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Discussion avec Viktor Orbán au Festival MCC

Gergő Kereki (Mandiner) : Bonjour ! Bonne journée à tous ! Je vous salue tous ici à Esztergom, au Festival MCC. C’est déjà la cinquième édition du Festival MCC. L’impact, la force d’attrait et l’importance en sont démontrés par le fait que Monsieur le Premier ministre a accepté l’invitation des directeurs et des organisateurs cette année. Merci beaucoup d’être venu ! Nous allons discuter avec Monsieur le Premier ministre pendant environ 60 minutes. Ne ferons donc pas durer le suspense. Et c’est parti. Le festival en est à son troisième jour avec des concerts à guichets fermés et d’innombrables artistes, sans que l’on ait entendu scander le « sale Fidesz », alors qu’il y a bien eu « À bas Trianon », « Ria, ria, Hungária ! » et « Sans toi » aussi À quel genre de festival êtes-vous venu, Monsieur le Premier ministre ?

Bonjour à tous ! En fait, j’aurais déjà dû venir aux précédentes éditions. Je ne dis ça non pas pour me vanter, mais pour me justifier, car je suis citoyen d’honneur de cette ville, ce qui est un grand honneur pour moi. J’ai été honoré par ce titre en raison de ma gloire militaire et mes exploits militaires de jeunesse, après les travaux de reconstruction du pont Mária Valéria, sous le tout premier gouvernement de droite modérée. Ne nous précipitons pas pour dire si le « sale Fidesz » retentira ou non, la soirée est encore longue, et demain, il y a toute une journée devant nous, on verra bien. Différentes modes se manifestent simultanément, je tiens à souhaiter à vous tous de passer une soirée agréable.

Monsieur le Premier ministre, comment expliquez-vous que cette attitude critique vis-à-vis du gouvernement a provoqué de telles vagues lors des festivals d’été qui ont eu lieu jusqu’à présent, parmi certains jeunes festivaliers, et particulièrement parmi quelques-uns des artistes s’y produisant ?

C’est un mystère dont le voile peut être levé de plusieurs manières. La solution que l’on choisit est une question de goût. Il existe des théories de complot suggérant qu’il y a du fric derrière tout ça et que par conséquent, il y a des gens qui sont payés pour cela. C’est un des aspects des choses. Mais moi, je ne suis pas partisan de cette interprétation, même si cela est vraisemblable, car je pense que cela simplifie la pensée humaine, ce qui n’est pas salutaire. Il vaut la peine de creuser un peu pour aller au fond des choses. L’autre interprétation possible c’est que cela arrive partout dans tous les pays à l’approche des élections. Pendant la campagne électorale aux États-Unis, tous les artistes progressistes ont souhaité envoyer le président Trump au diable et ils disaient de lui tout ce qu’il y avait à dire de négatif. Ici, c’est peut-être la version hongroise de ce phénomène. La troisième chose est peut-être un peu plus sérieuse, et il vaut peut-être la peine de prendre les jeunes plus au sérieux. De toute évidence, compte tenu de leur situation, la rébellion fait partie intégrante de leur existence. Et connaissant beaucoup de jeunes, je constate qu’il existe deux types de rébellion en Hongrie, car les jeunes ressemblent aux adultes : il y a des jeunes progressistes et des jeunes qui font partie de la droite nationale. En l’occurrence, la jeunesse libérale se rebelle contre le gouvernement et contre tout ce qui relève du pouvoir. Et comme nous sommes au pouvoir depuis une bonne douzaine d’années, ce sont nous qui sommes désormais dans leur collimateur. Une autre partie de la jeunesse, appartenant à la droite nationale, se rebelle également, mais elle s’oppose aux réseaux mondialisés, à la Fondation Soros, à Bruxelles et, généralement parlant, aux forces internationales qui veulent réprimer notre pays. Alors, détrompons-nous, il ne s’agit pas de dire que certains jeunes se rebellent et d’autres non, mais une partie de la jeunesse se rebelle contre ceci alors que l’autre partie contre cela. Et je pense que tant qu’il y aura des jeunes, cela se produira comme cela. Et c’est notre devoir en tant que parents de comprendre cela, car après tout, et même si ces jeunes nous crient dessus des grossièretés, c’est nous qui les avons élevés. Et cela est important. N’oublions jamais que ces jeunes sont nos enfants, ce sont nous qui les avons élevés. Il n’est pas inutile de nous rafraîchir la mémoire parfois pour nous rappeler ce que nous faisions à leur âge, ce que nous pensions et ce que nous criions par ici, par-là, et cela nous permettrait en fin de compte d’en faire une interprétation plus appropriée. Je recommande donc aux parents de faire preuve de sagesse et de sérénité en la matière.

