Gergely Kereki : Bonsoir à toutes et à tous ! Ce soir, nous vous retrouvons dans un lieu inhabituel : la mairie d’Eger. Et notre invité n’est autre que le Premier ministre de Hongrie, Viktor Orbán. Bonsoir, Monsieur le Premier ministre !
Bonsoir, bonsoir à vous !
Monsieur le Premier ministre, vous êtes de retour à Eger. Commençons peut-être par là : qu’avez-vous constaté lors de cette visite ? Je pense qu’il est juste de dire que ces cinq dernières années, de nombreux événements ont marqué l’actualité à Eger, et ceux-ci n’étaient pas toujours des plus positives. Vous avez rencontré l’équipe municipale, visité la mairie… Quelle est votre impression ? Entre quelles mains se trouve aujourd’hui la ville ?
Eger est une ville importante. Pour ceux qui y vivent, évidemment, parce que c’est leur maison, mais pour le pays tout entier aussi. Je ne crois pas qu’il existe, même dans le coin le plus reculé de Hongrie, quelqu’un qui ne puisse pas citer au moins deux ou trois choses à propos d’Eger : ne serait-ce qu’István Dobó, tout le monde a entendu parler de lui à l’école. Eger fait donc partie à la fois du cœur et de la mémoire de chaque Hongrois. Mais au-delà de ça, elle joue aussi un rôle régional essentiel : sans Eger, cette partie du pays ne peut pas prospérer. C’est une ville archiépiscopale, magnifique, avec des monuments qui ne sont pas seulement précieux pour les habitants, mais qui appartiennent au grand patrimoine culturel hongrois. Sur le plan politique, en revanche, c’est un terrain difficile : ici, c’est toujours une bataille. Je ne compte plus le nombre de campagnes que j’ai vécues où la victoire s’est jouée à quelques voix près. À Eger, gagner est déjà compliqué, mais conserver la ville l’est encore plus. Les périodes heureuses, dans l’histoire récente d’Eger, ont toujours été celles où la direction municipale et le gouvernement appartenaient au même camp. C’est dans ces moments-là qu’il faut avancer vite, aller de l’avant. Parce que quand les deux se séparent, les problèmes arrivent aussitôt. Le développement d’Eger, à chaque fois, a toujours mieux fonctionné quand la ville avait une direction municipale proche du gouvernement. Parfois c’est le cas, parfois non. Et en ce moment, c’est le cas. C’est donc une grande chance pour Eger : le conseil municipal a une majorité favorable au gouvernement, et à sa tête se trouve un maire, M. Vágner, un homme de droite, chrétien et citoyen. Et comme le gouvernement lui-même est un gouvernement national, nous travaillons pour que cela reste ainsi après avril 2026. Alors oui, il y a un nouveau maire ici. Et il faut bien dire que l’héritage qu’il reçoit est un lourd fardeau, difficile de courir un sprint avec un sac pareil sur le dos. J’ai passé en revue le budget que le maire nous a présenté : il faudra que nous envoyions à la ville, avant la fin de l’année, au moins 1,5 milliard de forints, afin de garantir la stabilité budgétaire et un fonctionnement de la ville conforme aux attentes des habitants d’Eger, qui sont, disons-le franchement, des gens exigeants, avec un haut niveau d’attente. C’est donc un défi sérieux pour la municipalité, mais nous allons accorder un milliard et demi de forints pour l’aider à tenir cet équilibre. Le deuxième problème, pardonnez-moi l’expression, la deuxième « épine » d’Eger, c’est que l’ancien maire nous a rendu 9 milliards de forints, ce dont nous le remercions respectueusement ! En effet, j’avais auparavant conclu avec la précédente équipe municipale un accord dans le cadre du programme « Villes modernes », et lorsque le nouveau maire est arrivé, il a tout simplement rendu ces 9 milliards à l’État hongrois. Formidable ! Je ne sais pas pourquoi les habitants d’Eger ont fait ce choix, mais soit : leur nouveau maire, lui, estime qu’il serait bon de récupérer cet argent. Nous avons donc commencé à discuter de la façon dont Eger pourrait retrouver cette somme, dans quel délai, pour quels projets, sous quelle forme. Pendant que nous parlons ici, le ministre Lázár et le maire sont justement en train de négocier là-dessus. Ce sont là les plus gros dossiers. Mais il y a aussi des problèmes d’une ampleur budgétaire telle que la ville ne peut même pas y toucher seule, et ce n’est d’ailleurs pas à elle de les résoudre. Je pense par exemple à l’énorme problème de circulation, aux embouteillages permanents ici : Eger est une ville encaissée, un goulet, tout le trafic des vallées y converge. C’est déjà une grande réussite d’avoir relié Eger au réseau autoroutier national par la voie rapide 25, mais il faut maintenant construire une rocade.
