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Interview avec Viktor Orbán dans l’émission « Bonjour la Hongrie ! » sur Radio Kossuth

Zsolt Törőcsik : Ces jours-ci, la plupart des gens reçoivent leur salaire du mois de juillet, dans lequel les familles peuvent, pour la première fois, constater concrètement l’augmentation des réductions d’impôt pour enfants, ainsi que l’exonération d’impôt de l’indemnité de congé de maternité (csed) et de l’indemnité de congé parental (gyed). C’est également sur ce sujet que je vais interroger notre invité en studio, le Premier ministre Viktor Orbán. Bonjour !

Bonjour ! Effectivement, tout le monde fait ses comptes, et moi aussi je tâche de suivre les événements.

Oui, mais avant de parler des mesures concrètes, examinons un peu le contexte, la logique de cette politique, car la réponse de l’Europe de l’Ouest aux défis démographiques et aux problèmes du marché du travail – qui freinent souvent déjà l’économie – a été l’immigration. Or, nous avons aussi, ici en Hongrie, des problèmes de natalité et l’on commence déjà à constater les symptômes sur le marché du travail. Pourtant, vous avez choisi une voie plus lente pour y répondre, en fixant comme objectif l’inversion de la tendance démographique. Pourquoi ?

Votre question nous mène loin, car elle nous ramène à la question fondamentale : pourquoi n’y a-t-il pas plus d’enfants ? Ce que vous appelez déclin démographique signifie en réalité, si l’on traduit cela dans le langage de la vie quotidienne, qu’auparavant les gens voulaient avoir plus d’enfants, alors qu’aujourd’hui ils en veulent moins. Et quelle en est la raison ? Faut-il – et si oui, est-il possible – de changer cela, ou bien faut-il se résigner à ce que les choses restent ainsi ? Eh bien, Il existe deux théories pour expliquer pourquoi il y a moins d’enfants, deux explications possibles. La première est que les gens ont changé et n’aiment plus autant les enfants qu’avant ; ils choisissent d’adopter une autre philosophie de vie dans laquelle ils remplacent l’enfant – qui demande en réalité beaucoup d’attention, d’efforts, et qui s’accompagne de soucis, voire de préoccupations pour toute la vie – par une existence plus confortable. C’est une explication, et dans certains pays, c’est effectivement le cas. La seconde est qu’il existe toutes sortes d’obstacles, et que les jeunes estiment qu’ils se lanceront plus tard dans la vie d’adulte responsable qui va de pair avec les enfants. Ils retardent le mariage, diffèrent la parentalité, au point de risquer de sortir de la tranche d’âge où ils pourraient encore avoir des enfants ensemble. Ainsi, le désir, le rêve, le plan, l’instinct, et aussi l’exemple de ses parents – montrant que plus il y a d’enfants, plus il y a de bonheur – peuvent très bien être présents sans que cela ne devienne pour autant une réalité. Alors, les Occidentaux, eux, réagissent à cela en disant : Bon, qu’importe, ailleurs dans le monde il y a de toute façon beaucoup de gens en trop, qui veulent venir ici, alors laissons-les entrer chez nous. Nous serons plus nombreux, et nous compenserons le manque d’enfants par des personnes venues de l’étranger, pièce pour pièce. Ainsi, la performance de l’économie ne déclinera pas et le niveau de vie pourra être maintenu, comme auparavant, mais avec une population plus nombreuse. Nous, nous n’aimons pas cela. C’est la cause profonde de la migration. Si l’on cherche à comprendre comment certains pays ont laissé se produire un afflux d’étrangers d’une ampleur telle qu’il modifie même l’image, le paysage culturel des grandes villes d’Europe occidentale – plus d’étrangers que d’enfants locaux dans les écoles, menace terroriste, dégradation de la sécurité publique, divers problèmes. Si l’on cherche donc à comprendre comment cela a pu se produire, la réponse est là : Ils pensaient qu’on pourrait remplacer les enfants absents, pièce pour pièce, par des migrants. Ces migrants allaient, pensaient-ils, entrer sur le marché du travail, et la machine de l’économie continuerait de tourner sans accroc. Mais la réalité, c’est que ces derniers n’ont pas l’intention de travailler ! Le principal attrait des pays riches d’Europe occidentale réside, à leurs yeux, précisément dans l’existence d’un système de protection sociale prêt à compenser même ceux qui sont au chômage ou n’exercent qu’une activité très réduite. Un étranger qui arrive peut subvenir à ses besoins avec bien moins d’efforts que les autochtones, et cela le rend déjà heureux. Mais cela, que ce soit le problème des Occidentaux, car nous, nous n’avons pas emprunté cette voie. En effet, nous nous sommes dit : si, dans la vie, il y a des obstacles qui compliquent pour les jeunes de fonder une famille, en particulier des obstacles d’ordre matériel, alors faisons-les disparaître. Mettons en place une politique familiale qui permette la naissance des enfants désirés, et pour laquelle avoir un enfant ne signifie pas assumer un fardeau matériel insupportable, mais simplement relever un défi acceptable. J’irais même jusqu’à dire que dans la Hongrie de demain telle que je l’imagine, tu t’en sortiras même mieux financièrement parlant, si tu as des enfants. Et même si nous n’en sommes pas encore là, tu ne vis déjà pas moins bien avec un enfant que sans. Nous nous approchons au point où, matériellement parlant, à court terme, tu ne vivras pas moins bien si tu as des enfants que si tu n’en as pas. Bref, la vie sans enfant ne t’offre donc pas un confort plus grand ni un niveau de vie plus élevé. Nous n’y sommes pas encore arrivés, mais nous nous en approchons pas à pas. Et c’est de là que tout est parti.L’allègement fiscal pour enfants, la réforme de la rémunération du congé parental (gyed), et maintenant l’exonération d’impôt à vie pour les mères de deux enfants. C’est de cette logique qu’est né tout le reste : … Et, parallèlement à cela, nous avons durci notre politique migratoire. La pression est énorme, car les Occidentaux veulent que nous rejoignions leur politique qui favorise l’immigration, que la Hongrie devienne elle aussi un pays d’accueil comme l’Allemagne, la France ou l’Autriche. Mais nous ne le voulons pas. Il n’y a pas de compromis possible en matière migratoire : la Hongrie ne fera pas de compromis là-dessus. Mais cela suppose de mettre en place un très bon système de soutien aux familles, car le complément indispensable d’une politique anti-migratoire, c’est une politique familiale solide. Sans cela, effectivement, la population hongroise pourrait diminuer de plusieurs millions.

