qui vient d’être posée. J’ai rassemblé de bonnes données concernant Miskolc, car, comme vous le savez, nous pratiquons une gouvernance fondée sur les faits, ou, comme on dit aujourd’hui, sur les données. L’aventurisme n’est pas notre monde. Le Fidesz est le choix sûr. Et c’est précisément pour cela que ce slogan nous correspond si bien, au point qu’il plaît aussi aux autres, qui aimeraient être à notre place. Peut-être faut-il, avant cela, manger encore beaucoup de soupe de haricots pour pouvoir se qualifier soi-même de « choix sûr ». Mais il est tout de même réjouissant de voir que même notre principal adversaire mène campagne avec notre message électoral, c’est lui qui le répète le plus souvent. Si cela continue ainsi, le jour du scrutin, dans la solitude de l’isoloir, il finira peut-être même par voter pour nous. Voilà ce qu’est un bon message !

Lorsque je repense à 1989 et 1990, il n’y a aucune exagération à dire que Miskolc a été l’une des grandes perdantes de la transition politique. Une ville industrielle socialiste qui a perdu non seulement des emplois, non seulement des moyens de subsistance, non seulement de l’argent, mais qui a surtout eu le sentiment de glisser vers le bas. Son prestige, sa reconnaissance, son importance, son estime ont décliné. À l’époque, des dizaines de villes industrielles socialistes ont connu le même sort : Komló, Tatabánya, Kazincbarcika, Dunaújváros. Ózd, comme on le dit ici. C’était alors le destin de Miskolc. C’est à partir de là qu’il faut regarder où nous en sommes aujourd’hui, et ce que Miskolc peut offrir aux jeunes. Miskolc était une ville industrielle socialiste. Aujourd’hui, c’est un centre industriel moderne. Un centre industriel moderne et fier, où fonctionnent certaines des technologies les plus avancées du monde. Ceux qui travaillent dans ces usines ne font pas un travail inférieur, d’un iota, à celui des ouvriers les mieux formés des pays les plus industrialisés. Car Miskolc est aujourd’hui une ville industrielle moderne.

Nous avons réduit le chômage de moitié. 43 000 nouveaux emplois ont été créés depuis 2010. En dix ans, les salaires ont triplé. En 2010, le taux de pauvreté était de 30 %. Aujourd’hui, il est de 18 %. 18, c’est moins que 30, même si cela reste beaucoup. En 2010, nous avons repris la dette de votre ville : 36 milliards de forints. La dette accumulée par l’ancienne direction municipale, nous l’avons effacée d’un geste en 2010–2011, libérant ainsi Miskolc de ce fardeau. Je pense donc que le rythme est bon, que la direction est bonne, mais qu’il reste encore énormément de travail à accomplir.

Alors, pourquoi un jeune devrait-il rester ? Je viens de Felcsút, alors la question de savoir pourquoi quelqu’un devrait rester ici, ce sont avant tout les habitants de Miskolc qui peuvent y répondre le mieux. Mais même en tant qu’homme venu d’ailleurs, je vois moi aussi plusieurs choses qui rendent Miskolc attractive à mes yeux. D’abord, la ville est en plein développement, et elle se trouve encore devant une phase de croissance importante. J’ai recensé les grands investissements industriels déjà arrivés, ainsi que ceux qui sont en préparation. À Miskolc, un jeune peut accéder à son propre logement s’il souhaite rester. Nous avons en plus lancé un dispositif de crédit à 3 %. Nulle part en Europe les jeunes n’accèdent aussi facilement à la propriété qu’en Hongrie. Si tu es jeune et que tu veux fonder une famille, de quoi as-tu besoin ? De sécurité. La situation est meilleure qu’elle ne l’était. Le maire m’a même dit que je devrais amener ici Donald Trump. Je lui ai répondu : « Et qu’est-ce qu’il pourrait apprendre ici ? » Il m’a dit qu’en Amérique, il existe un système de shérifs ; à Miskolc aussi, et selon lui, le sien est meilleur. À Miskolc, il y a de bonnes écoles, et une formation professionnelle solide. L’avenir appartient aux ouvriers qualifiés, chers habitants de Miskolc ! Vous verrez : ils gagnent de mieux en mieux leur vie, ce sont eux que l’on recherche le plus, ce sont eux dont on aura le plus besoin. Et Miskolc forme de bons ouvriers qualifiés pour la Hongrie. Il y aura donc des emplois sûrs. Et si un jeune veut poursuivre des études, il y a ici l’université, une véritable ville universitaire. Ainsi, lorsqu’un jeune de Miskolc doit décider s’il part ou s’il reste, il a de nombreuses raisons de rester. Certes, dans le dictionnaire, les mots « jeunesse » et « aventure » sont presque côte à côte : quoi qu’il en soit, il faut aussi partir à l’aventure. Il faut donc laisser partir les jeunes de Miskolc qui sentent que leurs ailes ont grandi et qui veulent maintenant voler. Mais il faut qu’il y ait un endroit où revenir. Qu’il y ait la maison familiale, les parents, des perspectives de vie, et qu’ils reviennent.

Et je peux encore vous dire ceci : la condition préalable à tout cela, c’est que Miskolc soit en mesure d’offrir tout cela à ses jeunes ; et avant tout, qu’on ne les envoie pas faire la guerre en Ukraine. Car on veut les envoyer comme soldats en Ukraine ! Les partis Tisza et DK appartiennent à Bruxelles aux forces européennes les plus bellicistes : là-bas, ils ne parlent que de la guerre. Aujourd’hui, les dirigeants de grands États européens ont déjà signé des accords prévoyant l’envoi et le stationnement de soldats en Ukraine. Ils appellent cela des forces de maintien de la paix. Moi, je crains que ce ne soient pas des forces de maintien de la paix, mais de maintien de la guerre.

Et pour que les jeunes aient réellement une chance à Miskolc, il faut aussi que notre argent, l’argent des habitants de Miskolc, ne soit pas envoyé en Ukraine. Cet argent est nécessaire ici. L’argent envoyé là-bas manque aujourd’hui à l’ensemble de l’économie européenne. Ceux qui ont assez peu de discernement pour l’envoyer en subiront les conséquences. Nous, nous n’envoyons rien. Le fruit du travail des Hongrois doit servir la Hongrie. Nous n’envoyons ni soldats, ni argent. Et alors, Miskolc pourra se développer.

Voilà, en substance, ce que je peux dire lorsqu’il s’agit de parler à un jeune de Miskolc. Et si je n’en parle pas davantage, c’est seulement parce que, statistiquement, peu y parviennent, mais pourquoi ne pourraient-ils pas devenir un jour parmi les musiciens les plus populaires du pays ? Pourquoi ne pourraient-ils pas, enfin, car il serait temps, devenir les joueurs d’une équipe championne ? Pourquoi ne pourraient-ils pas devenir des lutteurs remportant un titre olympique pour la ville de Miskolc ? Vous en avez déjà ! Ainsi, cette ville peut offrir de grandes opportunités, non seulement à la moyenne, mais aussi à ceux qui la dépassent.

Philip Rákay : Passons à la question suivante ; disons, de ce côté-ci maintenant. Très bien, que je voie les mains !

Je vous écoute.

Philip Rákay : Oui ! Je vois un monsieur là-bas, oui ; et une dame qui fait signe aussi. Écoutons d’abord le monsieur, s’il vous plaît.

András Eszlári : Mes respects, Monsieur le Premier ministre !

Philip Rákay : Et qu’on apporte aussi un micro de ce côté-là, s’il-vous-plaît !

András Eszlári : Je m’appelle András Eszlári, patriote local de Miskolc. Je travaille comme avocat à Miskolc. Par ailleurs, à titre de loisir, je m’occupe également de sylviculture : je gère une exploitation forestière dans le comté de Szabolcs, grâce à un héritage familial. Cela fait un peu moins de trois semaines que le tronçon de l’autoroute M30 est ouvert. Cette autoroute se situe sur l’axe Košice–Miskolc. À Košice, une usine Volvo est actuellement en construction. À Debrecen, l’usine BMW a ouvert ses portes. À Szeged, c’est un constructeur automobile chinois, BYD, qui arrive. Et à Győr, Audi est implanté depuis des années. Ma question, Monsieur le Premier ministre, est la suivante : nous, habitants de Miskolc, quand pouvons-nous espérer voir arriver ici un investissement automobile de grande ampleur, ou tout autre investissement high-tech comparable ? Je pense que du point de vue du site, tout semble réuni. Les anciens hauts-fourneaux de Diósgyőr, situés tout près d’ici, offrent une surface parfaitement adaptée. Ce que nous souhaiterions, en tant qu’habitants de Miskolc, c’est que la ville ne soit plus seulement associée au souvenir de la « ville de l’acier », mais qu’un nouveau grand projet structurant vienne marquer son avenir. Je vous remercie pour votre réponse.

