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Interview de Viktor Orbán dans l’émission « Bonjour la Hongrie ! » sur Radio Kossuth

Zsolt Törőcsik : Plusieurs accords importants ont été conclus lors du Hongrie–États-Unis de la semaine dernière à Washington. Parmi eux, ceux concernant l’exemption des sanctions énergétiques et le bouclier financier ont suscité les débats les plus vifs en Hongrie. C’est notamment de cela que je voudrais parler avec le Premier ministre Viktor Orbán. Bonjour !

Bonjour ! Ces sujets feraient donc débat ?

En tout cas, en matière de sanctions, c’est certain. Alors entrons directement dans le vif du sujet. Mardi, vous avez déclaré que cet accord resterait valide tant que vous êtes Premier ministre et que Donald Trump est président. Pourtant, hier, le secrétaire d’État américain a affirmé que l’exemption ne valait que pour un an. Comment concilier ces deux affirmations ? Comment résoudre cette contradiction ?

Comme dans la vie : c’est la parole de celui qui est au sommet qui compte. Et le sommet, c’est le président.

Donc cela signifie…

Cela signifie que la règle tient tant que Donald Trump est président des États-Unis et qu’un gouvernement national dirige la Hongrie, soyons modestes, ce n’est pas une question de ma personne, mais du type de gouvernement que nous avons. Tant que ces deux conditions sont réunies, le plafonnement des prix d’énergie restera en vigueur. Si l’un de ces éléments change, la situation change aussi. Et dans ce cas, la réduction des charges… terminée. C’est un accord qui dépend des personnes, fondé sur un engagement personnel entre deux dirigeants. Les bureaucrates, eux, écrivent ce qu’ils écrivent : cela n’a aucune importance.

Cela veut dire que tant que vous êtes Premier ministre et Donald Trump président, les prix de l’énergie et du carburant resteront inchangés ?

Écoutez, si ce n’était pas le cas, si les cartes avaient été distribuées autrement, alors à partir de la fin novembre, chaque famille hongroise paierait une facture énergétique à peu près trois fois plus élevée. Inutile d’entrer dans des calculs diplomatiques compliqués : chaque famille recevrait comme cadeau de Noël une facture triplée, et l’essence flirterait avec les mille forints le litre. Voilà la réalité. Il fallait sauver la Hongrie de cela, et nous y sommes parvenus. Je pense que là-dessus, il n’y a pas de débat : c’est une bonne nouvelle Une bonne nouvelle pour tous les Hongrois. Chaque gouvernement a son ars poetica. J’essaie de m’exprimer de manière simple. En 2022 déjà, j’ai dit que même ceux qui ne votent pas pour nous s’en sortent bien avec nous. Autrement dit, il ne s’agit pas que les électeurs de Fidesz paient l’essence moins cher et les électeurs de gauche plus cher. Cela concerne tout le monde, c’est un résultat obtenu pour tous. C’est un domaine où il n’y a strictement aucune place pour la polémique partisane, parce que chaque Hongrois y gagne.

La dernière fois que nous avons parlé, vous avez dit, et vous l’avez répété après votre rencontre, que vous n’aviez rien donné au président Trump en échange de cette exemption. Pourtant, les critiques affirment que la Hongrie en paie le prix à travers les achats d’armement, les acquisitions dans le secteur nucléaire ou l’achat de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces achats sont-ils liés à l’exemption, ou seraient-ils nécessaires de toute façon, dictés par la logique du marché ?