Si on regarde concrètement, vous l’avez vous-même dit : en ce moment, tout le monde fait ses comptes. Avec les mesures prises, une famille au revenu moyen de combien disposera-t-elle en plus par rapport à avant ?

Je feuillette un peu dans la jungle des chiffres. Nous avons pris une mesure qui rend l’indemnité de congé de maternitéainsi que l’indemnité de congé parental exonérées d’impôt. Ainsi, si l’on raisonne avec un revenu moyen ou légèrement inférieur, on peut dire que, pour l’indemnité de congé de maternité, l’exonération nouvellement introduite représente un revenu supplémentaire de 78 000 forints par mois et par famille. Dans le cas de l’indemnité de congé parental, qui intervient après les six premiers mois de l’enfant, cela représente un supplément de 43 000 forints par mois pour quelqu’un qui touche un revenu moyen. Il arrive même que, lorsqu’une personne est en congé de maternité — c’est-à-dire qu’elle passe les six premiers mois suivant la naissance de son enfant à la maison —, elle reçoive parfois plus d’argent, un salaire plus élevé, que si elle travaillait normalement. Ça commence à bien prendre forme. Si l’on passe à la mesure suivante dans laquelle il s’agit de doubler la réduction d’impôt pour celles qui ont des enfants, ce qui veut dire que le revenu d’un million de familles augmentera — un million de foyers sont donc concernés. Pour les familles avec un enfant, la réduction d’impôt est passée de 10 000 à 15 000 forints, pour celles avec deux enfants de 40 000 à 60 000 forints, et pour celles avec trois enfants de 99 000 à 148 000 forints. Et le 1ᵉʳ janvier, cela sera doublé : pour deux enfants, la réduction atteindra 80 000 forints, et pour trois enfants, près de 200 000 forints. Cela signifie que, si vous toucher grosso modo un salaire moyen— soit environ 700 000 forints actuellement en Hongrie —, la somme qui vous restera chaque mois pourra dépasser les 100 000 forints. Cela veut dire qu’en un an, le revenu d’une famille augmentera d’un montant d’un million à un million deux cent mille forints, alors qu’ils travailleront exactement autant qu’auparavant. Autrement dit, son revenu annuel croîtra de plus d’un million de forints sans aucun effort supplémentaire, en faisant le même travail, au même poste.