Merci beaucoup pour votre question. C’est le genre de question que l’on me pose dans chaque ville où je me rends, seuls les noms des villes changent. J’ai donc regardé où vous en êtes. J’ai recensé les cinq plus grands investissements présents ici. Halms : une entreprise chinoise, un investissement de 80 milliards de forints, mille employés. Bosch a ouvert récemment deux nouveaux sites ici : 5 400 emplois, pour un investissement de 69 milliards. Il y a aussi une usine coréenne, LG Magna, pour 20 milliards. Une autre entreprise chinoise, Chervon, pour 18 milliards. Et vous avez une université : avec, autour, ce que nous espérons voir devenir un pôle high-tech. Autrement dit, une décision doit être prise ici. Mais ce n’est pas une décision gouvernementale : c’est la vôtre. Souhaitez-vous poursuivre sur la voie actuelle, celle d’une industrie moderne, internationale, composée d’usines de taille moyenne employant entre mille et cinq mille personnes ? Ou souhaitez-vous attirer un très grand projet, un investissement majeur ? C’est une décision que les habitants de Miskolc doivent prendre eux-mêmes. Chaque option a ses avantages, ses inconvénients et ses risques. Une fois la décision prise, je serai à votre disposition. Concernant l’automobile, je recommande toutefois la prudence. L’industrie automobile traverse actuellement une transition majeure. L’an dernier, si mes souvenirs sont bons, cent mille ouvriers de l’automobile ont été licenciés en Europe occidentale. À Győr aussi, des difficultés pourraient apparaître. C’est pourquoi nous lançons actuellement un grand et remarquable projet de développement autour de Rába, afin de compenser un éventuel ralentissement chez Audi. Si vous optez pour une grande usine, faites alors comme à Szeged : ne pensez qu’à l’électrique. La transition prendra plus de temps que ce que beaucoup imaginaient, mais elle aura lieu. Je ne suis pas ingénieur, mais lorsque j’ouvre un capot et que je regarde à l’intérieur, je sais distinguer les deux types de motorisation. Et nous pouvons être certains d’une chose : l’avenir appartient à la voiture électrique. Si vous prenez une décision qui comporte le risque d’une forme de monoculture industrielle, mais si vous la prenez, alors nous serons à vos côtés, et nous amènerons volontiers le prochain grand investissement ici, à Miskolc. Mais le plus important reste ceci : la première décision vous appartient. Vous avez également fait une remarque en marge, que je voudrais mettre sur la table pour réflexion. C’est votre ville, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais chaque fois que je viens à Miskolc, j’ai le sentiment qu’il est difficile d’identifier clairement la place centrale de la ville. Et pourtant, vous avez ici la plus longue rue piétonne de Hongrie, je ne sais pas si vous le saviez. Mais déterminer où se trouve le cœur, le centre véritable de la ville, n’est pas évident. L’université est excentrée, et ainsi de suite. En revanche, il existe en ville une friche industrielle, celle des anciennes aciéries dont vous avez parlé. J’ai proposé au maire que, s’ils le souhaitent, le gouvernement finance le rachat de ce terrain par la ville. Ensuite, décider s’ils veulent y reconstruire une usine, ou plutôt y créer un nouveau centre-ville, qui pourrait devenir un nouveau cœur urbain, cela ne relève plus de moi, mais de vous. La porte est ouverte. La porte dorée est ouverte : il faut simplement passer le seuil. Nous attendons que le maire frappe à notre porte et nous dise ce qu’il souhaite. S’il veut récupérer ce terrain, il bénéficiera du soutien nécessaire. Aujourd’hui, ces grandes zones industrielles prennent souvent la forme de grands blocs peu esthétiques. À Debrecen, par exemple, les chiffres sont impressionnants, mais lorsqu’on se rend sur place, on voit surtout de grands blocs. Installer de telles structures au cœur d’une ville n’est peut-être plus souhaitable. Il vaut mieux créer des parcs industriels en périphérie. Mais je le répète une dernière fois : ce n’est pas l’affaire des habitants de Felcsút, c’est celle des habitants de Miskolc.

Philip Rákay : Nous n’oublions pas non plus la dame tout là-haut, au poulailler, je demanderai aux collègues de préparer aussi un micro de ce côté-là. Mais comme il y a eu quelques murmures, alors oui, allons-y : le monsieur aux cheveux blancs, pour être équitables et donner la parole à tous les côtés.

Zsolt Lipták : Merci beaucoup.

Bonjour.

Zsolt Lipták : Je suis très heureux de saluer Monsieur le Premier ministre dans ma ville préférée, qui est aussi ma ville natale. Permettez-moi de revenir un instant sur le fil de cette « histoire d’amour ». Je m’appelle Zsolt Lipták. J’habite dans le premier district, je travaille dans le sixième, et je suis enseignant. Dans cette situation, je représente plutôt les enseignants satisfaits. L’un de mes souhaits serait que cette relation réussie, ce lien de confiance, avec celles et ceux qui travaillent dans l’enseignement public soit élargie à mes collègues qui, sans être enseignants eux-mêmes, apportent un soutien indispensable aux enseignants dans le système scolaire. Mon autre remarque se rattache davantage à l’actualité. On allume la télévision, la radio, on écoute les informations quelques minutes, et l’on sait très vite qui sont ceux qui nous sont hostiles, ou qui sont nos adversaires. Avant la guerre, il y avait les élites bruxelloises, il y avait les militants LGBTQ, il y avait la société ouverte et ses diverses organisations. Avec la guerre, s’est ajoutée l’Ukraine, avec un Premier ministre acteur. Je note discrètement qu’il y a déjà eu un acteur à la tête d’un grand pays : Ronald Reagan. Mais comparer leurs qualités d’acteur n’aurait guère de sens. Pour conclure mon « paquet » de questions, censé tenir en une minute, ma question est donc la suivante : nous connaissons nos adversaires ; et ma demande est que Monsieur le Premier ministre nous montre maintenant qui sont nos amis, et que ceux qui se disent nos amis prouvent qu’ils savent se comporter en amis, et être de véritables alliés. Merci beaucoup.

J’ai identifié trois questions : l’école et les enseignants ; avons-nous des amis ; et où en sommes-nous avec les acteurs en politique. Ces trois-là. Puisque vous avez évoqué les acteurs, et mentionné Ronald Reagan : lorsqu’il est devenu président, il a tenu une première réunion du gouvernement restée légendaire. Il a déclaré : « Il y a deux choses que je déteste, a dit le président, les communistes et les impôts. Occupez-vous-en ! Au revoir ! »  Notre collègue Volodymyr Zelensky n’est pas célèbre pour ce genre de déclarations. Lui aussi frappe, mais autrement, et avec autre chose. En effet, Ronald Reagan frappait aussi des gens : c’était un héros de western. Quelle différence ! Lui, c’était à coups de poing… Mais passons !

En ce qui concerne l’enseignement public, nous menons ici de rudes combats. Nous faisons face à des défis intellectuels et professionnels majeurs, mais aussi à des problèmes politiques. Les défis intellectuels et professionnels peuvent se résumer ainsi : que faut-il enseigner aux enfants dans une époque de mutation technologique aussi rapide que celle que nous vivons ? Dans quelle mesure la nouvelle technologie est-elle une bénédiction, et dans quelle mesure une malédiction ? En France, on est justement en train d’interdire, et je crois qu’en Australia aussi, l’accès autonome à Internet pour les moins de 14 ans : des restrictions seront mises en place. Dans le même temps, si vous ne savez pas utiliser les outils numériques modernes, vous ne pouvez plus participer aux systèmes de production contemporains. Ce sont donc des questions extrêmement difficiles. Et, selon moi, ce ne sont pas les responsables politiques qui doivent y répondre, mais les enseignants eux-mêmes. C’est pour cela que nous avons créé un ordre professionnel : le corps enseignant. Cela n’a pas fonctionné. Nous avons essayé, mais je dois reconnaître que peu d’impulsions, d’idées ou de propositions nous sont parvenues de ce côté-là, en tout cas pas suffisamment pour répondre à ces questions complexes. Je pense que ce dont les personnels des écoles ont besoin, et je me permets d’en parler un peu longuement, étant donné que ma mère était enseignante, c’est d’une communication permanente entre les enseignants et l’administration éducative. L’administration sait ce qu’elle veut ; les enseignants voient ce qui est possible, et avec quels outils. C’est ainsi seulement que l’on peut concilier la liberté pédagogique et les objectifs de l’éducation nationale. Mais cela exige une coopération entre les enseignants et les dirigeants politiques du pays ; coopération qui a grincé ces derniers temps, avec des manifestations, et ainsi de suite.

