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Déclaration de Viktor Orbán à la chaîne de télévision TV2

Lilla Csikesz : Monsieur le Premier ministre, jusqu’à présent, les Allemands s’opposaient totalement à la confiscation des avoirs russes. Jusqu’ici, ils y étaient opposés, leur position a désormais changé…

Avec les Allemands, on ne s’y retrouve plus. Plus personne ne s’en souvient, ce qui est dommage, et je précise que vous devriez peut-être être les premiers à vous en souvenir, mais les Allemands et nous, nous étions sur la même ligne, nous faisions cause commune, nous parlions d’une seule voix. Il y a quatre ans, la guerre a éclaté. À l’époque, deux pays s’y opposaient ouvertement : l’Allemagne et nous. Les Allemands disaient alors qu’ils n’enverraient même pas d’armes. Des casques, si vous vous en souvenez. Puis, d’accord pour envoyer des armes, mais en aucun cas des armes létales. Et nous en sommes arrivés à la situation actuelle, où ce sont eux les faucons, ceux qui marchent en tête. Je m’en souviens très bien : j’étais assis à côté du chancelier Scholz lorsque les Allemands affirmaient qu’il ne saurait être question, absolument pas, d’imposer un jour des sanctions sur le gaz et le pétrole russes. Aujourd’hui, ce sont précisément eux qui en sont les plus fervents partisans. Je me souviens encore, c’était il y a un mois ou deux, que le chancelier allemand a déclaré : que tout le monde, autour de la table, en prenne acte une bonne fois pour toutes, et n’ose plus jamais soulever la question de toucher aux avoirs russes gelés, car cela détruirait le système financier européen. Aujourd’hui, sur ce dossier aussi, ce sont les Allemands qui ouvrent la marche. Il est donc tout simplement impossible, aujourd’hui, de comprendre la position allemande. Un jour, ils disent A ; le lendemain, B ; le surlendemain, C. Nous avons l’habitude de prendre l’Allemagne comme point de repère : il existe une tradition de coopération germano-hongroise, et bien souvent, il est raisonnable de travailler avec les Allemands. Mais dans cette guerre et sur la question des sanctions, toute coopération est devenue impossible, car leur trajectoire est imprévisible, et ils glissent, pas à pas, vers l’engrenage de la guerre. Aujourd’hui, l’Allemagne est très proche de devenir l’acteur central d’une Europe engagée dans une guerre provoquée contre la Russie. Je sais que ces paroles peuvent paraître brusques, inattendues même. Mais je voudrais rappeler à chacun que, lors de la Première Guerre mondiale, lorsque l’archiduc héritier fut assassiné, les gens prenaient tranquillement le café en terrasse, à Budapest, à Vienne, à Belgrade. Nous savons donc, par l’expérience et par l’histoire, à quelle vitesse une démarche diplomatique erronée, ou une réponse mal calibrée, peut, en quelques instants, en l’espace d’un ou deux mois, plonger l’Europe dans une guerre ouverte. Et c’est ce que je vois aujourd’hui : chacun a le sentiment que la guerre est lointaine, qu’il s’agit avant tout d’une question financière. Or non. La réalité, c’est que l’Union européenne se prépare concrètement à la guerre. Je ne dis pas qu’elle veuille la déclencher dès demain ou après-demain, je n’oserais pas affirmer une chose pareille. Mais elle a pris la décision qu’il y aurait une guerre ici. Ils l’ont dit eux-mêmes : il y aura une guerre entre la Russie et l’Europe, autour de 2030, et il faut s’y préparer. Ils ont d’ailleurs déjà entamé cette préparation : l’économie allemande est en train d’être convertie en économie de guerre, et le service militaire obligatoire a été réintroduit. Comment dire ? Je voudrais mettre tout le monde en garde : il ne faut surtout pas prendre cela à la légère. Il s’agit d’une véritable préparation à la guerre. La politique hongroise doit rester lucide et vigilante, afin de ne pas chercher à se retirer ou à rester à l’écart au moment où cela ne sera plus possible, comme cela a été le cas lors de la Première Guerre mondiale, dont nous n’avons pas su nous extraire à temps. La situation est donc extrêmement grave, tendue, et elle comporte des risques majeurs, des risques financiers, mais aussi des risques directs de guerre.

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