Vous avez bien dit que l’objectif est que celle qui choisit d’avoir un enfant ne s’en sorte pas moins bien — du moins pas moins bien — que celle qui n’en a pas. Autrement dit, cela signifie dans un langage plus concret, qu’elle pourra soit préserver sa place au sein de la classe moyenne, soit y accéder. Comment ces ambitions sont-elles complétées par le programme de prêt à taux fixe de 3 %, ou en quoi cela est-il en accord avec ces ambitions ? 

C’est un autre grand débat en Hongrie. Mais au moins, c’est un débat sensé, pas comme une bonne partie des débats politiques, à savoir : sur quoi le gouvernement doit-il mettre l’accent lorsqu’il s’efforce à aider les jeunes ? Doit-il miser sur le logement locatif ou sur l’accession à la propriété ? Celui qui est dogmatique, c’est-à-dire qui s’en tient à la philosophie selon laquelle à une question il n’existe qu’une seule réponse, décrit cela comme un choix exclusif : ou l’un ou l’autre. Je n’aime pas cette approche. Qu’il y ait donc des logements locatifs : on peut en construire sur une base de marché, les louer, en tirer un revenu ; qu’il y ait aussi des appartements à louer, des logements disponibles à la location. Mais dans notre philosophie, et dans ma propre conception, le logement locatif, aussi avantageux soit-il, conserve toujours un élément de dépendance. Ce n’est pas chez toi que tu vis. Ainsi, s’il existe un rêve hongrois — comme il existe un rêve américain et peut-être même un rêve européen — tel que je m’en souviens depuis ma jeunesse et qui, à mon avis, n’a pas changé depuis, il réside dans le fait d’avoir son propre logement. Car, dans l’esprit hongrois, cela représente le comble de l’indépendance : cela signifie que je ne suis pas sans feu ni lieu, j’ai mon foyer, et qu’ici, rien de grave ne peut plus m’arriver, j’ai un endroit à moi, et ici, il ne peut plus m’arriver de très grand malheur. C’est pourquoi nous considérons que la solution réside dans l’accession à la propriété permettant que l’on devienne propriétaire de son logement. Il est vrai que, dans des circonstances normales, les jeunes n’ayant pas d’économies de départ, s’ils veulent acheter un logement à crédit, les taux d’intérêt du marché sont si élevés qu’un jeune ne peut malheureusement guère les payer avec son seul revenu. C’est pourquoi, à ce stade, il a fallu intervenir et nous avons lancé un prêt à taux fixe de 3 %, disponible aussi pour les jeunes, dont la mensualité –en fonction de la qualité du logement, bien sûr – ne dépasse pas, et même, dans de nombreux cas, reste inférieure à ce que coûterait un loyer ou une sous-location. Autrement dit, au lieu de verser un loyer, tu rembourseras un prêt par des mensualités dont le montant sera souvent inférieur à celui que tu paierais pour une location ou une sous-location, et, finalement, tu deviendras propriétaire. Une fois que tu auras entièrement remboursé le prêt, tu auras un patrimoine équivalant à un logement complet ; si tu en rembourse la moitié, tu auras un demi-logement, mais dans tous les cas, tu en seras propriétaire. Et ainsi, tu entreras dans ce cercle qui constitue l’épine dorsale de toute nation : la communauté des propriétaires. Car il ne s’agit pas seulement de parler la même langue, d’avoir une culture commune, d’avoir appris les mêmes choses à l’école, ou de partager la même histoire, mais aussi du fait que chacun possède quelque chose. En dehors de la Hongrie, il est rare que les gens aient quoi que ce soit ; ici, c’est cette terre, cet endroit où tu as quelque chose à toi, et où tu appartiens à la communauté des propriétaires. Plus petit ou plus grand, plus ou moins important, mais tu as quelque chose qui t’attache ici. Voilà l’essence même de la classe moyenne. Et nous pouvons aujourd’hui aider les jeunes en leur offrant cette chance : nous les incitons à se lancer dans cette voie, afin que, dès leur plus jeune âge d’adulte, ils puissent financer l’accession à la propriété et entrer ainsi dans la communauté des propriétaires de logement en Hongrie. Cela renforce la classe moyenne, c’est bon pour les jeunes et sert aussi à souder la nation elle-même.