Je ne pense pas que ce soit uniquement une question d’argent. Il ne fait aucun doute que les enseignants étaient très mal payés. À la fin de cette année, gouvernance fondée sur les données oblige, mes calculs indiquent que le salaire moyen des enseignants dépassera 900 000 forints. Je parle bien de la moyenne, pas du sommet. Les jeunes commencent d’ailleurs à revenir vers le métier d’enseignant. Et pourtant, malgré les hausses de salaires, cette coopération n’a pas vu le jour, ou du moins pas suffisamment, entre les enseignants et les autorités éducatives. Vous avez donc raison : c’est ainsi que vous avez ouvert votre série de questions, il faut que cela fonctionne mieux. Ce sera la tâche du prochain cycle politique.

Et alors, la question suivante : avons-nous des amis ? En effet, à Bruxelles, vous n’entendez sans doute parler que de nos affrontements, de nos conflits. Permettez-moi de dresser devant vous une longue liste. Qui sont nos amis ? Eh bien, l’Amérique. Ce n’est pas si mal. Les United States ! Quand il faut éventuellement se battre dans la rue, avoir un grand frère comme celui-là, ça peut servir. Nos amis, ce sont aussi les Chinois. C’est une histoire très intéressante. Nous n’avons pas le temps d’y entrer maintenant, mais déjà à l’époque communiste, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les conflits entre les Russes et les Chinois étaient récurrents, les communistes hongrois prenaient toujours le parti des Chinois. Même lorsqu’il y avait des différends frontaliers entre les deux pays ; je précise : pas entre nous et la Chine, ce n’est évidemment pas le sujet, mais bien entre la Chine et la Russie, les Hongrois faisaient preuve de retenue et se rangeaient plutôt du côté chinois. Il existe une coopération très ancienne, remontant à l’après-guerre, qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Et moi, j’essaie de l’arroser pour qu’elle ne reste pas une simple haie, mais qu’elle devienne un grand arbre. Nous avançons bien. Cela passe peut-être inaperçu, mais au cours des deux dernières années, en 2024 et 2025, sur l’ensemble des investissements chinois arrivés en Europe, 34 % une année, et 40 % l’autre, sont venus ici, en Hongrie, et en Hongrie seulement. Vous comprenez ce que cela signifie ? Vingt-sept États membres, l’Allemagne, la France, et pourtant 40 % de tous les investissements chinois en Europe sont arrivés ici ! Donc oui, les Chinois sont nos amis. Nos amis, c’est aussi le monde turcique, ce qui ne signifie pas seulement la Turquie, mais aussi l’Asie centrale. Ce n’est pas une relation simple. Nándorfehérvár, la prise du Château de Buda, cent cinquante ans d’histoire : il y a là beaucoup de choses. Et pourtant, dans le monde d’aujourd’hui, on peut dire sans hésiter que nous pouvons compter, sur un mode amical, sur le monde turcique, sur l’Asie centrale et sur la Turquie. Je n’emploie pas ici le mot « ami » pour la Russie, car cela semblerait provocateur, mais nous entretenons avec les Russes des relations correctes et équilibrées. Et cela mérite d’être apprécié : cette relation aura une grande valeur à l’avenir. Voyons maintenant si, au sein de l’Union européenne, nous avons des amis. C’est une question plus délicate, mais tout de même pertinente. Nous avons connu des pertes, entre nous soit dit, on peut en parler franchement. À mon sens, le faible niveau actuel des relations germano-hongroises est une perte. Les relations entre la Hongrie et l’Allemagne ont toujours occupé une place privilégiée. Il suffit de regarder les investisseurs présents ici. Je ne dirai pas que les Allemands sont le peuple le plus populaire du monde, ils boivent beaucoup de bière, ils sont bruyants, l’histoire a été longue et compliquée, bref, il y a de tout. Mais en Hongrie, nous nous entendons plutôt bien avec eux. Les Allemands de Hongrie sont de bons patriotes, de bons patriotes hongrois. Ils ont toujours été du côté national, ils y sont encore aujourd’hui. Et j’ai même un petit sondage discret qui montre que la plupart d’entre eux voteraient pour l’AfD s’ils vivaient en Allemagne ; parenthèse fermée. C’est donc une perte que les relations germano-hongroises ne soient pas aujourd’hui à la température qu’elles pourraient avoir. Mais il y a une forme de compensation venant d’Italie. Avec l’Italie, nous entretenons une coopération profondément amicale. Les Italiens pensent exactement comme nous sur les grandes questions civilisationnelles ; simplement, comme il s’agit d’un peuple de théâtre, ils le disent moins souvent que nous. Sur scène, ils se permettent plus de choses. C’est aussi un pays plus grand, avec plus d’influence. Ils n’obtiennent pas leurs résultats face à Bruxelles depuis une position de résistance frontale, mais plutôt par une gestion habile, depuis les coulisses de la scène. Mais souvenez-vous : il y a quatre ou cinq ans, la cheffe du gouvernement italien était qualifiée, par les libéraux d’Europe occidentale, de fasciste ; pas d’extrême droite, de fasciste ! Et nous, le Fidesz, avons été le seul parti à engager une coopération avec son parti alors qu’il était mesuré à… 4 % ! Oui, à 4 % ! Parce que nous sentions que c’était l’avenir. Cela s’est confirmé : c’est aussi l’avenir de l’Italie. On peut donc compter sur les Italiens, en tenant compte de leur sens de la mise en scène. Au sein de l’UE, les Tchèques sont avec nous. Ils ont maintenant un nouveau gouvernement. Et, malgré un conflit actuel qui complique les choses, les Slovaques sont aussi avec nous. Il faut simplement régler la question des décrets Beneš, car il est évident qu’aucun gouvernement hongrois, pas plus l’actuel que les précédents, ne peut accepter le principe de culpabilité collective. C’est impossible. Une part indissociable de notre politique consiste à coopérer avec les communautés hongroises vivant dans les territoires détachés, dans la Hongrie historique, dans le Haut-Pays, dans le bassin des Carpates, appelez cela comme vous voulez, et à assurer leur protection. C’est notre devoir. Personne ne peut nous le reprocher. L’amitié slovaquo-hongroise doit être capable de le supporter. Afin que les Hongrois vivant là-bas ne subissent pas de préjudice matériel, nous avons mis en place un consortium avec plusieurs cabinets juridiques. Sa mission est d’aider, aux frais de l’État hongrois, ceux contre qui l’on cherche à appliquer les décrets Beneš, principalement dans des litiges fonciers, par l’intermédiaire de cabinets d’avocats hongrois.

Je devrai également discuter avec votre maire de l’axe Miskolc–Košice. Vu de loin, je pense que Miskolc a une vocation particulière dans cette intégration nationale. Il serait judicieux de développer une coopération plus profonde, réaliste, entre Košice et Miskolc ; mais, là encore, c’est votre décision. Peut-être pourriez-vous envisager quelque chose de similaire à ce que nous faisons avec Belgrade : une ligne ferroviaire rapide. Ou comme ce que le ministre Lázár János a réalisé entre Hódmezővásárhely et Szeged : un tram-train. Je ne sais pas si vous le souhaitez, mais si oui, c’est possible ; et cela s’inscrit pleinement dans notre stratégie de politique nationale.

Il existe encore une amitié particulière que je souhaite mentionner : celle avec les Serbes. La relation serbo-hongroise est historiquement mouvementée, mais croyez-moi : il n’y a pas d’essor hongrois, pas de stratégie nationale hongroise réussie et sûre, sans une coopération stratégique avec les Serbes. Les Balkans représentent en permanence un risque d’instabilité. C’est une région difficile ; vous le savez, même si vous vivez au nord, ne serait-ce qu’à travers les livres d’histoire. Personne ne peut stabiliser cette région à part les Serbes. Une Serbie forte est indispensable. Et pour nous, il est vital d’avoir à nos frontières sud une Serbie forte avec laquelle nous coopérons, non pas une relation hostile, et dont nous connectons les systèmes économiques aux nôtres, afin de nous renforcer mutuellement. J’ai investi énormément de travail dans cette relation, plus de quinze ans. Nous avons ainsi atteint un niveau historiquement inédit dans la coopération serbo-hongroise. C’est une grande valeur qui apportera beaucoup de bienfaits à l’avenir. En résumé, je dirais ceci : allez, Ronald Reagan ! Oui !