Et y a-t-il un musicien dont les paroles sur scène ont été particulièrement blessantes ? Un musicien dont vous-même ou vos enfants appréciez la musique et qui vous a touchés au fond ?

Cela arrive toujours, non pas parce qu’ils me touchent au fond. Si l’on écoute des musiciens, ce n’est pas parce qu’ils sont d’accord avec nos idées politiques – la plupart du temps, on ne le sait même pas – on les écoute parce qu’ils font de la bonne musique. Mais quand quelqu’un te cherche, tu n’as plus envie de l’écouter. C’est compréhensible, je pense. Par exemple, quand je rentrais chez moi le soir et j’étais de mauvaise humeur – ce qui peut quand même m’arriver – je me mettais à écouter la chanson d’un jeune chanteur qui s’appelle Azariah et dont j’écoute parfois une chanson qui me fait remonter le moral, mais que je ne peux pas chanter parce que ça ne ferait aucun sens. Il s’agit de « Rampapapam ». Cette chanson me fait toujours du bien. Mais pour être honnête, depuis que l’artiste a qualifié tous les électeurs du Fidesz de « protozoaires », je n’ai plus envie de l’écouter. C’est comme ça. C’est une perte, cela ne me rend pas heureux, mais c’est la vie.

Dans le discours officiel l’on se demande depuis un certain temps si le Fidesz est capable toujours d’exercer un attrait sur les jeunes, car ces derniers ont déserté le parti, ou s’il y a un problème de jeunesse au sein du parti ou non. Des générations entières ont grandi dans des conditions où vous étiez le Premier ministre en Hongrie, car vous l’êtes depuis qu’ils sont devenus majeurs et ont obtenu le droit de vote. Nombreux sont ceux qui souhaiteraient se rapprocher de la Tisza, par exemple, précisément parce qu’ils ont eu assez de vous en tant que Premier ministre. Que pourriez-vous leur dire à ce sujet ? 

Je ne peux pas leur dire grand-chose à cet égard. Oui, je suis là, je le suis.

Mais quelles sont les mesures gouvernementales qui vous permettraient de dire à une jeune personne avec qui vous engageriez une conversation qu’elles ont eu un impact positif sur sa vie et que, par conséquent, et malgré la monotonie due au fait que vous êtes le Premier ministre depuis très longtemps, cela vaut la peine de voter pour le Fidesz ou de continuer de soutenir le Fidesz ?