Pour cette exemption, nous n’avons pas payé un centime. Car le président des États-Unis aime les Hongrois. Pourquoi ? Ce sera aux psychologues de l’expliquer. Le fait est que le président est d’abord un homme chrétien, convaincu qu’il est bon pour le monde que des choses positives arrivent, que la vie soit plus facile et non plus difficile. C’est pourquoi il déteste la guerre. Il ne s’agit pas seulement de vouloir faire la paix : il considère la guerre comme absurde, il la déteste, et donc il estime qu’il faut y mettre fin. Premier point. Deuxième point : lorsqu’il peut faire du bien, il le fait volontiers. Ensuite, il faut comprendre que les importations hongroises d’énergie depuis la Russie ne représentent qu’environ 0,2 % des exportations énergétiques russes vers l’étranger, une part infime. Pour ce qui est de « discipliner » la Russie, nos achats n’ont donc aucune importance. Ce qui pèse réellement, ce sont les volumes achetés discrètement par certaines grandes entreprises ouest-européennes, qui dénoncent bruyamment la Russie tout en faisant commerce de son pétrole et de son gaz dans leurs arrière-cours. C’est lui-même qui me l’a dit, je le cite. De plus, son épouse est Slovène, donc originaire d’Europe centrale. Il a toutes les raisons, en regardant la situation dans la région, de vouloir une solution juste et équilibrée. Il veut mettre la pression sur les Russes, certes, mais sans pénaliser ceux qu’il apprécie. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Et il nous a donné sa parole : nous pouvons nous y fier.

Quelle est alors l’importance des autres acquisitions, qu’il s’agisse du nucléaire, du GNL ou des coopérations technologiques dont on parle également ?

Écoutez, je conclus toujours des accords qui sont bons pour l’économie hongroise, non pas comme un « paquet », mais pris un par un. Chacun doit être avantageux en lui-même. C’est également le cas ici. Nous avons conclu un accord d’achat de gaz liquéfié sur cinq ans. Sur cinq ans, l’économie hongroise a besoin, cinq fois neuf, de 45 milliards de mètres cubes de gaz, soit environ neuf milliards par an. Et nous achèterons deux milliards de mètres cubes de GNL aux Américains sur ces cinq années. Le rapport est donc de 45 à 2. Mais c’est utile, important : comme on dit, il faut diversifier. Plus le gaz ou le pétrole provient de sources variées, plus la sécurité énergétique de la Hongrie est grande. On n’en parle pas souvent, mais après 2010, nous avons construit de nombreuses interconnexions gazières. Personne ne s’en souvient, mais l’opposition m’est tombée dessus lorsque nous avons construit par exemple l’interconnexion entre la Hongrie et la Slovaquie. Des experts très sages disaient : « Inutile ! Cela ne sera jamais rentable ! » Évidemment, quand quelque chose est rentable, cela ne se mesure pas seulement au prix, mais aussi à la sécurité. Sans cette interconnexion, nous serions aujourd’hui dans une situation bien plus difficile. Et nous avons construit toutes les liaisons nécessaires, dans toutes les directions, avec des capacités variables. La Hongrie est aujourd’hui un pays qui achète certes la majorité de son gaz dans le cadre d’un contrat à long terme avec la Russie, et le groupe MOL aussi achète la majorité de son pétrole auprès des Russes, mais nous disposons de voies alternatives, secondaires, complémentaires, qui renforcent notre sécurité. Pour l’instant, nous ne pouvons pas remplacer les plus gros gazoducs en provenance de Russie, mais nous avons mis en place des connexions supplémentaires qui fonctionnent en appui.

Un accord a été conclu concernant le bouclier financier. Mardi, dans une interview, vous avez affirmé que nous pourrions l’activer quand nous voulons et sous la forme que nous voulons. L’opposition vous accuse d’endetter le pays, parle d’un « méga-emprunt », et établit même un parallèle avec le prêt du FMI de 2008. Ce parallèle tient-il la route ? Et dans quelles situations concrètes un tel bouclier pourrait-il être utile ?