Philip Rákay : Merci beaucoup ! Je me permets de signaler, discrètement, que nous avons eu le temps de trois questions en quarante minutes. J’encouragerais donc gentiment les prochains intervenants à être un peu plus concis. Un groupe, là-bas au fond, me faisait signe avec beaucoup d’enthousiasme… Et je précise aussi – oui, là, peut-être une dame en vert, enfin une dame – que, pour cette fois, les influenceurs présents sur place ainsi que les membres du gouvernement ne peuvent pas poser de questions, même si je vois que l’envie ne manque pas. Entre-temps, le micro est arrivé jusqu’à la dame.

Je suis disposé à répondre plus brièvement. Si nos hôtes, que je remercie de m’avoir invité, ne considèrent pas cela comme impoli, je peux faire court.

Philip Rákay : Je pense qu’ils ont le temps, à ce que je vois. Ils ont le temps. Écoutons la dame, oui, enfin une dame !

Nikolett Kazárné Kalber : Merci beaucoup de me donner la parole. Je promets de ne poser qu’une seule question. Je m’appelle Nikolett Kazárné Kalber. Je viens d’une petite ville voisine, Emőd. Ces dernières années, nous avons tous pu voir et constater l’aspect positif du fait que le Fidesz a toujours porté de grands objectifs et de grands projets, et qu’il les a réalisés. Un million de nouveaux emplois, la migration zéro, une politique favorable aux familles, le soutien aux jeunes et aux personnes âgées. Et en tant que mère de deux filles, j’aimerais demander à Monsieur le Premier ministre si, dans la situation actuelle, à l’ombre de la guerre, le Fidesz a encore, ou peut encore avoir, de grands projets. Merci beaucoup pour votre réponse.

Puisque le père Kartal a été évoqué tout à l’heure, nos frères catholiques savent qu’on ne doit pas construire une maison sur le sable. Tout grand projet doit reposer sur un socle de pierre. Il y a ici quatre conditions préalables à tout objectif d’envergure pour l’avenir.

Premièrement : rester en dehors de la guerre. Nous aurons peut-être encore l’occasion d’en parler, mais croyez-moi : c’est un danger quotidien. Le fait que l’on cherche à entraîner, à pousser la Hongrie dans une guerre n’est pas une hypothèse théorique, ni quelque chose de lointain. C’est une menace qui frappe à notre porte chaque jour ; et chaque jour, je dois maintenir cette porte fermée, à bras-le-corps. Le risque d’être entraîné dans la guerre est un danger quotidien pour la Hongrie. Ainsi, la première condition de tout grand projet d’avenir est de rester en dehors de la guerre.

Deuxièmement : ne pas donner notre argent à l’Ukraine. Cela peut paraître sévère, mais sans argent, il n’y a pas de grands projets.

Troisièmement : le plein emploi. La grande différence entre la Hongrie d’avant 2010 et celle d’après 2010, c’est que, depuis 2010, on ne peut vivre que de son travail. Avant 2010, on pouvait penser qu’il était possible de vivre sans travailler. C’est terminé ! Si l’économie hongroise est forte aujourd’hui, c’est parce que toute personne capable de travailler et souhaitant vivre décemment doit exercer une activité professionnelle. Et cela a aussi, sur le plan moral, restauré ce que Kunó Klebelsberg nous enseignait entre les deux guerres mondiales : la valeur suprême d’une vie productive. Si tu le peux, fais quelque chose ! Dieu a donné à chacun un talent. Fais quelque chose, sois actif ! Si tu attends que quelqu’un d’autre fasse à ta place, ou que tout te tombe tout cuit dans la bouche, alors c’est la fin. Avant 2010, la Hongrie s’est effondrée parce que l’on a laissé croire, ou que la politique elle-même a cru, qu’on pouvait s’en sortir sans travail, par des combines, des arrangements, ou grâce aux aides. Ce n’est pas possible ! Le travail est indispensable. La société fondée sur le travail est la troisième condition préalable à tout grand projet d’avenir.

Quatrièmement : une société fondée sur la famille. Cela peut sembler un peu abstrait, presque sociologique. Mais si vous regardez comment les sociétés d’Europe occidentale pensent leurs communautés, vous verrez que, pour elles, le fondement de tout est l’individu. Tout est construit autour de l’individu. Cela a des avantages, mais aussi des conséquences désastreuses, si l’on pense, par exemple, aux débats sur le genre et autres dérives. En réalité, je crois que les Hongrois que je connais, et ceux auxquels j’appartiens, pensent que l’unité fondamentale de la société n’est pas l’individu, mais la famille. Nous ne sommes pas tombés d’un arbre. Nous avons une mère, un père : cela forme déjà une famille. Et nous avons des enfants. Ainsi, lorsque nous pensons l’avenir, nous ne devons pas penser seulement à l’avenir de dix ou onze millions de Hongrois, mais aussi à l’avenir de millions de familles hongroises. Cela a des conséquences sur l’éducation, sur le système fiscal, sur la création d’emplois, et bien d’autres domaines encore. Voilà la quatrième condition.

Préserver une société fondée sur la famille, une économie fondée sur le travail, ne pas donner notre argent aux Ukrainiens, et ne pas entrer en guerre. Si ces conditions sont réunies, alors, oui, nous pouvons parler de grands projets. J’en ai d’ailleurs une belle liste. Si vous avez la patience de m’écouter, je peux vous en présenter les éléments. Ils n’ont pas tous la même ampleur, mais ce sont des projets importants, et à la fin, il y en a un, le plus grand, que je garderai pour la conclusion, si Philip m’y autorise.

Au cours du prochain cycle, nous voulons porter le salaire moyen à un million de forints. Aujourd’hui, nous sommes autour de 700 000. Le salaire minimum se situe entre 310 000 et 320 000 forints ; nous voulons le relever à 400 000 au cours du prochain cycle.

Nous voulons mener à terme l’instauration du 14e mois de retraite. Nous avons déjà versé le premier, il faut aller jusqu’au bout. Dans mon esprit, les retraités font partie des actifs. Ils ont travaillé, ils sont simplement plus âgés aujourd’hui. Ils incarnent la vie productive dans notre monde. Ils ne sont ni des assistés, ni un fardeau, ni des bénéficiaires d’aumônes. Ils ont travaillé toute leur vie pour le pays. Ce qu’ils reçoivent est la conséquence de leur travail. Ils ont cotisé et travaillé, c’est pourquoi je veux aller jusqu’au bout avec le 14e mois de retraite.

Ensuite, nous voulons bâtir une nouvelle économie agricole. Il y a ici une question complexe, que je vais expliquer simplement. L’Union européenne n’autorise pas un État à soutenir sans limite ses propres agriculteurs, ses agriculteurs nationaux. Elle fixe un plafond : un plafond de 80 %. Au cours des dernières années, la Hongrie n’a même pas atteint ce niveau, pour diverses raisons : nous avons donné la priorité à d’autres investissements. Mais depuis deux ans, nous avons lancé une nouvelle politique agricole : donner le maximum autorisé aux agriculteurs et à l’industrie agroalimentaire, dans le cadre des règles européennes : soit ces 80 %. Dans deux ou trois ans, les résultats seront spectaculaires. Vous les verrez tous. Une nouvelle économie agricole, parce que je pars d’un principe simple : il faut vivre de ce que l’on sait faire. Et à cela, nous savons faire.

