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Interview de Viktor Orbán pour la chaîne YouTube Patrióta

Dániel Bohár : Salut tout le monde ! Après la Marche pour la paix, cap sur Bruxelles. Nous sommes en route vers la réunion des dirigeants de l’Union européenne, et j’en profite pour poser quelques questions au Premier ministre hongrois, Viktor Orbán. Monsieur le Premier ministre, vous avez dit que la Marche pour la paix d’aujourd’hui « se voyait depuis l’espace ». Est-ce que ça change quelque chose d’arriver à Bruxelles juste après un événement pareil ?

C’est difficile d’arriver à Bruxelles après une Marche pour la paix : l’adrénaline est encore haute, la tension artérielle aussi. Ce n’est pas rien de parler devant une foule aussi immense, probablement la plus grande qu’on ait jamais vue, et puis le souvenir de 1956, forcément, ça remue quelque chose à l’intérieur. Donc oui, on est un peu dans un autre état d’esprit. Mais d’ici à ce que j’entre dans la salle des réunions, tout sera rentré dans l’ordre : l’adrénaline, le pouls, la tension artérielle. Sur le plan politique, en revanche, ma tâche est claire. Au sommet européen, nous avons deux objectifs : ne pas laisser entrer l’Ukraine, et ne pas laisser sortir notre argent. Aujourd’hui, la Hongrie est le seul pays à défendre ouvertement cette position, prête à en débattre et à assumer le conflit. C’est pour ça que la pression sur nous est énorme. Il y en a d’autres qui pensent comme nous, et peut-être que, quand viendra le moment du vote, ils se montreront, mais pour l’instant, nous sommes seuls à nous exposer sur la digue. Et chaque fois, le poids est lourd à porter, aussi bien pour moi que pour la Hongrie, sur toutes les questions liées à l’Ukraine et à son financement. Mais après une Marche pour la paix comme celle d’aujourd’hui, les choses sont différentes. Ce n’est plus une question de savoir ce que moi je pense, ni même ce que pense le gouvernement hongrois. Bruxelles n’est pas au bout du monde : ici aussi, les gens ont vu les images, ils ont reçu les infos. La Hongrie a une position claire, c’est celle du peuple hongrois, de la nation tout entière. Et nous ne bougerons pas de cette position. Alors inutile d’essayer de me bousculer ou de m’attaquer de front. Dans ces moments-là, mon travail est plus facile.

Bon, il y a quand même une complication : nous n’arrivons à Bruxelles qu’en début de soirée, vers six ou sept heures. D’ici là, qui tient la position sur la digue ?

Robert Fico. J’ai exposé par écrit la position officielle de la Hongrie sur la question ukrainienne et sur les finances liées, et j’ai remis le document au président Fico en demandant de la défendre à l’oral si nécessaire. J’ai appris qu’il l’avait fait, qu’il avait tenu bon et qu’il avait représenté la position hongroise. Mais rien n’est encore décidé. Peut-être qu’ils ont commencé par ce sujet, mais ils n’en ont pas terminé. Maintenant, d’autres points sont à l’ordre du jour. Et quand j’arriverai, ils devront de toute façon revenir sur la question de l’Ukraine, puisqu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord entre eux. Donc, finalement, il m’en restera un bout à gérer moi aussi.

Aujourd’hui, il y a eu la Marche pour la paix. Mais ces dernières semaines, on parle surtout du futur Sommet de la paix de Budapest, et d’après les discussions d’hier du ministre Péter Szijjártó, tout porte à croire qu’il aura bien lieu. La vraie question, c’est quand. Dans ce contexte, qu’est-ce que cela change pour vous d’arriver à Bruxelles aujourd’hui ?

La Marche pour la paix et le Sommet de la paix, ce sont les deux faces d’une même médaille. S’il y aura un sommet pour la paix en Hongrie, c’est parce qu’il y a une Marche pour la paix, le plus grand mouvement pacifiste d’Europe, et c’est d’ailleurs de ce mouvement que vient le gouvernement hongrois. Bien sûr, sur le plan partisan, c’est le Fidesz qui forme le gouvernement, mais sa force de masse, son soutien populaire, viennent de la Marche pour la paix et d’autres grands mouvements civiques du même esprit. Et quand il y a de tels mouvements civiques, il peut y avoir un gouvernement pro-paix ; et quand il y a un gouvernement pro-paix, suffisamment courageux et habile, alors il peut y avoir un Sommet de la paix à Budapest. Il y aura un Sommet de la paix à Budapest.