Ce n’est pas à moi de penser avec la tête de l’opposition, mais des absurdités aussi désespérées que celles que j’entends depuis mon voyage aux États-Unis, je n’en ai jamais entendues de ma vie. Comment un bouclier financier pourrait-il être mauvais pour le pays ? Le prêt du FMI, qu’ils ont contracté, rappelons-le, peut-être que c’est cela qui leur revient maintenant, « le long ombrage des vieilles fautes », comme on dit, et ils tentent encore de s’en justifier. C’est possible. Un prêt du FMI, cela signifie que vous empruntez de l’argent et qu’en échange on exige de vous des mesures internes, des mesures touchant l’économie nationale. Par exemple : supprimer le 13ᵉ mois de pension. Ou le 13ᵉ mois de salaire. C’est ce qu’ils ont fait. Il est donc vrai que les gouvernements de gauche ont conclu avec le FMI des accords qui comportaient des mesures très dures pour les Hongrois. C’est pour cela que j’ai renvoyé le FMI chez lui. Nous sommes un pays hospitalier, même le FMI peut venir dîner chez nous, mais il n’est pas question qu’ils créent une situation financière qui contraindrait ensuite nos gouvernements à nuire aux citoyens hongrois. Donc je les ai renvoyés. C’est une vieille histoire. Le FMI, c’est un montage de crédit assorti de conditions politiques et économiques internes. Ici, il ne s’agit pas du tout de cela. Ici, il s’agit du fait que, dans le monde financier international, il existe quatre ou cinq instruments qui permettent à des pays amis de s’entraider si l’un d’entre eux se retrouve en difficulté. Je ne dis pas que si les États-Unis étaient en difficulté nous pourrions les aider, c’est théorique, mais le principe est celui de la réciprocité, même si l’inverse est plus probable. Si le forint s’effondre, si une attaque spéculative internationale frappe notre monnaie, ce que nous avons déjà vu, alors ces instruments s’activent. Il existe donc quatre ou cinq mécanismes établis dans la pratique financière internationale, certains utilisés par les banques centrales, d’autres par les gouvernements. Nous sommes actuellement en train de les recenser. Nous en dessinons les grands contours et, lorsque l’un d’eux sera nécessaire, nous nous adresserons aux Américains et nous l’activerons.

Plusieurs journaux internationaux ont insisté sur la proximité idéologique entre vous et l’administration américaine, estimant que c’est ce qui a rendu les négociations possibles ou fructueuses. Dans quelle mesure pensez-vous que cela a compté ?

C’est l’essentiel. Tout repose là-dessus. Pourquoi les États-Unis considèrent-ils la Hongrie comme un pays ami ? Et pourquoi le précédent gouvernement américain, un gouvernement de gauche, considérait-il la Hongrie comme un adversaire ? Nous ne les avons pas attaqués, nous ne pouvons pas leur causer de tort au point qu’ils devraient nous détester ou être en mauvais termes avec nous. Et pourtant, avec le précédent gouvernement démocrate, nous avions de mauvaises relations, alors qu’avec l’actuel gouvernement américain, disons de droite, national, chrétien ou conservateur, nous avons de bonnes relations. La raison en est simple : nous voyons le monde de la même manière. Chacun identifie ses propres problèmes, et nous constatons que nombre de ces problèmes se ressemblent. Nous apprenons les uns des autres, nous observons comment l’autre s’y prend. Prenons par exemple l’un des piliers, peut-être le plus important, de la politique américaine actuelle : protéger les États-Unis contre l’immigration illégale. Eh bien, le gouvernement hongrois part exactement du même principe ! Nous disons que seuls peuvent venir vivre ici ceux à qui nous donnons la permission, pas ceux que Bruxelles veut nous imposer. C’est pourquoi les critiques adressées à Bruxelles, que ce soit depuis Washington ou depuis Budapest, reposent sur le même axe : aucune puissance extérieure ne peut imposer sa politique migratoire à un pays qui souhaite la refuser. De même, les valeurs chrétiennes sont extrêmement importantes pour le gouvernement américain. Ils sont peut-être, de ce point de vue, dans un meilleur état spirituel que nous, difficile à mesurer, bien sûr, mais c’est le sentiment que l’on peut avoir. Nous aussi, nous mettons en œuvre une gouvernance moderne d’inspiration chrétienne. La politique de paix est également un point commun : les États-Unis sont convaincus que la paix est dans l’intérêt de l’Amérique. Transposé à la Hongrie dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, c’est parfaitement clair. Nous aussi, pour des raisons humanitaires et économiques, nous avons besoin de la paix chez notre voisin. Et je pourrais continuer : le soutien à la famille, par exemple. Les États-Unis ont enfin un gouvernement favorable à la famille. Auparavant, ils soutenaient le mouvement LGBTQ, encourageant des formes de vie douteuses, complexes, contraires à l’ordre naturel, et finançaient même des politiques permettant à des activistes LGBTQ d’entrer dans l’éducation des enfants au détriment des parents. C’est terminé. Aujourd’hui, leur politique familiale ressemble à la nôtre : protéger la famille, les enfants, les droits des parents, et ainsi de suite. Cette convergence est le fondement de notre coopération économique.