Les habitants attendent sans doute cette rocade autant que la voie rapide M25.
Nous devons effectivement construire cette rocade. Je vois que les batailles politiques autour de ce projet ont déjà eu lieu ici, et que l’on sait à peu près quel tracé il faudra suivre. C’est un projet d’environ cent milliards de forints, ce n’est pas une mince affaire, pas un petit chantier. Mais nous le réaliserons durant le prochain cycle gouvernemental, entre 2026 et 2030. Donc, si nous restons au gouvernement, ce projet se fera. En attendant, la partie terminale de la voie rapide 25, celle qui entre dans la ville, est dans un état dégradé. Les messieurs, dans la pièce voisine, sont justement en train de discuter de sa rénovation complète, celle du tronçon traversant la ville. Il faudrait idéalement lancer les travaux dès cet automne, et je pense que cela se fera. Et puis, il y a toute une série de projets plus modestes, dont je ne vais même pas parler en détail ici : la gestion de la piscine municipale, la restauration du château, et d’autres encore. Bref, le maire comme le député Pajtók ont un appétit de travail, une énergie et une ambition considérables.
Monsieur le Premier ministre, vous avez évoqué l’héritage difficile que la nouvelle équipe municipale doit gérer, ainsi que les défis actuels auxquels Eger est confrontée. Vous avez également dit que le gouvernement allait aider. Comment voyez-vous la situation d’Eger dans les cinq à dix prochaines années ? La ville possède un patrimoine culturel considérable, mais selon le maire, il reste beaucoup à faire sur le plan économique. Quels sont, selon vous, les atouts ou les leviers sur lesquels Eger pourrait s’appuyer dans les années à venir ?
Je ne veux pas dire que la situation est facile, ce ne serait pas vrai. La géographie d’une ville peut autant limiter que favoriser ses possibilités de développement industriel, selon les cas. Ici, le territoire est restreint. On ne peut pas ouvrir un parc industriel de 400 ou 500 hectares comme à Szeged ou à Pécs. Eger a donc besoin d’une industrie d’un autre type : des activités qui occupent moins d’espace, mais offrent une plus forte valeur ajoutée. Et cela ne se fera pas tout seul, si c’était possible sans intervention, ce serait déjà fait depuis longtemps. Il faut donc une impulsion industrielle d’État, un accompagnement public. Il y a quelques jours, mes collaborateurs, ceux qui sont chargés d’attirer les investissements étrangers et de les répartir dans tout le pays, sont venus ici. Nous avons inscrit Eger dans leurs priorités, et je me suis mis d’accord avec le maire : nous allons lancer une action commune de développement industriel, pour attirer ici des activités compatibles avec le caractère de la ville. Autrement dit, il ne s’agit pas d’y installer des usines d’aluminium ou des complexes lourds,
mais plutôt des entreprises à haute valeur ajoutée, tournées vers les technologies de l’information ou l’industrie tertiaire.
Et par rapport à la situation actuelle, quelles autres possibilités la ville devrait-elle encore exploiter, qu’elles soient culturelles ou économiques ?
Eger est une bonne ville pour y vivre. J’y connais plusieurs personnes, et j’y suis venu à de nombreuses reprises. Franchement, si je devais choisir un endroit où m’installer en Hongrie, en dehors de Felcsút, bien sûr, qui reste mon premier choix, Eger serait un sérieux candidat. Ici, il y a l’histoire, la culture, le calme, c’est une ville archiépiscopale à l’atmosphère paisible, avec de bonnes écoles et un centre-ville magnifique. Désormais, grâce au réseau routier, vous êtes à une heure de tout : Budapest est à un peu plus d’une heure, Debrecen n’est pas beaucoup plus loin, et je viens justement de Salgótarján, même vers le nord, les voies sont désormais bien ouvertes. Eger est donc une ville aux excellentes conditions de vie. Mais pour en faire une ville qui génère de la richesse, il faut y implanter une industrie très spécifique, adaptée à sa taille et à son profil. C’est pour cela, d’ailleurs, que les recettes fiscales issues de l’activité industrielle y sont faibles : malgré toutes ses qualités, la ville ne peut pas produire des petits profits massifs issus d’une industrie de volume. Elle doit miser sur les « forints rares », c’est-à-dire sur des investissements de qualité, à haute valeur ajoutée. Et pour cela, l’université joue un rôle essentiel. Je compte d’ailleurs en parler avec l’archevêque dans les prochaines semaines : il faudra voir comment développer l’université de manière qu’elle serve à la fois le développement urbain et industriel de la ville.