Mon prochain grand projet, c’est l’indépendance énergétique totale de la Hongrie. Nous sommes un pays qui, après avoir perdu la Première Guerre mondiale, puis la Seconde, s’est vu tout enlever. Tout ce qui pourrait aujourd’hui servir notre pays sur le plan énergétique nous a été retiré : le pétrole, le gaz, les montagnes, donc pas d’hydroélectricité, rien. La Hongrie d’aujourd’hui repose sur ce qu’elle a hérité de ses ancêtres, et sur ce qu’elle a su ajouter par la force de ses bras et de son esprit. C’est un pays bâti par le travail, et qui fonctionne par le travail. Alors comment un pays sans ressources énergétiques propres peut-il devenir énergétiquement indépendant ? Nous avons deux réponses : le nucléaire et le soleil. Nous prolongeons la durée de vie de Paks I, nous construisons Paks II. Nous avançons plus lentement que nous ne le souhaiterions, mais nous avançons. À elles deux, ces centrales fourniront plus de 60 à 65 % des besoins électriques du pays. Le reste sera couvert par l’énergie solaire. Et c’est là que les choses se compliquent. Car on croit souvent qu’il suffit de capter l’énergie solaire : quand le soleil brille, il y en a beaucoup ; mais où la stocker ? Et quand il ne brille pas, il n’y en a pas. La question clé est donc celle-ci : la Hongrie sera-t-elle capable, dans les prochaines années, de réaliser d’immenses investissements dans le stockage de l’énergie solaire, à la fois dans les parcs industriels et pour les particuliers ? Nous venons de lancer un programme : toute personne disposant de panneaux solaires peut recevoir 2,5 millions de forints, soit 50 % de l’investissement, pour installer un système de stockage, une batterie, dans une maison individuelle ou dans un immeuble collectif. Si nous menons tout cela à bien, alors la Hongrie pourra atteindre l’indépendance énergétique. Pour ce qui est du pétrole et du gaz, on en parle moins, nous achetons. Car quand on n’en a pas, il faut acheter. Nous avons un gisement de gaz en Azerbaïdjan. Nous avons aussi des gisements de pétrole dans certains pays. Certes, pas sur le territoire hongrois, mais ils appartiennent à des entreprises hongroises, certaines via MVM, d’autres via MOL. Nous veillons ainsi à ce que la Hongrie soit, dans ce domaine aussi, un pays sûr, un pays sécurisé.

Le prochain grand chantier, c’est l’intelligence artificielle. Nous lui faisons confiance, et en même temps, nous en avons peur. C’est aussi mon état d’esprit : j’en vois les possibilités, mais je n’en perçois pas encore toutes les conséquences. Quels emplois vont disparaître ? Où cela créera-t-il du chômage ? Où pourrons-nous offrir de nouvelles opportunités de travail à ces personnes ? Si nous introduisons l’intelligence artificielle dans l’éducation, il faut le faire de manière à ce que les enfants ne deviennent pas plus bêtes, mais plus intelligents. Car, au fond, ce dont nous avons surtout besoin, ce n’est pas d’intelligence artificielle, mais d’intelligence naturelle. Elle est tout de même plus importante que l’artificielle. Nous n’y voyons pas encore tout à fait clair, c’est pourquoi nous avons confié au ministre Palkovics la mission de diriger un groupe de travail spécifique, chargé d’élaborer les plans permettant d’intégrer, à notre avantage, les nouveaux développements de l’intelligence artificielle dans la vie hongroise.

Bien sûr, nous avons encore de nombreux projets majeurs dans les transports et dans d’autres domaines. Je n’entrerai pas dans tous les détails maintenant. Mais pour finir, permettez-moi de dire quelques mots sur mon grand projet à moi. Vous l’avez peut-être déjà entendu de ma bouche ; qu’on me pardonne de le répéter pour ceux qui le connaissent déjà. Je ne suis pas entré en politique pour devenir Premier ministre. Je ne suis pas entré en politique pour devenir Premier ministre. Je ne prétends pas être innocent dans cette affaire ; je pourrais le dire, mais personne ne me croirait. Je suis entré en politique parce que je voulais faire de grandes choses, ou du moins prendre part à de grandes choses. À quel rang, premier, deuxième ou troisième, c’est une autre question. C’est ainsi que nous sommes arrivés jusqu’ici. Dans la seconde moitié des années 1980, nous avons créé des cercles étudiants d’opposition, parce que nous voulions de grandes choses : la fin du Comecon, la sortie du Pacte de Varsovie, le départ des Soviétiques,
la chute des communistes, le retour de l’esprit hongrois, le réveil du sentiment national, et que nos prêtres puissent à nouveau évangéliser, car nous en avions bien besoin. Voilà quels étaient nos grands projets. Et notre objectif était de corriger cette erreur historique : après la défaite de la Première Guerre mondiale, ce ne sont pas nous qui avons décidé de notre destin et de notre trajectoire, ce sont nos ennemis qui l’ont fait à notre place. Ils ont tracé les frontières, ils ont façonné la politique internationale de telle manière que nous, les Hongrois, soyons toujours petits et toujours pauvres. Et si je suis en politique aujourd’hui, c’est pour changer cela. Pour que les Hongrois soient grands, qu’ils soient prospères, et qu’ils soient de nouveau forts. Voilà, au fond, le grand projet.

Philip Rákay : Ce serait une excellente conclusion, mais je pense que nous pouvons encore prendre une ou deux questions. Et comme ce format est très masculin, nous cherchons des dames. J’avais promis une question à une dame, là-haut dans les gradins. Oui, celle avec le sweat « master plan ». Et il y avait aussi, si je vois bien, une autre dame qui s’était déjà signalée tout à l’heure. Oui, là, à l’intérieur, en noir. Très bien. Si la dame au sweat « master plan » se rapproche de celle qui pose la question maintenant, le micro arrivera peut-être un peu plus vite. Merci pour l’aide !

Evelin Kecskés : Je salue tout le monde très chaleureusement ! Je salue respectueusement Monsieur le Premier ministre et je vous remercie de me donner la possibilité de poser une question. Je m’appelle Evelin Kecskés. Je suis enseignante, moi aussi satisfaite, d’origine rom, et j’enseigne à Taktakenéz et à Prügy. J’ai fait mes études à l’Université de Miskolc, et comme je l’ai dit, j’enseigne actuellement à Prügy et à Taktakenéz, où la proportion d’enfants roms défavorisés est très élevée, près de 98 %. Leur avenir me tient particulièrement à cœur. Et je pense qu’ici, à Miskolc, en Borsod, on ne peut pas éviter la question rom. Nous, les Roms, avons confiance en Monsieur le Premier ministre. Ma question est donc la suivante : quels sont les projets pour l’avenir concernant la population rom ? Je vous remercie pour votre réponse.

Philip Rákay : Merci. Passons le micro à l’autre dame également, et regroupons les deux questions, Monsieur le Premier ministre, si vous le permettez.

Ce n’est déjà pas simple d’offrir à une famille de la petite classe moyenne les moyens d’accéder à la classe moyenne intermédiaire, voire supérieure. Mais ce qui est toujours le plus difficile, c’est d’aider ceux qui sont tout en bas à entrer dans la classe moyenne. C’est le plus difficile, parce qu’il n’y a pas seulement des écarts de niveau de vie : il y a aussi la culture, des conceptions différentes de l’ordre, des modèles familiaux différents, beaucoup de choses. C’est extrêmement complexe. Et comme vous le dites : la coopération avec la population rom, et je ne pense pas être offensant si j’emploie parfois le mot « tsigane », donc la coopération avec la communauté tsigane est l’une des questions les plus importantes pour l’avenir de la Hongrie. Que puis-je dire à ce sujet ? En 2010, j’ai conclu avec vous un accord. À ma connaissance, il est toujours en vigueur. Pour ma part, je fais mon travail, et je reçois aussi de bons retours de votre communauté. Cet accord repose sur deux points. Premier point : vous obtenez un emploi ; mais alors, il faut aller travailler. Deuxième point : nous aidons à l’éducation des enfants ; mais alors, il faut envoyer les enfants à l’école. Car nous ne pouvons pas aider les enfants si, en partant pour l’école, ils voient que certains adultes ne se sont même pas encore levés. Ce n’est donc pas une question simple dont nous parlons : il s’agit d’un processus de construction d’une société de classe moyenne, d’un processus d’accès à la classe moyenne. En matière de formation, je constate, en partie grâce à vous et à des personnes comme vous, qu’il y a de plus en plus d’enseignants d’origine rom, ce qui est une aide précieuse. Je vois aussi que, dans les écoles, nous parvenons à amener une grande partie des enfants roms jusqu’à une qualification professionnelle. Et croyez-moi : l’avenir appartient aux ouvriers qualifiés. Vous le verrez ! Aujourd’hui, tout le monde se concentre sur le diplôme universitaire. Le diplôme est important, l’intelligence est importante, la finesse intellectuelle est importante. Mais observez bien : le monde qui vient valorisera avant tout les ouvriers qualifiés, ce qui, à mon avis, offrira également des opportunités aux enfants roms. Nous avons aussi ouvert des voies vers l’enseignement supérieur. Nous y avons doublé les effectifs, même si le point de départ était si bas que je n’en fais pas un sujet de fierté. Certes, doubler quelque chose de positif est déjà un résultat, mais on parle encore seulement de un à deux mille jeunes d’origine rom dans l’enseignement supérieur aujourd’hui. Il faudra évidemment aider davantage. Mais je peux dire ceci : une très grande partie de la communauté rom a déjà pu s’intégrer dans le nouveau système économique hongrois, dans cette économie fondée sur le travail construite après 2010. Je vois des maisons, de vraies maisons, pas des tromperies. Je vois des voitures. Je rencontre des familles roms dans des lieux de vacances, qui partent en congé. Ce que je veux dire, c’est que l’intégration de cette communauté dans la vie hongroise a commencé. Et en dehors de nous, personne n’a vraiment jugé cela important au cours des trente-cinq dernières années. D’autres se sont contentés de parler. Nous avons accompli de nombreuses actions dans ce sens.