L’on peut imaginer d’avoir de telles conversations, et je pourrais en parler longtemps si vous le souhaitez, je pourrais les dire ici aussi, mais cela ne changerait rien à la chose. Tâchons de nous souvenir de la personne que nous étions il y a 18 ans. Ce n’est pas facile, j’ai 62 ans maintenant. Quand on est jeune, la majorité des problèmes sont liées à la vie. Bien sûr, les jeunes formulent leur problème en cherchant à désigner quelqu’un qu’ils croient être à l’origine de celui-ci, mais la véritable question se pose au fait de la manière suivante : je suis sur le point d’entrer dans l’âge adulte, je ne veux plus être traité comme un enfant. Déjà, à l’âge de 16 ans je ne voulais plus être un enfant, alors je veux l’être encore moins depuis que j’ai atteint l’âge légal de la majorité. Je me souviens combien de fois je disais à mes parents « quand je serai une grande personne ». Un jeune qui devient adulte se voit confronté à tant de problématiques qui surgissent tout d’un coup. Tout d’abord, il faudra gagner ma vie, étudier, habiter quelque part. Ensuite, je suis déjà grand, personne n’a plus vraiment son mot à dire sur mes fréquentations, avec qui et quand je sors. Ensuite viendront les filles et les garçons. Il faut aussi déterminer ce qui est bien, ce qui ne l’est pas, ce qui convient et comment, et comment trouver finalement une sorte de bonheur, n’est-ce pas ? Car c’est ça la question. Ce sont des affaires très complexes. Et je répète encore une fois qu’il vaut mieux comprendre celui qui ne trouve pas de solution à ses problèmes et s’en prend au gouvernement. Mais personne ne pense ici que si je récite le programme conçu à l’attention de la jeunesse, ce que je vais faire tout à l’heure, cela ferait remettre les choses à leur place ou ferait disparaître les ressentiments. Je peux vous annoncer les choses suivantes : Si vous voulez étudier, vous avez droit à un prêt étudiant. Si vous travaillez, vous avez droit à un prêt salarié. Vous ne payerez pas d’impôt sur le revenu jusqu’à l’âge de 25 ans. Si vous êtes une femme et vous mettez au monde un enfant avant l’âge de 30 ans, vous ne payerez pas d’impôt sur le revenu. Maintenant, à 18 ans, c’est uniquement en Hongrie, nulle part ailleurs en Europe, que vous avez accès à un prêt logement dont les mensualités seront inférieures à la somme payée pour une location ou une sous-location. Vous pouvez devenir propriétaire dès l’âge de 18 ans, commencer à construire votre logement ou acquérir votre logement en remboursant vos prêts. Et quand vous aurez des enfants, vous ne devrez plus payer, ou bien vous bénéficierez d’un crédit d’impôt si vous avez déjà un enfant ou deux enfants ou trois enfants (nous doublerons ce montant bientôt). Et si vous êtes une femme et que vous avez deux enfants, vous ne payerez plus d’impôt sur le revenu après janvier de l’année prochaine, et ceci pendant toute votre vie. Alors, quand je dis ça aux Américains, je le dis en toute vitesse que chez nous c’est comme cela, ils me font : « C’est bien, et tous les jeunes voteront ainsi pour vous, n’est-ce pas ? » Ma réponse est non, non, absolument pas. Parce que les élections ne relèvent pas uniquement du domaine de la raison, il ne s’agit pas seulement des offres du gouvernement à la jeunesse. De nombreux autres critères y entrent également en jeu. Donc, je ne pense pas que ce soit notre programme mis au point à l’intention de la jeunesse qui nous rendra plus attractifs à leurs yeux. Il est peut-être bien plus judicieux de nous efforcer de réaliser ce à quoi nous devons aspirer en tant que parents, même si – je pense que c’est encore plus vrai pour nos petits-enfants – comme il y a un grand écart d’âge entre nous, il s’agit déjà de nous faire comprendre par l’autre. Tout d’abord, il est tout à fait concevable qu’il y ait une part de vérité dans ce qu’ils disent et ce qui devrait être pris en considération par nous. Et il y a sûrement aussi matière à réflexion dans ce que nous leur disons, il faut juste le dire de la manière appropriée, pour qu’ils puissent le comprendre, pour qu’ils puissent se mettre sur la même longueur d’onde que nous. Ce n’est pas facile – moi aussi, j’ai beaucoup d’enfants et de petits-enfants, des jeunes qui sont du côté de la droite nationale, avec lesquels il n’y a pas de grands écarts idéologiques, évidemment, – mais ce n’est pas facile pour eux de se mettre sur la même longueur d’ondes sur tout, surtout lorsqu’il s’agit des thèmes à contenu intellectuel. Je préfère donc la sérénité, la tranquillité, la compréhension, le dialogue. Tâchons de comprendre les idées de l’autre, et de nous connecter avec lui d’une manière ou d’une autre. Si nous y parvenons, alors les jeunes se révolteront bien plus contre les ennemis du pays que contre un gouvernement patriotique qui protège la patrie. C’est là que je vois une véritable chance de réussite.

Depuis un an, un nouveau sondage d’opinion sort pratiquement chaque semaine. Certains donnent l’avantage au Fidesz, tandis que l’autre partie des sondages d’opinion s’efforcent à surenchérir les autres intervenants affirmant que la Tisza mène actuellement de 10, 15 ou 20 %. Monsieur le Premier ministre, quand vous voyez cela le matin en lisant la revue de presse ou Magyar Nemzet, qu’en pensez-vous ?