Emprunter plusieurs dizaines de millions de forints – le plafond de ce programme étant de 50 millions – n’est évidemment pas une mince affaire : c’est un engagement importantet c’est une décision qui mérite d’être bien réfléchie, car elle implique aussi un certain engagement à long terme. Que devraient donc prendre en compte ceux qui hésitent encore à se lancer ?

Premièrement, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un prêt d’une durée de 25 ans, et dont le taux d’intérêt reste fixe pendant toute la durée du remboursement — il n’y a donc aucun risque de change. On se souvient bien de ce qui s’est passé avec les emprunteurs en devises. En 2002, un gouvernement de gauche est arrivé en Hongrie et a immédiatement supprimé, ou en tout cas au bout d’un an, le système d’accession à la propriété en vigueur à l’époque, pour orienter les gens vers le logement locatif et vers les prêts en devises. Or, avec un prêt en devises, il y a un risque de change. C’est un prêt en forints, donc sans risque de change, et il n’y a pas non plus de risque lié au taux d’intérêt, puisque nous parlons d’un prêt à taux fixe de 3 %, parfaitement prévisible. Concrètement, si quelqu’un emprunte, disons, 20 millions de forints, il économise selon nos calculs environ 60 000 forints par mois, car il ne paie pas un taux de marché, mais un taux d’État de 3 %. S’il emprunte 30 millions, il économise 90 000 forints par mois, et pour 50 millions, l’économie atteint 150 000 forints mensuels. Autrement dit, cela te permettra non seulement d’accéder à un logement à moindre coût, mais aussi d’en acquérir un plus grand. Donc, si je compare la possibilité de contracter un prêt sur le marché, c’est-à-dire sans soutien de l’État, avec un prêt soutenu par l’État que tu pourras contracter, cela te permettra, avec la même somme d’argent, d’acquérir un appartement ou une maison avec au moins une pièce de plus. Ce que je peux donc dire aux jeunes — même si ce n’est pas toujours facile de se mettre à leur place —, c’est qu’il vaut la peine de sauter sur l’occasion, ou au moins s’informer. Je précise d’ailleurs que l’intérêt est énorme : et je n’ai pas été le seul à faire ce petit calcul, chacun a déjà trouvé les chiffres qui correspondent à sa propre situation financière. Et comme le prêt à taux fixe de 3 % peut être combiné avec d’autres aides familiales ou d’autres types de prêts, il y est tout à fait possible d’obtenir des montants de prêt très importants bénéficiant d’un soutien de l’État, si en plus tu choisis d’avoir des enfants. Mais, à mon avis, le principal attrait de ce prêt au taux fixe de 3 %, c’est que nous avons modifié notre politique par rapport à ce que nous faisions auparavant. En effet, on a lié le fait d’avoir des enfants au soutien à l’accession à la propriété. La Hongrie ne disposait que des moyens qu’elle avait, et il fallait orienter ces ressources vers les familles – et, pour une bonne part, c’est encore le cas aujourd’hui. Mais ce prêt pour l’accession à la propriété n’est assorti d’aucune condition liée au lieu de résidence : peu importe que tu vives à la campagne, en ville ou dans la capitale, et il n’y a pas non plus de condition liée à la situation familiale. Tu peux être célibataire ou en couple, peu importe. C’est donc accessible à tout le monde, et tout le monde peut sauter sur l’occasion.