Il y a encore un chiffre que je voudrais mentionner, il pourra peut-être vous surprendre, mais je pense qu’ici, on peut en parler ouvertement : combien les gens ont-ils de plus depuis 2010 ? Si l’on regarde les données, on voit que l’épargne financière a augmenté. On peut dire : « Très bien, mais cela ne concerne que les riches. » Alors je dis aussi ceci : il y a aujourd’hui plus d’un million de véhicules de plus en circulation en Hongrie qu’auparavant. Là encore, on peut dire que les pauvres n’en profitent pas. Je vous donne un chiffre étonnant : combien de viande mangent les Hongrois ? Combien peuvent-ils se permettre ? En 2010, un Hongrois consommait en moyenne 53 kilos de viande par an. En 2020, ce chiffre est passé à 69 kilos. De 53 à 69 kilos ! On peut dire que quelques kilos viennent peut-être de moi, mais certainement pas tous. Et je regarde ces chiffres séparément pour les plus pauvres. Chez les plus modestes, cela donne ceci : en 2010, ils pouvaient consommer 39 kilos de viande par an ; en 2020, 64 kilos. Il s’est donc passé quelque chose. Cela montre quelque chose. Il ne faut pas le minimiser : c’est important. Eh bien ! Mais avant de croire que tout va bien, disons-le clairement : ce n’est pas le cas. Il reste encore des problèmes, des difficultés, des défis :il faut continuer à y travailler.

Le premier, c’est l’ordre. Nous devons absolument maintenir l’accord que nous avons passé avec la communauté tsigane : sans ordre, il n’y a pas d’avenir. Et s’ils veulent un avenir pour eux-mêmes, ils doivent eux aussi respecter l’ordre : là-dessus, il n’y a pas de discussion. En Hongrie, il existe 80 000 logements, maisons ou bâtiments – 80 000 ! – qui ne sont pas raccordés à l’eau courante. Donc sans eau potable à domicile. Si je multiplie ce chiffre par quatre, cela peut concerner 320 000 personnes, et le multiplicateur pourrait même être plus élevé. Ce n’est pas que je ne comprenne pas la situation : moi aussi, j’ai grandi sans eau courante. Pourquoi en aurions-nous eu ? J’allais au puits, je tirais l’eau… Mais il ne s’agit pas ici de vieilles maisons rurales construites autrefois sans eau, ni des toilettes extérieures, ni de nos aventures hivernales que je ne vais pas vous raconter ; ceux qui les connaissent, savent : la vie n’est pas toujours simple. Ici, il s’agit plutôt, si vous me permettez l’expression, sans vouloir offenser personne, de péros, baraques, de logements situés dans des bidonvilles, qui ne sont pas seulement dépourvus d’eau, mais à peine habitables dans des conditions humaines normales. Nous allons nous en occuper. Mais j’ai adopté, peut-être de manière surprenante, et cela peut évidemment se discuter, un ordre différent. Car je me suis dit que si nous aidions, sous quelque forme que ce soit, les personnes tout en bas de l’échelle à accéder au logement alors même que la classe moyenne n’y parvient pas, nous finirions par opposer la classe moyenne et la population tsigane. C’est pourquoi il faut d’abord ouvrir la possibilité pour la classe moyenne d’accéder à un logement. C’est le crédit à taux fixe de 3 %. Nous avons lancé ce dispositif en premier. Aujourd’hui, toute personne qui souhaite réellement acquérir un logement peut le faire avec l’aide du gouvernement hongrois à un taux fixe de 3 %. Une fois cette possibilité ouverte à tous, nous pouvons commencer à parler de la situation des péros. C’est ainsi que je procède, selon cette logique. Ainsi, au cours des quatre prochaines années, nous devrons traiter de manière prioritaire la question du logement des Tsiganes, tout en maintenant l’accord fondamental : il y aura du travail, mais il faudra travailler ; il y aura une aide pour l’éducation des enfants, mais les enfants devront aller à l’école. Si tout cela fonctionne, nous parcourrons un long chemin au cours des quatre prochaines années. Et je vous propose de faire ce chemin ensemble !

Philip Rákay : Écoutons maintenant la question de la jeune dame !

La dame au sweat « master plan » : Merci beaucoup pour l’appellation « jeune » : je me redresse tout de suite ! Tout d’abord, je salue chaleureusement Monsieur le Premier ministre et l’ensemble de l’assemblée ici, à Miskolc. Lorsque l’an dernier il est apparu que nous ne rentrerions pas dans l’année calendaire, j’étais très triste. Mais je suis d’autant plus heureuse aujourd’hui, puisque nous sommes les premiers. Merci beaucoup ! Pour revenir au sweat « master plan » : j’en ai aussi acheté un à mon fils de 12 ans. Parce que s’il y a un plan, autant qu’il soit de niveau master, on ne vise pas en dessous. C’est lui qui m’a dit combien ce serait formidable de décrypter ce plan. Je lui ai répondu : « C’est le plan pour la paix mondiale, mon fils ! » Voilà comment nous voyons les choses. Merci, même s’il n’ose malheureusement pas le porter à l’école, de peur que ses camarades de sixième se moquent de lui, remarque entre parenthèses. Cela me rend très triste. J’ai donc une demande, plutôt qu’une question. Monsieur le Premier ministre, vous avez mentionné que vous ne lisiez pas vraiment les commentaires en ligne, et vous avez bien raison. Pour ma part, j’en lis pas mal, sans que ce soit un mode de vie, et j’ai repéré un groupe de commentateurs qui affirment que toutes les mesures sociales récemment introduites sont financées par l’endettement. Je voudrais vous demander, Monsieur le Premier ministre, de nous fournir des informations sur la réponse à leur apporter. Merci beaucoup.

Puisque vous avez évoqué les commentaires : d’une part, je manque de temps pour ce genre de choses, ce qui, je l’espère, est excusable. Ce n’est pas de l’impolitesse, mais simplement une question de temps. D’autre part, il y a beaucoup de personnes avec lesquelles j’aimerais parler en face à face, avec un visage, et que je ne peux pas voir. Si je dois choisir, je privilégie celles-là plutôt que les échanges numériques. Mais récemment, on m’a tout de même convaincu : une collègue de mon équipe, qui s’occupe de TikTok, a débarqué dans mon bureau avec une dizaine de commentaires sous le nez, et il a bien fallu que je dise quelque chose. Il est donc possible que je sois plus actif à l’approche de la campagne, puisqu’il faudra s’adresser à tout le monde.