Je pense que l’adversaire est assidu, que la campagne a donc démarré. Dans le jargon américain, il existe un terme consacré, on parle de « push poll », qui désigne un sondage d’opinion qui est réalisé non pas dans le but de décrire la situation donnée, mais pour influencer ceux qui le consultent. C’est un genre bien connu, enseigné dans les écoles de sciences politiques. Je ne dis donc pas qu’il ne faut pas y prêter attention, mais il ne faut pas lui attacher trop d’importance. Mais comment se faire une idée de la réalité de l’opinion publique ? Car il est important de la connaître. La seule façon d’y parvenir est de faire soi-même des sondages ou de les faire faire. À la différence de Churchill, qui disait qu’il ne croyait qu’aux statistiques qu’il avait lui-même falsifiées, ce qui est une phrase pleine d’esprit, mais elle ne nous rapproche pas de la solution, je pense que nous avons besoin de sondages d’opinion qui brossent une image réelle de sa situation, de sa popularité, de ses chances de remporter les élections, de quelques problématiques qui sont importantes et qui passionnent le public. C’est une bonne chose que d’avoir des retours là-dessus. Nous travaillons avec ce genre d’éléments. J’ai donc une vision claire de notre situation actuelle et, à partir de là, je peux me faire une idée sur l’objectif réaliste à atteindre lors des prochaines élections. Nous travaillerons dur et nous remporterons très largement les élections à venir. C’est ce que je peux dire à tout le monde. Il y a cependant ici un phénomène nouveau auquel, si vous aviez souhaité me le demander, j’aurais été heureux de vous répondre, mais j’arrive peut-être quand même à dire que ce qui se passe n’est pas ce que beaucoup de gens croient, et que les jeunes sont particulièrement concernés, que la collecte d’informations politiques et les débats politiques ont été complétés par des débats qui se déroulent dans l’espace numérique. C’est ce que l’on a tendance à croire, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas le cas. Ce qui s’est produit, et ce dont nous devrons tenir compte sur le long terme, présente un sérieux défi intellectuel pour tous ceux qui sont impliqués dans la vie publique du fait que toutes les informations et tous les débats se sont déplacés dans l’espace numérique. Ainsi, la vie politique traditionnelle, au lieu d’avoir été enrichie d’un élément nouveau, est menée désormais dans un nouvel espace. Et les spécificités de ce nouvel espace sont différentes. Les particularités linguistiques, la logique de l’argumentation, la vitesse de l’information également. C’est une nouveauté qu’il faut s’approprier. Et si la droite nationale ne s’y met pas et elle cède l’espace aux forces de gauche, mondialistes et libérales, qui y font leurs agissements depuis des années, presque sans entrave et avec agressivité, si nous nous laissons faire et ne comprenons pas que nous devons pouvoir tout expliquer dans cet espace numérique aussi, et il ne s’agit pas d’écrire la même phrase que l’on mettrait dans Magyar Nemzet, nous n’irons pas très loin avec cela. Il s’agit d’adopter un langage différent, et si nous ne réussissons pas à le dire autrement, notre pouvoir de persuasion diminuera. Et si on ne détient pas ce pouvoir de persuasion, il ne suscitera pas de sympathie, on n’aura pas de soutien, et pas de victoire non plus. C’est ainsi que la droite est placée devant un grand défi. Nous avons besoin d’occuper l’espace numérique, le conquérir pour nous y sentir chez nous, y faire dérouler nos débats et y exprimer nos idées. Cela pourrait aussi nous rapprocher des jeunes qui ne font que ça, qui sont là tout le temps, qui s’y traînent, si j’ai bien compris. Cela pourrait aussi nous rapprocher des jeunes qui ne font que ça, ce n’est que là qu’ils sont présents, ils y passent tout leur temps, si je vois bien ce qui se passe. Et je vous dirai aussi qu’ils ne sont pas les seules à le faire, car lors du sommet des chefs de gouvernement à Bruxelles– nous sommes 27 – quand je regarde autour de moi, rares sont ceux qui ne sont pas en train de suivre les actualités. Il existe donc cette addiction en politique aussi ; tout s’est accéléré, raccourci, et tu tiens à te tenir au courant. Si tu ne réagis pas, tu n’es pas au courant, tu peux rater quelque chose, et cela remonte jusqu’au sommet de la hiérarchie, là où je suis. Il s’agit donc d’un changement d’envergure. Nous n’en voyons pas encore pleinement les perspectives, moi non plus, mais nous devons y réfléchir et le suivre, car l’intelligence artificielle entre également en jeu et cela va tout changer. Et nous ne comprendrons pas que nous avons pris l’engagement d’accomplir – mettons – dix choses importantes en matière de gouvernance, et nous les avons accomplies pour de bon, nous avons donc tenu nos promesses, nous sommes nombreux à nous rassembler, alors qu’au final, l’opinion publique ne correspond pas à celle que nous avons tenu pour acquise. Nous devons donc nous sentir à l’aise dans cet espace numérique. C’est une tâche intellectuelle importante pour nous tous, non seulement pour le premier ministre, mais pour tous ceux pour qui le salut de la patrie, la défense de son pays et la souveraineté de son pays sont importants. Ici, j’invite tout le monde de rejoindre les Cercles civiques numériques. En bref, je voulais prononcer ce discours de campagne en guise de recrutement.