Eh bien maintenant, pour que ce programme fonctionne, il faut aussi qu’il y ait des logements que les bénéficiaires puissent effectivement acheter. Or, ces dernières années, de nombreux acteurs du secteur du bâtiment ont plutôt réduit leurs capacités. Comment faire alors pour qu’il y ait suffisamment de biens immobiliers pour ce programme ?

Tout d’abord, ce prêt peut être utilisé aussi bien pour un logement neuf que pour l’achat d’un logement existant. Je vois circuler toutes sortes d’estimations, les experts du marché immobilier s’expriment beaucoup ces derniers temps à propos de ce prêt. Pour ma part, en parcourant les différents chiffres, je dirais … on peut estimer à environ 100 000 le nombre de logements actuellement disponibles à la vente en Hongrie, mais pour lesquels il n’y avait jusqu’à présent pas de demande. C’est toujours un objet de débat, à savoir s’il faut lancer la politique du logement en offrant d’abord aux gens la possibilité d’acquérir un logement – c’est-à-dire en mettant à leur disposition des crédits et des ressources –, ou bien il faut soutenir directement le secteur du bâtiment, car à force de construire plus de logements, ceux-ci deviendront forcément moins chers, ce qui rendra l’accession au logement plus abordable en termes de prix ? Ou il convient de bien faire comme nous le faisons aujourd’hui, c’est-à dire de soutenir les acquéreurs, notamment les jeunes, tout en fixant certains plafonds de coût, afin de prévenir la hausse des prix. C’est donc un prêt qui ne te permettra pas d’acheter n’importe quel logement, il y a un plafond pour ce qui est de la superficie de celui-ci : par conséquent, il ne pourra pas servir à acquérir des appartements de luxe. Concrètement, si tu achètes un appartement, sa valeur ne pourra pas dépasser 100 millions de forints ; si c’est une maison, elle ne pourra pas dépasser 150 millions. Nous avons donc intégré un plafond afin de prévenir la hausse des prix. Nous avons également fixé le plafond de prix au mètre carré de ces logements – qu’ils soient neufs ou d’occasion –il ne pourra pas dépasser 1 500 000 forints. C’est une autre barrière destinée à contrecarrer l’augmentation des prix. Je pense donc que cela donnera un coup de départ harmonieux et rapide au marché immobilier, suivi d’une évolution harmonieuse et stable de celui-ci, et que finalement beaucoup plus de maisons et d’appartements seront construits qu’auparavant. Le bâtiment en a la capacité. En Hongrie, on a besoin de cela. Depuis que nous avons trouvé un accord avec les communautés roms aussi, au sens duquel nous ne leur versons pas d’allocations chômage ou d’aides sociales sans contrepartie, mais nous les soutenons via le travail, là en général il y a plus d’enfants et moins de revenus, beaucoup ont commencé à travailler, et ils ont intégré le secteur du bâtiment en grand nombre. Je pense donc qu’il existe ici aussi un véritable réservoir de main-d’œuvre que le redémarrage du bâtiment pourra mobiliser.

Puisque vous avez évoqué les plafonds destinés à prévenir la hausse des prix, c’est intéressant, car de nombreux économistes et hommes politiques critiquent le programme en affirmant qu’il fera, selon eux, grimper les prix de l’immobilier. Péter Magyar, président du Parti Tisza, a par exemple déclaré qu’en deux semaines les prix des logements augmenteraient de 20 %, et cela non seulement à Budapest mais partout dans le pays. Ce danger est-il vraiment réaliste, même malgré les plafonds que vous venez d’évoquer ?