Parlons maintenant de l’endettement de l’économie hongroise, d’accord ? Pas seulement des mesures actuelles, mais de la manière dont il faut penser le rapport entre la Hongrie et la dette. La réalité est la suivante : depuis très longtemps, la Hongrie n’est pas en mesure de couvrir simultanément, avec ce qu’elle produit en une année, le bien-être social, le développement économique, les investissements, la construction de l’armée, et le maintien de l’ordre public. C’est pour cela que vous entendez parler de déficit budgétaire. Dans une situation idéale, les gens travaillent, produisent de la valeur, paient des impôts, et l’État dépense exactement ce qui rentre : le budget est alors à l’équilibre. Mais la Hongrie n’est plus dans cette situation depuis très longtemps. La raison en est simple : au moment du changement de régime, la Hongrie a hérité d’une dette énorme. Mon objectif aujourd’hui est le suivant : si je mets de côté les intérêts des dettes contractées par le passé, car ceux-là doivent être payés chaque année, et que je ne considère que les nouvelles dépenses et les nouvelles recettes, alors nous devons au moins être à l’équilibre. À partir de là, on pourra avancer vers une situation où les recettes augmenteront, grâce à une économie fondée sur le travail, et où nous ne ferons pas que couvrir les dépenses annuelles, mais où nous pourrons aussi commencer à rembourser les dettes héritées du passé. Selon la situation des marchés financiers internationaux, ce sera un processus long, sur de nombreuses années. Mais il ne faut pas y renoncer. En effet, l’objectif final est clair : un jour, ce sera nous qui prêterons aux autres. Et c’est beau, ça ! Les intérêts, c’est beau ! Aujourd’hui, nous prêtons déjà, mais pas parce que nous pouvons nous le permettre librement, plutôt parce que c’est parfois nécessaire pour stabiliser un pays voisin ou une région. C’est une dépense politique, voire sécuritaire. Alors, où en sommes-nous avec la dette publique ? Quel est le poids qui pèse aujourd’hui sur l’État hongrois ? Au total, la dette hongroise représente aujourd’hui 73 à 74 % du revenu annuel produit par le pays. Et ce sont les intérêts de cette dette que nous devons payer chaque année par notre travail. Voilà comment il faut voir les choses. Si ce fardeau n’existait pas… nous serions la Suisse, ou quelque chose d’approchant. Mais il est là. Nous l’avons hérité. Il faut le réduire par notre travail. Ainsi, lorsque quelqu’un dit que la Hongrie traverse une situation financière difficile, c’est vrai ; mais c’est le cas depuis 50, 60, 70, voire 80 ans, peut-être même depuis le traité de Trianon. Ce n’est pas nouveau. Ce qui sera nouveau, ce sera le jour où nous nous en libérerons. C’est pourquoi utiliser cet argument pour critiquer les mesures actuelles est une erreur : cela n’a rien à voir avec les mesures actuelles. Les mesures actuelles entrent dans les revenus que les Hongrois produiront dans l’année et les années à venir. Nous sommes capables de les financer sans augmenter la dette publique hongroise. Nous en sommes capables. Et nous le resterons. Donc, si quelqu’un cherche à discréditer les mesures actuelles : l’aide à l’accession au premier logement, la hausse de 11 % du salaire minimum, les avantages fiscaux liés aux enfants ; en affirmant que tout cela serait financé par l’endettement, alors c’est un tricheur, un joueur de bonneteau. Ne le croyez pas !

Et j’ajoute encore ceci, si vous me le permettez : nous sommes le seul gouvernement en Hongrie qui, chaque année électorale, à chaque échéance électorale, a réduit le déficit budgétaire. Autrement dit, non seulement nous n’avons pas dépensé sans compter à l’approche des élections, mais chaque année électorale, la dette publique était plus faible que l’année précédente. Je l’affirme, et pardonnez-moi si cela peut sembler présomptueux, je le dis donc avec toute l’humilité requise : nous, et moi personnellement en tant que chef du gouvernement, sommes capables de faire progresser la Hongrie sans qu’elle ne consomme son avenir, sans que cela se fasse à crédit. Oui, nous en sommes capables.

Philp Rákay : Oui, là, au milieu, sous l’écran LED, un monsieur en veste noire et chemise noire, il me fait signe depuis un moment. Je vois que beaucoup aimeraient prendre la parole, mais malheureusement, tout le monde ne pourra pas passer aujourd’hui. Merci d’acheminer le micro jusqu’à ce monsieur, il est peut-être un peu loin. Merci beaucoup !

Krisztián Oláh : Merci beaucoup. Bénédiction et paix, Monsieur le Premier ministre !

Paix de Dieu !

Krisztián Oláh : Je m’appelle Krisztián Oláh, je suis le maire de Cigánd, et également le compagnon de lutte politique de Mme Boglárka Bánné Dr Gál dans la cinquième circonscription. Monsieur le Premier ministre, je suis venu avec deux idées. Cigánd se situe sur les rives de la Tisza, je commencerai donc par un bulletin hydrologique : chez nous, le niveau de l’eau est parfaitement normal. Il n’y a pas de messies « slim fit » en bateau de crue, personne ne nous fait signe, il n’y aura pas de débarquement chez nous. Mais en ramant vers des sujets plus sérieux, j’ai donc deux points à évoquer. Le premier est de soutenir modestement la campagne pacifiste du Fidesz. Lorsque la guerre a éclaté, Cigánd a été l’une des premières communes à accueillir des réfugiés. Chaque jour, nous avons pris en charge 800 à 900 personnes : nous leur avons fourni un toit, de la nourriture, une aide concrète. Et nous avons vu dans leurs yeux le désespoir, la quête de sens, tout ce qui transparaissait dans leurs regards en larmes. Et à Cigánd, nous avons tous formulé la même conviction : quoi qu’il arrive, quelle que soit la faible probabilité d’une guerre, ne soyons jamais à leur place ; soyons toujours de ceux qui aident. Cela m’amène à mon deuxième point, et je ne voudrais pas abuser de votre patience. En 1992, György Szabad, le premier président de l’Assemblée nationale librement élue, s’est rendu à Cigánd pour inaugurer notre monument dédié à la Seconde Guerre mondiale. À cette occasion, il a prononcé une phrase qui, selon moi, peut encore aujourd’hui nous servir de fil conducteur. Il a dit : « Je souhaite qu’il ne soit jamais nécessaire d’ériger un troisième monument. » Je crois que cette pensée devrait habiter chacun d’entre nous. Malheureusement, ce monument a été vandalisé il y a trois ans : il a été détruit, brisé en deux. Une collecte est en cours, et je le dis en tant que maire : si nous pouvions recevoir un peu d’aide pour le restaurer, nous en serions très reconnaissants.

Il n’y a pas de réunion gratuite, bien sûr…

Krisztián Oláh : Merci beaucoup. On m’aurait tué à Cigánd si je ne l’avais pas mentionné, mais je pense sincèrement que ce fil conducteur pourrait aussi remettre de l’ordre dans la vie de chacun d’entre nous. Car il n’y a rien de plus important, que de faire en sorte qu’il n’y ait nulle part dans le pays, ni à Miskolc, ni à Békéscsaba, besoin d’un troisième monument. Je vous remercie de m’avoir donné la parole ! Et encore une chose personnelle, Monsieur le Premier ministre : en 2017, nous nous sommes rencontrés lors d’un match de football Cigánd – Puskás Akadémia, à l’époque où nous étions en deuxième division. Vous nous avez battus à l’aller comme au retour : ce n’était pas agréable. Mais ce qui est agréable, c’est ce que vous avez fait pour le pays, et pour cela, nous vous en sommes profondément reconnaissants. Allez, la Hongrie ! Merci beaucoup !