Quant à Bruxelles, que veulent-ils faire passer aujourd’hui ?

D’abord, rapprocher l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne : ce que nous avons réussi à bloquer. Ensuite, accorder encore plus d’aides financières : cela aussi, pour l’instant, nous l’avons arrêté. Et enfin, décider du sort des avoirs russes gelés, c’est-à-dire des réserves de devises de l’État russe, un dossier complexe et sensible. Or la proposition de Bruxelles revient à les confisquer purement et simplement pour les transférer à l’Ukraine, et nous ne soutenons pas cette idée.

Tout cela soulève aussi des questions économiques, pour l’Europe comme pour la Hongrie, non ?

Plusieurs problèmes, même. D’abord, le premier : les Russes, mais peu importe de qui il s’agit, en réalité, ont déposé une partie de leurs réserves de change dans des banques européennes : environ cent milliards d’euros chez une société appelée Euroclear, et quelque vingt-cinq milliards dans d’autres banques privées. Tout cela fait l’objet de contrats signés, assortis de garanties. Or, en Europe, c’est tout un secteur économique à part entière : de nombreux pays du monde placent une partie de leurs réserves en euros, donc dans la monnaie de l’Union, et les déposent dans des institutions financières européennes. Mais si, ne serait-ce qu’un seul pays voit ses réserves confisquées, alors tout ce système s’effondre. Plus jamais personne ne fera confiance à une banque européenne pour y déposer ses réserves. Ça, c’est le premier problème. Deuxième problème : il y aura des procès. Parce qu’il n’existe aucune base juridique internationale qui nous autorise à disposer de l’argent d’un autre pays. Troisième problème : la question des avoirs russes gelés fait partie des négociations américano-russes. Si nous agissons maintenant et que nous agissons de manière inappropriée, nous risquons de compromettre les chances de ces pourparlers de paix. Et enfin, quatrièmement : les Russes riposteront. La semaine dernière encore, j’ai échangé des lettres avec le président de la Fédération de Russie. Je lui ai officiellement demandé quelle serait la réaction de son pays si Bruxelles adoptait une décision de confiscation : par exemple, est-ce qu’ils saisiraient les biens appartenant à des entreprises d’Europe occidentale ? En effet, plusieurs grandes entreprises hongroises ont des actifs importants en Russie. La réponse du président russe a été la suivante : oui, il y aura des mesures de rétorsion. Et à ma question de savoir s’ils feraient une distinction entre les pays de l’Union européenne, selon qu’ils soutiennent ou non la confiscation, il a répondu qu’ils feraient bien sûr que la différence. À partir de là, l’intérêt économique fondamental de la Hongrie est clair : ne pas soutenir une telle décision, pour ne pas être touchée par d’éventuelles représailles russes. Car ces contre-mesures pourraient frapper de plein fouet nos plus grandes entreprises.

Donc, en résumé, l’élite européenne essaie, en quelque sorte, de pirater le projet de Sommet de la paix et de perturber l’équilibre que les Russes et les Américains tentent de construire ?

L’Union européenne se trouve dans une situation étrange, et elle devrait faire preuve de responsabilité. À mon avis, il ne devrait même pas y avoir de véritables négociations sur l’Ukraine en ce moment, étant donné qu’un Sommet de la paix russo-américain est sur le point d’avoir lieu. Il y a deux choses que nous devrions faire : la première, c’est ne rien faire maintenant, pour ne pas réduire les chances d’un accord entre les Russes et les Américains. Et la seconde, ce que je propose depuis longtemps à chaque réunion, y compris aujourd’hui, sans jamais être entendu, c’est que l’Union européenne devrait aussi entamer des pourparlers directs avec la Russie. Un jour, peut-être, on en arrivera là.

On verra bien comment cela évolue. On en reparlera plus tard. Merci beaucoup à vous pour cet échange, et merci à tous de nous avoir suivis. On se retrouve bientôt, depuis Bruxelles. Salut à tous !

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