C’est, à mon avis, dû à un manque d’information. Je ne présume pas de mauvaise intention, même si une certaine Kinga Kollár, députée européenne du Parti Tisza, a déclaré un jour que, ce qui est bon pour le Tisza, c’est ce qui ne l’est pas pour la Hongrie. On pourrait donc penser qu’ils l’attaquent précisément parce que cela est bon pour le pays et donc mauvais pour eux – eux-mêmes ont, du moins, tendance à raisonner ainsi. Mais laissons cela de côté et ne présumons pas de mauvaise intention de leur part, examinons plutôt pourquoi on peut arriver à une telle conclusion erronée. Cela doit être dû à leur manque d’informations. Ils ne connaissent pas encore le décret, ne l’ont pas vraiment lu, et n’ont pas appelé Miklós Panyi. Miklós Panyi travaille dans un bureau de propagande / communication/; nous avons un tel bureau afin que toute personne ayant une question, une proposition, une remarque, un problème, un soucis, un tracas puisse s’y adresser. Celui qui tient ce discours n’a donc pas encore parlé avec Miklós Panyi. Donc j’invite tout le monde à le faire. D’autre part, ils n’ont ils n’ont encore jamais élaboré un tel projet. Nous parlons en effet d’un parti qui n’a encore jamais gouverné et qui ne sait pas comment ces mécanismes fonctionnent. Pour notre part, nous avons déjà mené à bien plusieurs programmes de logement. En 2002, nous avons déjà lancé, à mon avis, un très beau programme ; il n’était pas aussi percutant que celui d’aujourd’hui, mais c’était un programme solide. Puis, le gouvernement Medgyessy l’a supprimé. Or, nous avons de l’expérience sur la manière de mener ce type d’action. Et nous avons aussi de mauvaises expériences, car la gauche, souvenez-vous, a poussé, en usant de ruse, les gens dans le piège des emprunts en devises après avoir démantelé le système de prêts immobiliers mis en place par le gouvernement de droite nationale. Cela a causé de gros problèmes. Nous avons dû sauver un million de personnes de ce piège des prêts en devises. Et nous les avons bel et bien sauvées. Ensuite, nous avons créé un million d’emplois ; or, si tu as un emploi, tu peux commencer à réfléchir à l’achat d’un logement, tandis que si tu es au chômage, tu n’as aucune chance d’accéder à la propriété. Selon les statistiques de l’Union européenne –ne pouvant pas vraiment être qualifiée de bienveillante à l’égard de la Hongrie –, nous avons pu aider un million de personnes à sortir de la pauvreté. Par conséquent, la classe moyenne s’est élargie, et c’est sur ce socle que nous pouvons désormais bâtir le programme actuel d’accession aux logements. Autrement dit, ceux qui, dans la sphère politique, critiquent cette initiative, n’ont jamais mis en place un tel programme immobilier ; ils ne possèdent donc pas le savoir-faire qui existe – et qui doit exister – au sein d’un parti au pouvoir.

En même temps, les mesures dont nous avons parlé jusqu’à présent doivent être mises en œuvre dans un contexte économique et géopolitique incertain. Prenons par exemple la question de l’accord douanier, vivement critiqué hier par les constructeurs automobiles allemands, et qui, en Hongrie aussi, a conduit la semaine dernière à l’annonce qu’il fallait un plan d’action pour protéger l’industrie et l’emploi, afin d’en atténuer les impacts. Péter Szijjártó a déjà entamé des discussions avec les entreprises concernées cette semaine. Comment évaluent-elles la situation, et quelle est la solution qui se dessine ?