Vous avez évoqué la guerre, et c’est un sujet dont on a finalement peu parlé cette dernière semaine : quels progrès ont été accomplis ? Qu’est-ce qui s’est passé lors des négociations ? Vous avez indiqué avoir proposé les capacités, les capacités de la Hongrie, dont vous disposez pour aider Donald Trump à parvenir à la paix. Quelles sont ces capacités ? Y a-t-il eu la moindre avancée ?

Je ne souhaite pas entrer dans les détails, car la préparation d’un grand sommet de la paix à Budapest est en cours. La contribution de la Hongrie, sa valeur ajoutée pour la cause de la paix, c’est que nous sommes le seul pays européen à avoir maintenu des canaux diplomatiques ouverts avec la Russie. Nous sommes le seul pays à rester en contact permanent avec eux, à négocier avec eux, et je suis le seul Premier ministre en Europe capable, lorsque c’est nécessaire, de parler, et souhaitant parfois parler, au président russe. C’est une capacité essentielle dans la préparation de la paix : si vous n’êtes pas en situation de parler à quelqu’un, comment voulez-vous faire la paix ? Et aujourd’hui, pour diverses raisons, c’est la Hongrie qui détient cette capacité. Inutile d’en détailler les raisons maintenant : il y a trop d’éléments personnels. J’ai passé dix ans, plus encore, à faire en sorte que les relations russo-hongroises, malgré un lourd passé historique, soient rationnelles, bénéfiques pour les deux pays, et particulièrement pour les Hongrois. Et voilà qu’aujourd’hui, dans une situation totalement inattendue, dans une guerre inattendue, cette énergie investie au fil de plus d’une décennie porte ses fruits. C’est ainsi que nous nous retrouvons dans cette position.

Puisque vous mentionnez l’Europe : Bruxelles a réagi presque immédiatement après l’annonce de l’exemption américaine, en indiquant qu’à partir de 2027, il sera interdit d’importer du pétrole russe dans l’Union européenne. Que vaut alors l’exemption américaine, si Bruxelles ne nous accorde pas la même chose ?

Jusqu’ici, dans la bataille pour protéger les factures énergétiques, nous avions deux fronts : le gouvernement de gauche américain, et Bruxelles, qui globalement est encore plus à gauche, l’univers des bureaucrates bruxellois. Nous avons stabilisé le front américain, mais celui de Bruxelles reste ouvert : il nous faudra encore nous battre. C’est un débat intellectuellement intéressant, même si la dimension vitale l’emporte sur l’intellect. Car le montant des factures d’énergie, c’est la question même de la subsistance des familles ; une question cruciale. Les Bruxellois ont trouvé une parade : puisqu’à chaque fois j’ai mis mon veto aux sanctions visant l’énergie russe, chaque fois qu’ils proposaient une sanction qui aurait été néfaste pour les foyers hongrois, je l’ai bloquée, souvent seul contre vingt-six, et puisque je continuerais à les bloquer, ils ont décidé que ces mesures ne seraient plus des sanctions. L’interdiction d’importer l’énergie russe ne serait plus une sanction, mais une mesure de politique commerciale. Or les sanctions exigent l’unanimité ; les mesures commerciales, une majorité suffit. Voilà le jeu auquel ils se livrent. Il s’agit d’une violation flagrante du droit européen, de l’État de droit, de l’idée de coopération européenne. C’est un contournement de tout ce sur quoi repose la coopération entre les États européens. C’est la pire chose que Bruxelles puisse faire. Ils en paieront un prix élevé : la Hongrie est un petit pays, mais tous ceux qui cautionnent cette méthode s’en mordront les doigts, car eux aussi pourront être contournés, un jour, par un dispositif contraire à la constitutionnalité européenne, comme c’est le cas ici. Nous allons bien sûr porter l’affaire en justice : nous ne l’acceptons pas. Je combats sur le front bruxellois par plusieurs moyens pour défendre les factures d’énergie hongroises. D’abord, nous n’acceptons pas cette méthode ouvertement illégale et contraire aux valeurs européennes visant à neutraliser un gouvernement national qui n’est pas d’accord, la Hongrie. C’est pourquoi nous saisissons la Cour de justice de l’Union européenne. Et parallèlement, je cherche d’autres instruments, non juridiques, pour détourner Bruxelles de cette intention. Ils existent, mais permettez-moi de ne pas les détailler : ce sera pour après la bataille.