Même si ce n’était pas une question, je l’interpréterais comme une invitation à dire quelques mots sur la gravité et l’immédiateté du danger de guerre, et sur la difficulté extrême que représente, pour tout gouvernement hongrois, le fait de rester en dehors d’un tel conflit. Commençons par notre propre expérience historique. Des pertes. Des pertes hongroises. Première Guerre mondiale : il n’existe pas de chiffre exact, mais on estime entre 600 000 et 650 000 le nombre de victimes hongroises. Seconde Guerre mondiale, en incluant les Juifs déportés : entre 800 000 et 900 000 morts. Nous sommes déjà à un million et demi. Puis les Soviétiques sont arrivés, et 250 000 personnes ont immédiatement fui. Ensuite, 200 000 Allemands ont été expulsés. Puis, après 1956, 180 000 à 200 000 personnes supplémentaires sont parties. Additionnons rapidement : deux millions, deux millions deux cent mille vies hongroises manquent aujourd’hui à la Hongrie. Si ces personnes étaient encore là, ou si elles avaient eu des enfants et des petits-enfants, la Hongrie n’aurait aucun problème démographique. Ce sont les guerres qui nous détruisent. Les guerres anciennes nous détruisent encore aujourd’hui. Nous luttons toujours contre leurs conséquences lorsque nous parlons de natalité, de nombre d’enfants, et ainsi de suite. La guerre nous a décimés. Et je ne parle même pas de la manière dont le pays a été ravagé, Budapest en tête, ni des dégâts matériels immenses qu’elle a causés. Voilà pourquoi, chez nous, un voyant rouge s’allume immédiatement dans notre esprit dès que nous entendons le mot « guerre ». Aujourd’hui, je suis assis avec eux : 27 chefs de gouvernement ou chefs d’État autour de la table, lorsque l’Europe se réunit. Et je vous le dis clairement : eux, ils iront à la guerre. Ces réunions ne sont plus des discussions politiques. Ces derniers temps, ce sont des conseils de guerre. On y parle, des pays bien plus grands que le nôtre, l’Allemagne, la France, et d’autres, de ceci : comment nous allons gagner, comment nous allons vaincre les Russes, comment nous allons les contraindre à payer des réparations, comment nous allons leur faire rembourser l’argent que nous donnons aujourd’hui à l’Ukraine. Ce ne sont pas des enfants qui sont assis là-bas. Ce sont des dirigeants européens responsables, élus. Et ils répartissent l’argent en conséquence : ils envoient des fonds à l’Ukraine, ils achètent des armes pour l’Ukraine, ils achètent des armes pour eux-mêmes. Il existe aujourd’hui, en Europe occidentale, une véritable préparation à la guerre. Je recommande à tous ceux qui en ont l’envie ou la curiosité de lire sur la période qui a précédé le déclenchement de la Première Guerre mondiale. La guerre mondiale n’a pas commencé comme une guerre mondiale. Au départ, on pensait qu’il s’agissait d’une guerre balkanique. Puis cela est devenu une guerre européenne. Ensuite une guerre mondiale. Puis un débarquement américain en Europe. Et enfin, l’effondrement de l’État hongrois. C’est ainsi que nous en sommes arrivés là. La guerre est donc très proche. Elle frappe à la porte. D’autant plus que le théâtre physique de la guerre se situe dans un pays voisin, pas loin de nous. Les Européens raisonnent ainsi : ils ont déjà donné, j’ai consulté les chiffres les plus récents, 193 milliards d’euros. Ils s’apprêtent maintenant à en donner 90 milliards supplémentaires. Nous sommes donc autour de 280 milliards. Les Ukrainiens ont présenté une demande : ils estiment avoir besoin, sur les dix prochaines années, de 800 milliards d’euros pour le maintien de l’Ukraine : appelons cela les « charges courantes » de l’Ukraine. Cela n’inclut même pas les armes ni la sécurité, ce sera une autre ligne budgétaire. Les Américains, eux, se sont retirés. Là-bas, la logique financière s’impose : ils ont fait leurs comptes, récupéré ce qui les concernait, et ils sont à l’équilibre. Que les Européens dépensent leur argent pour une guerre, s’ils le souhaitent. Mais comment glisse-t-on vers la guerre, alors que l’Europe n’a pas d’argent ? Car si l’Europe était en pleine croissance, si elle disposait de ressources abondantes pour financer autre chose que ses propres besoins, peut-être pourrions-nous éviter l’engrenage de la guerre. Mais il n’y a pas d’argent. L’Europe est en déclin. Elle n’a pas d’argent. Alors les Européens empruntent aux banques, et prêtent cet argent à l’Ukraine. Mais tout le monde sait que les pauvres Ukrainiens ne rembourseront jamais ces prêts. Comment pourraient-ils le faire ? Et lorsque les échéances arriveront, lorsque les Ukrainiens ne pourront pas payer, les banquiers prendront l’argent des Européens, après avoir prélevé des intérêts pendant des années. Cela détruira l’Europe. Que répondent les dirigeants européens à cela ? Ils disent : nous ne serons pas ruinés, parce que nous gagnerons sur le front, nous vaincrons la Russie, nous obligerons la Russie à payer des réparations.   Eh bien, que personne ne fasse un gros pari sur le fait qu’une puissance nucléaire versera des réparations aux pays d’Europe occidentale ou à l’Ukraine. C’est un conte de fées. Nous nous enfonçons de plus en plus. Chaque jour, nous dépensons davantage. C’est comme une entreprise déficitaire : il y a l’argent déjà perdu, et il reste encore de l’argent frais. La question est toujours la même : faut-il jeter l’argent frais après l’argent perdu ? Ou faut-il accepter la perte et faire autre chose avec cet argent frais ? Leur réponse est de jeter l’argent frais après l’argent perdu. C’est ce qui se passe. Et à la fin, il ne restera qu’une seule issue : essayer réellement de vaincre les Russes, car sinon, ce sera l’effondrement. Jusqu’à présent, c’était l’industrie de l’armement qui nous poussait vers la guerre. Aujourd’hui, les banquiers aussi poussent, et les politiciens suivent ; en effet, ils ne peuvent plus arrêter le processus sans rentrer chez eux et admettre : « ce n’était pas une bonne idée ». On parle de 90 milliards d’euros sur deux ans. C’est l’argent. Mais comptons maintenant en vies humaines. Selon des statistiques fiables, et il en existe aujourd’hui beaucoup, chaque semaine, 9 000 personnes, des deux côtés du front, meurent ou deviennent gravement handicapées. Par mois : 4 fois 9 000, soit 36 000 personnes. Multipliez par 12 : on approche des 400 000 personnes par an. Cela signifie qu’aujourd’hui, nous finançons, pendant deux ans, une situation dans laquelle 400 000 + 400 000, soit 800 000 personnes, mourront ou seront mutilées à vie. Voilà l’autre face qui ne se mesure pas en argent. Ainsi, selon moi, s’il existe une position moralement juste, s’il existe une position qui représente de manière responsable les intérêts nationaux hongrois, alors c’est la position de la paix. Il ne faut pas se laisser entraîner dans la guerre ! La question est donc la suivante : réussirons-nous à rester en dehors ? Consacrons deux minutes à cette question. Personne ne peut savoir avec certitude si nous y parviendrons. Mais une chose est sûre : seul celui qui essaie de rester en dehors d’une guerre peut y parvenir. C’est la condition préalable. Nous, nous voulons rester en dehors. Le parti Tisza et la DK, eux, ne le veulent pas. Si nous gagnons les élections, la paix demeure. S’ils gagnent les élections, la guerre arrive. Ils appartiennent à l’alliance européenne des partis va-t-en-guerre. Ils sont la succursale hongroise du parti européen pro-guerre. Le chef européen du partie Tisza, Manfred Weber, est le principal agitateur pro-guerre en Europe. Voilà la réalité. Si un gouvernement pro-Bruxelles arrive au pouvoir ici, il nous entraînera dans la guerre, et il nous entraînera dans une politique économique qui finance la guerre : une économie de guerre, qu’ils sont en train de construire. Et alors, tous les projets dont nous parlons : la hausse du salaire minimum, l’accès à la propriété, l’exonération d’impôt pour les femmes après deux enfants, le doublement des allocations familiales ; nous pourrons tirer un trait dessus. Tout cela disparaît. Voilà la situation. Et mettons la main sur le cœur ! Il y a déjà eu deux guerres mondiales, et nous n’avons pas réussi à rester à l’écart. Nous le voulions, mais nous n’y sommes pas parvenus. Aujourd’hui, je ne parle même pas de savoir si nous le voulons ; les partisans du Tisza ne le veulent même pas. Nous, nous voulons rester en dehors. Mais la vraie question est   en sommes-nous capables ? Je regarde ce que l’histoire peut nous apprendre. István Tisza n’y est pas parvenu. Miklós Horthy n’y est pas parvenu non plus. La grande question est donc la suivante : est-ce que nous, nous pouvons y parvenir ? Je pense que oui, c’est possible. Je construis nos relations internationales de manière à ce que la Hongrie puisse rester en dehors de la guerre.

Bien sûr, j’estime que l’innovation, l’audace, et même l’esprit d’aventure, propre à la jeunesse, sont des choses positives. Mais chaque chose a son temps. Aujourd’hui, moi, qui suis un vieux bonhomme, j’ai encore toutes mes dents, mais je suis déjà un vieux lion, j’ai besoin de tout mon savoir. De toute mon expérience, de toutes mes relations, de 35 années d’expérience en politique étrangère, pour que nous ayons une chance de tenir le pays à l’écart. Cela ne peut pas être confié aujourd’hui à de jeunes aventuriers. Ce n’est pas le moment de jouer va banque. Ici, il faut choisir la sécurité. C’est pourquoi je le dis : le Fidesz est le choix sûr !

Allez, Cigánd ! Oui !

Philip Rákay : Monsieur le Premier ministre, merci beaucoup ! Une bonne et une mauvaise nouvelle : pour aujourd’hui, c’est terminé. Mais dans une semaine, nous poursuivrons à Kaposvár, où il sera également possible de poser des questions. Monsieur le Premier ministre, Viktor Orbán ! Merci beaucoup !

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