De manière générale, il faut savoir que tant qu’il y a la guerre, l’économie hongroise ne pourra pas donner sa pleine mesure. Mais dès qu’adviendront le cessez-le-feu et la paix, les performances de l’économie hongroise s’en amélioreront immédiatement et de manière spectaculaire. Qu’est-ce que cela implique ? Eh bien, pour nous aussi, une question sérieuse s’est posée : devrions-nous lancer maintenant ce programme de création de logements avec un taux fixe de 3 %, ou attendre que la paix revienne ? Car il est vrai qu’en période de guerre – où se trouve actuellement l’Europe – tout lancement d’un tel programme comporte un certain risque. Que se passerait-il si la guerre, disons, atteignait la Hongrie ? Mais je pense que les quatre ou cinq années écoulées depuis le COVID – que le Covid étaient quatre ou cinq années de lutte, de difficultés constantes, voire de désespoir. Et que cela ne pouvait pas continuer comme cela. Guerre ou pas, nous avons donc assumé ce risque — nous en avons beaucoup débattu au sein du gouvernement — et moi, personnellement, je me suis rangé du côté de ceux qui voulaient le prendre, afin de lancer ces programmes économiques malgré la poursuite du conflit. Il a fallu les ajuster, y intégrer quelques garde-fous contre d’éventuelles hausses de prix ou autres dérives, et c’est pour cela que cela nous a pris six mois. J’aurais voulu les lancer dès mars, mais le bon sens exigeait ces précautions, car nul ne peut prévoir ce qui va se passer. Mais aujourd’hui, ces programmes sont sûrs : aussi bien la « révolution fiscale familiale » que le prêt à 3 % fixe. Toutefois, les arguments de ceux qui avaient attiré l’attention sur les risques ont été renforcés par un élément nouveau : le déclenchement d’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’Europe. Qu’est-ce que cela signifie ? Jusqu’à présent, lorsque nous exportions un produit vers les États-Unis, nous payions un droit de douane de 2 à 3 %. Ce taux vient d’être relevé à 15 %. En revanche, lorsqu’un produit américain arrivait chez nous et entrait en concurrence avec les nôtres, les Américains s’acquittaient de 10 %. Nous n’avons pas le temps de développer le pourquoi, d’entrer dans le sujet maintenant, mais c’était comme cela : ils payaient 10 %, ce qui est devenu zéro pour eux. Autrement dit, nous avons perdu 12 points lorsque nous exportons, et 10 points lorsque nous importons. Cela fait plus de 20 points de modification concernant notre position douanière. C’est quelque chose qui vous frappe à la nuque, vous donne un coup dans les côtes et vous transperce les poumons, surtout pour les grandes entreprises pour lesquelles nous travaillons et qui exportent ensuite leurs produits dans le monde entier, y compris vers les États-Unis. Cela risque d’avoir des conséquences graves sur l’emploi en Hongrie si nous ne réagissons pas rapidement. C’est pourquoi nous avons convoqué ces consultations. Péter Szijjártó est à l’œuvre, et prend forme ce que nous appelons un plan d’action pour la protection de l’emploi et un plan d’action pour la protection de l’industrie, destinés à préserver les emplois. L’accord que l’Union européenne a conclu avec les Américains est, disons-le clairement, un mauvais accord. Actuellement, j’ai beau me lamenter sur le fait qu’il soit mauvais, il faut admettre que c’est déjà en place et que nous devons vivre avec. Cependant, cela ne signifie pas que l’on doit accepter passivement les conséquences de cette mauvaise décision. Les impacts négatifs de cet accord se feront sentir dans divers domaines, et il est essentiel de mettre en place des mesures pour les contrer. Nous devons anticiper les impacts négatifs, qu’ils soient économiques, sociaux ou géopolitiques, et adopter une approche stratégique pour limiter les dégâts. Il est maintenant crucial de nous concentrer sur la manière dont nous pourrons atténuer les impacts de cette mauvaise décision et protéger les intérêts à long terme des citoyens européens. Nous allons le faire grâce à ces deux plans d’action, et je souhaite que l’une des réunions gouvernementales de cet été prenne les décisions nécessaires en la matière.

L’autre risque que vous avez également mentionné, c’est la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Selon les informations, la semaine prochaine, les présidents russe et américain doivent se rencontrer. Vous avez déjà affirmé par le passé que la guerre ne pourra prendre fin que s’ils négocient pour conclure un accord. Dans quelle mesure ces discussions à venir dont on entend parler aujourd’hui vous rendent-elles optimistes ?