Puisque vous avez mentionné l’université, Monsieur le Premier ministre, dans quelle mesure une université peut-elle être intégrée à un plan de développement à long terme pour une ville ?
L’université d’Eger est avant tout orientée vers la formation des enseignants.
C’est un domaine noble, mais moins directement « marchand », si je puis dire. Dans les villes où la formation technique domine, comme à Miskolc, c’est évidemment plus facile d’attirer l’industrie. Mais ici aussi, on peut imaginer autre chose. L’archevêque est un grand bâtisseur, un homme au sens fort du terme « constructeur de pays ». L’histoire récente d’Eger ne serait pas ce qu’elle est sans lui. Si la ville a aussi fière allure aujourd’hui, c’est parce qu’il a su bien gérer les biens et les terres qui lui étaient confiés. On peut dire qu’Eger possède quasiment un quartier archiépiscopal à part entière. Je pense donc que nous trouverons le moyen de coopérer pour faire évoluer l’université de façon à ce que ce développement soutienne aussi l’économie locale et l’industrie, même si, pour l’instant, il n’existe pas encore d’accord concret ni de concept arrêté.
En revanche, certains dossiers avancent déjà, par exemple, le château d’Eger. Il existe un plan décennal pour sa restauration. Comme nous l’avons dit, à Eger la culture et le château sont incontournables. Justement, parlons un peu du château et de la vie culturelle d’Eger ! Quels sont les projets possibles, et quel rôle le château peut-il jouer ? Dix ans, ce n’est pas une période courte.
Oui, ces projets apportent évidemment de l’argent, mais il faut surtout regarder le tourisme, car c’est de là que viennent réellement les revenus liés à la culture. Lorsque les visiteurs achètent des billets, ceci ne nous mène pas très loin. Les activités culturelles ne rapportent que si les gens viennent dans la ville, dorment ici, mangent ici, passent le week-end ici. Le tourisme et les services culturels sont donc intimement liés. J’ai examiné les chiffres du maire : il y a bien des recettes fiscales issues du tourisme, mais elles restent modestes. En Hongrie, les impôts sur le tourisme sont faibles, les acteurs du secteur trouvent déjà que c’est trop, mais comparé à d’autres pays, c’est clairement un domaine peu taxé, et cela se traduit par peu de recettes directes pour la caisse municipale. Cela profite davantage aux habitants, à ceux qui tiennent un hôtel, un restaurant ou un service touristique, mais pour la ville elle-même, ce n’est pas une source de gros revenus. Une seule grande entreprise industrielle paie parfois deux ou trois fois plus d’impôts que l’ensemble du secteur touristique réuni. Malgré tout, je pense qu’il faut investir dans le tourisme. Ce n’est pas sa contribution fiscale directe qui compte le plus, mais sa capacité à élever le niveau général de la ville. Et quand la qualité s’élève, cela attire plus de visiteurs, de meilleures entreprises, et davantage de revenus à long terme. La culture, à Eger, semble d’abord coûter de l’argent, mais en réalité, elle aide à maintenir la ville à un niveau de prestige qui la rend attractive pour les investisseurs industriels. C’est pourquoi il ne suffit pas d’en parler : il faut aussi y consacrer des moyens, et nous avons justement discuté de ce point.
Nous avons commencé cet entretien en disant que les années à venir représentent une opportunité pour Eger. Si tout se déroule comme prévu, jusqu’où la ville peut-elle aller ?
Le succès d’Eger dépend de deux conditions essentielles, et elles ne relèvent pas uniquement des habitants d’Eger. La première, c’est qu’Eger reste une ville dirigée par des élus proches du gouvernement. Pour cela, il nous faut remporter les élections de 2026, car sans cela, Eger ne serait plus une ville proche du gouvernement. La seconde, c’est que la Hongrie ait un gouvernement national, et non un gouvernement qui applique les programmes de Bruxelles. Parce qu’on peut bien parler d’avenir et de perspectives, c’est ce qui m’intéresse le plus, moi aussi ; mais si au lieu d’un programme national hongrois, on applique un programme bruxellois, alors, disons-le franchement : le rideau tombera ici. L’argent partira en Ukraine, et à Eger, aucun développement ne verra le jour. Nous avons donc besoin d’un gouvernement national, et d’une municipalité du même bord politique. C’est ce qu’il faudra obtenir en avril 2026. Si nous assurons cela, alors nous pourrons aller de l’avant avec nos projets.