L’Union européenne considère les sanctions et l’interdiction du pétrole russe comme un moyen de soutenir l’Ukraine. Hier encore, elle a transféré près de 6 milliards d’euros supplémentaires à l’Ukraine, alors même que le pays est secoué par un vaste scandale de corruption. Quelles conclusions Bruxelles doit-elle en tirer, selon vous, puisque de nombreuses aides financières semblent concernées ?

Il y a la question fondamentale, et il y a les questions secondaires. La question fondamentale est la suivante : qu’est-ce qui sert le mieux les intérêts de l’Europe, la paix ou la guerre ? Ma réponse est claire : la paix sert mieux les intérêts de l’Europe. Tous les efforts devraient donc tendre vers la paix. Malheureusement, tout le monde ne partage pas la vision hongroise. De nombreux pays considèrent que la guerre leur est plus avantageuse que la paix, et ils prennent un risque colossal. Petit à petit, ils entraînent l’Europe dans cette guerre. Ils fournissent des armes, de l’argent, de la technologie, et on discute déjà ouvertement de savoir s’il faut, et comment, envoyer des soldats. Le risque d’une extension du conflit, en raison des dirigeants bellicistes d’Europe occidentale, est aujourd’hui quotidien. Bruxelles joue un rôle clé dans l’essor de ces partisans de la guerre. Voilà la situation de base. Tout le reste n’est que secondaire. Si vous placez mal les pièces sur l’échiquier dès le départ, la partie est perdue : vous avez tout faussé. Et aujourd’hui, les pièces sont mal placées. Les Européens doivent réorganiser l’échiquier, faire volte-face et avancer vers la paix plutôt que vers la guerre. Chaque décision doit être comprise dans cette optique : sinon, ils feront entrer la guerre en Europe, ils videront les caisses, et ils détruiront l’économie européenne. Ils ont déjà brûlé plus de 185 milliards d’euros. Une somme hallucinante ! Si cet argent avait été investi dans l’économie européenne, elle ne se porterait pas comme aujourd’hui. Et ils veulent encore brûler des dizaines de milliards supplémentaires, alors que nous n’avons déjà plus d’argent. Que font-ils ? Ils veulent emprunter, endettant ainsi toute l’Europe. Les conséquences de leur mauvaise politique ne pèsent pas seulement sur notre niveau de vie actuel : nos enfants et nos petits-enfants en subiront aussi les effets. C’est pour cela que je me bats avec autant d’acharnement, si je puis dire : avec raison, calmement, mais sans jamais abandonner ma position, pour que nous ramenions l’Europe hors de cette trajectoire de guerre. Pas seuls, car ce n’est pas possible, mais en trouvant des alliés pour y parvenir.

Dans la situation économique actuelle, le gouvernement a décidé cette semaine de verser la première partie de la quatorzième mensualité de pension, et les compléments de retraite seront également transférés cette semaine. Quels critères prenez-vous en compte pour de telles décisions ? Beaucoup estiment qu’un soutien aussi généreux comporte des risques budgétaires, surtout dans la période que nous traversons.

On peut voir les choses ainsi. Je ne vais pas prétendre que ce que disent les partis de gauche, la DK et Tisza, ne mérite aucune considération. Car lorsque vous prenez des mesures de long terme, comme accorder une exonération fiscale totale aux mères, rendre non imposables les allocations de maternité ou de garde, ou introduire une quatorzième mensualité de retraite, vous vous engagez sur des obligations financières durables. Et pour le faire, il faut avoir une vision de l’avenir, appelons cela élégamment une vision. Car il est possible que cela tienne cette année, mais qu’en sera-t-il l’an prochain, ou l’année d’après ? C’est donc un débat ouvert : personne ne peut affirmer détenir seul la vérité. La question est de savoir si les considérations qui fondent votre décision sont solides ou non. Moi, j’affirme que nos décisions le sont. Elles reposent sur des bases financières et économiques stables. Elles sont soutenables. Et il faut les mener à bien, même contre l’opposition de la gauche. Oui, Tisza et la DK ne soutiennent pas la quatorzième mensualité : c’est vrai. Eux veulent réformer le système de retraite. C’est une mauvaise idée, la quatorzième mensualité, elle, est une bonne idée. Ils ne soutiennent pas non plus notre modèle de politique familiale, qui consiste à accorder une exonération fiscale aux mères ayant au moins deux enfants. Nous pensons que c’est possible. Ils ne soutiennent pas le doublement des avantages fiscaux liés aux enfants, estimant que le budget ne peut pas l’encaisser. Nous pensons que si. Et je pourrais continuer. C’est un véritable débat.

