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Déclaration de Viktor Orbán à la chaîne de télévision HírTV

Áron Gulyás : On voit clairement que l’Europe s’arme : les grandes entreprises de l’industrie de l’armement reçoivent des commandes de plus en plus nombreuses et de plus en plus importantes. Vous avez vous-même évoqué le fait que ces grands groupes exercent une influence croissante sur les décisions européennes. Comment faut-il se représenter cela concrètement ? À quoi cela ressemble-t-il dans la pratique ?

Il faut l’imaginer ainsi : il existe des documents, et des décisions prises dans leur esprit, qui expliquent que les usines de l’industrie automobile allemande, lentement mais malheureusement sûrement en déclin et vouées à la fermeture, doivent être reconverties vers une production d’armement. D’un point de vue technologique, la fabrication de véhicules blindés et celle de véhicules automobiles ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Une réflexion est donc déjà en cours sur la manière dont une industrie allemande en perte de vitesse pourrait retrouver un nouvel élan grâce au développement du secteur de l’armement. Je pense d’ailleurs que nous avons besoin, nous aussi, en Hongrie, de développements dans l’industrie de défense. La question est simplement de savoir où nous développons cette industrie. Or les Allemands souhaitent consacrer une part considérable de leurs moyens financiers à l’Ukraine, et vendre à ce pays des armes produites ici, c’est-à-dire en Europe. À mon sens, c’est une erreur. Aujourd’hui, nous devrions nous concentrer sur notre propre renforcement : renforcer notre propre armée, nos propres forces armées, notre propre équipement, notre propre technologie. L’idée selon laquelle le renforcement de l’armée ukrainienne contribuerait à la sécurité de l’Europe est erronée. C’est une erreur totale. Il n’existe qu’une seule manière de renforcer militairement la sécurité de l’Europe : nous renforcer nous-mêmes, et non l’Ukraine. Un projet est actuellement sur la table, nous en discuterons jeudi, selon lequel l’Europe s’engagerait, à long terme, à financer le maintien d’une armée ukrainienne de 800 000 soldats, alors même que nous n’avons pas d’argent. Ainsi, si les avoirs russes ne sont pas disponibles, et il se peut qu’ils ne le soient pas, les Européens entendent avancer par l’endettement. Ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui paieront les intérêts de ces emprunts. Dès aujourd’hui, si l’on examine un autre point également à l’ordre du jour, le prochain budget pluriannuel de sept ans, on constate qu’après la crise du Covid, nous avons mis en place un fonds financier commun financé par l’emprunt. Il faudra commencer à le rembourser dans le prochain cadre budgétaire, ce qui représentera 10 % du budget. Cette part servira exclusivement à payer les intérêts d’argent déjà emprunté et déjà dépensé. Et dans ce même budget, ils veulent encore consacrer 20 % à l’Ukraine. Cela signifie que 30 % du budget disparaît. S’ils veulent augmenter les dépenses militaires, la question se pose alors : qu’advient-il des autres objectifs traditionnels de l’Union européenne ? Les aides agricoles, le développement rural, la cohésion, le rattrapage économique, la recherche : tout y passe, tout est sacrifié. Si l’Union européenne poursuit sur cette voie, dans les années à venir, tous les secteurs essentiels seront perdants. Ce n’est pas un hasard si les agriculteurs vont bientôt se rassembler à Bruxelles pour manifester contre ce que je viens précisément de décrire.

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