Quelles sont, pour conclure, les attentes envers la ville d’Eger ? Le gouvernement a déjà promis de l’aide pour boucler le budget actuel, mais qu’attendez-vous, vous, de la municipalité pour que tout cela fonctionne correctement ?
En réalité, c’est plutôt l’inverse : le gouvernement n’attend rien d’une municipalité, car ce ne sont pas nous qui l’avons élue. Ce sont les électeurs qui ont ce droit. S’ils jugent que leurs élus ont bien travaillé, ils les rééliront. Le gouvernement, lui, peut seulement offrir un partenariat. Pour qu’une personne soit satisfaite de sa vie, il faut quelques conditions de base. D’abord, avoir son propre logement. Nous en parlions justement hier avec le maire : lors du dernier conseil des ministres, nous avons élargi le programme de prêt à 3 % pour l’accession à la propriété. Désormais, les personnes qui vivent dans un logement municipal pourront aussi bénéficier de ce prêt si la municipalité accepte de leur vendre leur appartement. À Eger, il y a beaucoup de logements municipaux. Ce n’est pas à moi de décider, bien sûr, il y a un conseil et un maire pour cela, mais nous avons créé une opportunité financière pour ceux qui souhaitent racheter leur logement, avec l’accord de la ville. Car la première condition d’une vie stable, c’est d’avoir un toit à soi. Sinon, comme on dit chez nous, tu restes un errant, un déraciné. La deuxième condition, c’est le travail. Avant 2010, le chômage était très élevé ici ; nous l’avons à peu près réduit de moitié. Il y a donc aujourd’hui deux fois moins de chômeurs à Eger et dans ses environs qu’il y a quinze ans. Il y a encore trop de chômeurs, bien sûr, mais la situation s’est améliorée. Et il faut non seulement un emploi, mais un emploi correctement rémunéré, avec un salaire en hausse. Nous sommes justement en discussion avec les syndicats et les employeurs pour que, l’an prochain, le salaire minimum augmente à deux chiffres, ce qui entraînera la hausse des autres salaires. En parallèle, nous réduisons progressivement les impôts, pour que davantage reste dans la poche des travailleurs. Nous allons par exemple doubler la déduction fiscale pour enfants à charge, ce qui se ressentira immédiatement dans la paye mensuelle. Nous avons supprimé l’impôt sur le revenu appliqué aux allocations de maternité (gyed et csed), ce qui laisse des dizaines de milliers de forints supplémentaires chaque mois aux familles. Et à partir du 1er janvier, nous exempterons d’impôt sur le revenu les mères ayant élevé deux enfants, après celles qui en ont eu trois, ce qui représentera une augmentation automatique de 15 % de leur revenu net, mise en œuvre progressivement. Nous travaillons donc à ce que les gens aient non seulement du travail, mais aussi un bon salaire et plus d’argent disponible. Et la troisième condition, c’est de ne pas se sentir isolé du reste du monde. C’est pour cela que la voie rapide 25 était si importante, un vieux dossier, que j’ai connu dès mon premier mandat, entre 1998 et 2002. Puis je l’ai remise en priorité en 2010, car Eger, belle ville de vallée, était trop enclavée. Le sentiment que notre ville n’est pas coupée du monde, mais connectée au réseau national, par la route, le rail, ou l’internet, cela change tout. Et petit à petit, Eger atteint ce niveau. Avec la rocade de la voie rapide 25, ce sera enfin complet. Je pense donc qu’avec ses bases solides, ses infrastructures, son industrie qui se développe, et maintenant que les conditions sont réunies, Eger peut avancer de façon calme, stable et prévisible, étape par étape. Peu de villes en Hongrie peuvent en dire autant. Avec un bon maire, un bon conseil municipal, un bon député local et un parlementaire actif, Eger peut rester sur une trajectoire de croissance durable.
Et, bien sûr, un peu de chance ne ferait pas de mal non plus.
Je crois que vous venez de résumer l’essentiel dans cette dernière réponse. Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre, d’avoir partagé vos réflexions avec nous. Je pense que tous les habitants d’Eger espèrent que ces projets se concrétiseront dans les années à venir. Merci beaucoup !
Ce sur quoi le maire et moi avons serré la main aujourd’hui, quatre ou cinq grands projets, tout cela sera réalisé avant les élections.
Merci beaucoup !
Merci pour l’invitation.
Et merci à vous, chers téléspectateurs, pour votre attention !