Mais, par exemple, le parti Tisza déclare officiellement ne pas s’exprimer sur ces sujets : ce seraient leurs experts qui le feraient. Pourtant, un politologue a dit récemment, précisément en s’adressant à ces experts, que ce n’est pas maintenant qu’il faut expliquer sa vision du monde : pour l’instant, il faut seulement se concentrer sur la victoire électorale. Comment mener un vrai débat dans ces conditions ? Comment l’électeur peut-il y voir clair sur ce que chacun pense réellement ?

C’est pour cela qu’existe la consultation nationale. Des millions de Hongrois ont reçu un questionnaire. Je leur demande de le lire, de réfléchir, de le remplir et de le renvoyer, car c’est là que se déroule le débat. Que dans la vie politique certains jouent les malins, refusent de dévoiler leurs intentions alors même qu’ils aspirent au pouvoir, et qu’ils le font avec Bruxelles à leurs côtés, cela ne devrait pas représenter une grande difficulté intellectuelle. Tisza et la DK sont des partis de gauche. Leur politique économique est de gauche : augmenter les impôts, renforcer la dépendance vis-à-vis de Bruxelles. Ce sont deux erreurs majeures, mais c’est cela, être de gauche. Tout le monde peut le comprendre : nul besoin d’être physicien nucléaire. Le plus simple des citoyens hongrois voit bien de quoi il s’agit. De l’autre côté se trouve un gouvernement national. Voilà comment les choses se présentent. On dit souvent : si quelque chose ressemble à un canard, marche comme un canard et cancane comme un canard, alors c’est un canard. Eh bien, Tisza et la DK sont des partis de gauche. Point. Ils veulent appliquer une politique économique de gauche, sous tutelle bruxelloise. Je pense que les Hongrois comprennent cela. Nous pouvons mener ce débat même si la DK et Tisza veulent cacher leurs véritables intentions. D’abord, ils finiront de toute façon par se trahir. Il y a un vieux dicton : dans la vie d’un homme, c’est la plus petite partie du corps qui lui cause le plus de tort, la langue. En politique, où la parole est indispensable, on finit toujours par se dévoiler. Chaque semaine, ils se laissent prendre, au lieu de défendre clairement leurs idées : ils rusent, ils disent et ne disent pas à la fois. Cela ne fonctionne pas : les gens le voient. Ensuite, on ne peut certainement pas museler les experts. Les experts vivent du fait d’exposer leur expertise. Ils s’expriment, ils montrent ce qu’ils savent. Selon moi, les choses sont claires comme le jour. La consultation nationale met tout cela en lumière. Et à mesure que nous approchons des élections, ce sera de plus en plus évident : il existe une politique économique de gauche – DK, Tisza ; et une politique économique nationale – Fidesz. Il existe une politique étrangère nationale fondée sur la souveraineté – Fidesz ; et une politique fondée sur la subordination à Bruxelles – DK et Tisza. Chaque jour, tout cela devient plus clair. C’est précisément le rôle d’une campagne : clarifier ces questions afin que les citoyens puissent décider en comprenant réellement la situation. La consultation aide en ce sens.

Parlons encore d’un autre sujet : vous avez décidé de doubler l’allocation de base versée aux parents d’accueil. Comment cela s’inscrit-il dans les mesures de protection de l’enfance adoptées ces dernières années ? L’opposition a d’ailleurs attaqué le gouvernement avec le plus de virulence précisément sur ce terrain, ces derniers mois.