Je le suis, et c’est une bonne nouvelle, car je maintiens que le cessez-le-feu et la levée des sanctions ne pourront intervenir que si le président américain parvient à un accord avec le président russe. Je regrette que les Européens se soient endormis. Depuis des années, la Hongrie a officiellement une proposition sur la table à Bruxelles ; moi-même, je l’ai présentée à plusieurs reprises, personnellement, lors des réunions du Conseil et des sommets des chefs de gouvernement. Je proposais que, plutôt que les dirigeants des institutions européennes — dont nous avons vu les limites lors des négociations douanières, et qui pèseront encore moins à Moscou qu’à Washington — ce soient le chancelier allemand et le président français qui aillent ensemble négocier à Moscou au nom de l’Europe. Et si ce n’est pas à Moscou, qu’ils organisent au moins une telle rencontre en territoire neutre. Bref, qu’il y ait un sommet Russie–Europe, car la guerre est en Europe, et c’est à nous d’être les plus actifs, ceux qui prennent des initiatives. Or il n’y a pas de sommet Russie–Europe, car les Européens suivent, à mon avis, une logique totalement erronée. Or, il se peut qu’un sommet Russie–États-Unis voie bientôt le jour. Et si un tel sommet se tient, ce sera positif, car il pourra amener la paix. Mais les Européens en seront exclus, réduits à un rôle de figurants dans la gestion des affaires de sécurité de leur propre continent. Est-ce vraiment une bonne chose ? Je continue donc à plaider pour qu’un sommet Russie–Europe ait lieu le plus tôt possible — si possible avant le sommet russo-américain, ou sinon juste après. Si l’Europe veut garder la main sur les décisions qui engagent son avenir, elle ne pourra pas se comporter comme un enfant boudeur, restant enfermé chez lui à traiter le président russe de tous les noms d’oiseaux. Elle doit se comporter conformément aux règles de la diplomatie : quand il y a un problème, il faut négocier. On ne mettra pas un terme à cette guerre sur la ligne de front, le champ de bataille n’offre pas de solution ; elle doit être arrangée par les diplomates, les responsables politiques et les dirigeants, autour de la table des négociations.

Puisque nous avons évoqué les présidents Trump et Poutine, revenons à une information de la semaine dernière : le rapport du procureur spécial John Durham, ainsi que son annexe confidentielle, ont été rendus publics. Ce document décrit comment, lors de la campagne de 2016, les démocrates, de concert avec les fondations Soros, ont tenté de discréditer Donald Trump en lui prêtant des liens inexistants avec la Russie. Après lecture de ce rapport, quelle en est, selon vous, la principale leçon ?

C’est une bombe aux États-Unis — une véritable bombe politique —, même si en Hongrie ou en Europe elle suscite moins l’attention. Ce rapport, étayé par des faits, révèle que l’administration démocrate de l’époque — ce qu’on appelle l’appareil de l’État dirigé par Hillary Clinton au Département d’État —, les fondations Soros et d’autres structures similaires, bref Soros lui-même, ainsi que les médias sous influence, se sont entendus pour fabriquer une histoire mensongère au sujet de prétendues relations entre Donald Trump et la Russie. Cette fable, totalement dépourvue de fondement, devait servir à expliquer la défaite électorale d’Hillary Clinton comme étant la conséquence d’une mystérieuse collusion entre Trump et Moscou. Et il s’est avéré que non seulement il s’agissait d’une pure invention médiatico -politique, mais que des organismes publics ont également été mobilisés pour construire et diffuser ce récit. Pendant des années, le président américain a été harcelé et poursuivi sur la base de ces accusations, alors qu’aucune d’entre elles n’était vraie. Mais ce n’est pas une surprise pour nous, Hongrois. Ici aussi, nous connaissons ces méthodes : même si nous ne permettons pas aux institutions publiques d’y participer, les fondations Soros sont présentes, les médias financés depuis l’étranger le sont aussi, et à l’époque les Américains étaient directement sur place — aujourd’hui, ils sont relayés par Bruxelles. Leur objectif reste le même : affaiblir le gouvernement, le pousser à prendre des décisions conformes aux intérêts bruxellois mais contraires à ceux de la Hongrie, et, à terme, installer un gouvernement bruxellois à Budapest. L’histoire américaine parle aussi de nous.

Y a-t-il, selon vous, des mesures à prendre en Hongrie à la suite de ce rapport ?

Oui, mais il s’agit des choses beaucoup trop sérieuses pour en parler trente secondes.

Je viens d’interroger le Premier ministre Viktor Orbán sur les des aides aux familles qui viennent tout juste être décidées, le prêt à taux fixe de 3 %, ainsi que sur les impacts de l’accord sur les tarifs douaniers.

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