SHARE

Déclaration de Viktor Orbán à l’hebdomadaire Hetek

Máté Kulifai : La Belgique joue un rôle clé dans ce dossier, puisque c’est là qu’est gelée la plus grande part des avoirs russes. Mais on a l’impression que le pays est pris en étau : d’un côté, la pression exercée par Mme von der Leyen et par l’Union européenne ; de l’autre, la crainte de représailles russes. Selon vous, combien de temps la Belgique pourra-t-elle supporter cette pression, et de quel côté finira-t-elle par pencher ? Avez-vous parlé avec le Premier ministre belge ces derniers jours ?

Tout d’abord, je rends grâce au Bon Dieu que la responsabilité de gouverner la Belgique ne repose pas sur nos épaules. S’il y a bien une fonction que je n’envie pas ces jours-ci, c’est celle du Premier ministre belge. Il se trouve dans une situation extrêmement difficile. D’une part, il est évident que ce que l’Union européenne veut faire est inacceptable au regard du droit international et de la pratique internationale jusqu’ici établie : c’est sans précédent. Et, qui plus est, on voudrait que ce soit la Belgique qui mette cela en œuvre, ce qui constitue un premier problème, d’autant que les Belges n’y adhèrent pas non plus sur le plan des principes. Deuxièmement, ce sont eux qui en paieront le prix financier en premier lieu. En effet, l’entreprise qui gère les avoirs russes est une société belge, et elle administre des montants d’une telle ampleur que, si l’équilibre venait à vaciller, c’est toute l’économie nationale belge qui pourrait s’effondrer. Troisièmement, cette entreprise belge possède elle-même des actifs en Russie. Ainsi, s’il devait y avoir des mesures de rétorsion de la part de la Russie, elles viseraient en premier lieu cette société. Et nous ne parlons pas de sommes négligeables : les actifs de la société belge Euroclear présents en Russie s’élèvent aujourd’hui à environ 16 milliards d’euros. Quatrièmement, si les Russes saisissent les mécanismes du droit international, ce qu’ils ont annoncé hier ou aujourd’hui, il ne fait aucun doute, pour toute personne formée au droit, qu’ils remporteront cette procédure. Et alors, les avoirs russes confisqués par une décision prise aujourd’hui, demain ou après-demain devront être restitués par quelqu’un. En premier lieu, par celui avec qui les Russes ont contracté pour la conservation de ces avoirs. C’est-à-dire une entreprise belge. Les Belges sont donc dans une situation extrêmement délicate. Le Premier ministre belge est d’ailleurs assis à côté de moi, pour une raison mystérieuse ; il m’arrive souvent de discuter avec lui. Nous parlons ici de l’un des hommes politiques les plus fins d’esprit d’Europe, qui maîtrise parfaitement l’humour noir. Il fait des remarques empreintes d’autodérision, dignes du meilleur humour noir budapestois. La dernière fois, dans cet esprit, je lui ai dit en retour : « Félicitations, vous avez repris le flambeau à ma place. Moi, je peux désormais m’adosser à mon fauteuil, commander un café : ce n’est plus moi le principal « méchant » de l’histoire, mais le Premier ministre belge. » Il subit une pression énorme, un feu nourri de toutes parts. On tente de le broyer de tous les côtés. Jusqu’à présent, il a tenu bon. Mais, au vu de la taille des meules qui se referment sur lui, je ne recommanderais pas de miser de grosses sommes sur ses chances.

FOLLOW
SHARE

More news