Je ne peux pas dire qu’il n’y ait aucune part de vérité dans ce qu’ils avancent. Nous parlons d’un domaine extrêmement difficile. Il s’agit d’enfants qui, pour une raison ou une autre, n’ont plus leurs parents et ont été retirés de leur famille biologique. Normalement, lorsqu’un enfant perd ses parents, il y a un oncle, une tante, un grand-parent, un parrain, une marraine pour prendre le relais dans ces situations. Mais il arrive que même ce filet de sécurité n’existe plus : alors l’enfant sort du cadre familial. Que doit-il se passer dans ce cas ? Dans la culture européenne, et je pense aussi dans le cœur du peuple hongrois, dans nos instincts les plus profonds, il est évident qu’on ne peut pas abandonner les enfants. Nous ne voulons pas d’enfants des rues. Je pourrais citer des pays où l’on ne se préoccupe pas de ces enfants, où l’État ne considère pas leur éducation comme sa responsabilité. Mais chez nous, nous vivons encore dans un monde hongrois normal. Un enfant est ce qu’il y a de plus important. Chaque Hongrois, lorsqu’il voit un enfant, pense au sien. Et naturellement, si un enfant est en difficulté, la réaction instinctive est de vouloir l’aider. C’est ce que nous sommes. C’est pourquoi la Hongrie considère que, dans ces situations, l’État doit intervenir. Mais les destinées de ces enfants sont très dures, et il est très difficile pour l’État de bien fonctionner dans un contexte pareil. Les parents réapparaissent parfois. Élever un enfant sans ses parents est extraordinairement difficile, tout parent sait combien il est difficile d’élever son propre enfant, alors un enfant sans parents… Ces structures ne sont jamais au centre de l’attention politique. Elles ne reçoivent pas toujours la reconnaissance qu’elles mériteraient. Et comme ces enfants au destin difficile deviennent souvent vulnérables, dérivent, des figures louches, de type mafieux, gravitent parfois autour d’eux. C’est donc une tâche extrêmement délicate. Mais l’État ne doit pas renoncer à sa mission : il doit tenir bon, même dans ces conditions difficiles. Quelle est notre réponse ? Notre réponse, c’est qu’il vaut mieux trouver une famille pour le plus grand nombre possible d’enfants. C’est ce qu’on appelle le système de parents d’accueil : les enfants grandissent dans une famille, même si ce n’est pas la leur biologiquement. Et nous donnons à ces parents, qui accomplissent un travail extraordinaire et très difficile, la reconnaissance qu’ils méritent. Une reconnaissance morale, qu’ils ont toujours eue, et une reconnaissance financière aussi. Nous doublons donc le montant versé par enfant aux parents d’accueil. Nous doublons donc le montant versé par enfant aux parents d’accueil. Nous espérons, nous avons commandé des estimations, que l’augmentation substantielle de l’allocation encouragera davantage de personnes à devenir parents d’accueil, ce qui donnera à encore plus d’enfants la chance de grandir dans une famille. Mais il y aura toujours quelques enfants pour lesquels personne ne se présente. Ils doivent être pris en charge dans des institutions. À partir de là, deux voies s’offrent à nous. La première : faire confiance aux Églises. Pour ma part, j’ai confiance dans les Églises, qui disposent d’une expérience extraordinaire et d’un engagement moral profond dans ce domaine. Je serais heureux que de plus en plus d’enfants vivant en institution soient accueillis dans des établissements gérés par les Églises, et beaucoup le sont déjà. Mais même après cela, il restera des enfants pour lesquels l’État devra assurer la prise en charge, dans des institutions publiques. Et là, il faut établir des règles pour les protéger, les éduquer correctement, leur offrir un cadre structuré. Parce que l’éducation ne consiste pas seulement à aimer un enfant, mais à l’aimer bien, et cela inclut aussi la discipline. Ces décisions doivent être régulièrement revues et renforcées. Ces dernières semaines, la politique et le gouvernement ont beaucoup travaillé sur ce sujet. Nous avons pris des décisions : ce sont de bonnes décisions, excellentes pour les enfants et positives pour les parents d’accueil.

J’ai interrogé le Premier ministre Viktor Orbán sur les enseignements du sommet Hongrie-États-Unis, sur les plans de guerre de Bruxelles, et sur la situation des retraités.

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