De toute évidence, le Warriors’ Club (Club des guerriers) et le Circle civique numérique ont été créés en réponse à ce phénomène, et – je pense – que, Monsieur le Premier ministre, vous avez donné tellement d’interviews en podcast ici au cours de ces deux derniers mois qu’il me devient difficile de vous poser des questions, car je les ai regardés tous, tous les quatorze ou quinze, et il ne nous reste pratiquement plus aucun nouveau thème à aborder. 

Allez, n’y renoncez pas! N’y renoncez pas!

Mais il y a encore une chose. Je voudrais citer le politologue Gábor Török, qui affirme que le Cercle civique numérique et le Club des guerriers sont tous deux des outils de communication politique, n’est-ce pas, mais il soulève la question pour voir, si c’est le défi posé par la communication politique qui menace le plus la réélection du Fidesz en 2026, ou l’état de la conjoncture économique actuelle pratiquement stagnante en Europe et en Hongrie aussi. Prenons l’exemple de toutes les élections ayant eu lieu depuis le changement de régime intervenu en 1990. Un gouvernement ne pouvait remporter les élections que si le pays affichait une croissance économique de 3 à 5 % au cours de l’année des élections et l’année d’avant. Nous pouvons citer un exemple négatif. Alors qu’en 2002, la croissance économique atteignait 3 à 5 %, c’était le Parti socialiste qui a remporté la victoire lors des élections de 2002 tout comme en 2001. Mais chaque fois qu’un gouvernement a réussi à rester en place, la conjoncture économique était bonne. Or, c’est la troisième année maintenant en Hongrie où la conjoncture économique n’est pas favorable, la croissance n’est pas significative, elle n’atteint pas les 3 à 5 %, et les analystes se demandent si la conquête de l’espace de communication numérique, ou les tentatives en ce sens, suffiront, et que si le véritable danger pour le Fidesz ne réside pas dans la conjoncture économique. 

Je pense qu’il y a une part de vérité là-dedans, mais ces dangers ne s’excluent pas mutuellement, mais ils coexistent au contraire. Le problème de l’espace numérique est donc bien réel, tout comme celui de la conjoncture économique. Et si je fais des podcasts, c’est parce qu’il faut aller là où les gens se trouvent, sinon je finirai par ne parler qu’à moi-même. Donc, s’ils écoutent des podcasts, il faut aller là où ceux-ci sont créés. Venons-en maintenant au Club des guerriers et au Cercle civique numérique. Organiser un collectif de citoyens patriotes et chrétiens est une tâche complexe. Je ne veux pas me plaindre, car on ne s’attend pas à ce que je m’y lance, mais cet univers est tellement diversifié que le maintenir uni, le fédérer, le faire bouger simultanément quand il le faut est une tâche extrêmement difficile. C’est pourquoi le Club des guerriers, par exemple, est constitué de guerriers. Il s’agit de ceux qui sont vus comme la pointe du fer. Ceux qui sont prêts à s’engager, à s’impliquer, participer aux débats, qui prennent quelques claques pour en distribuer également quelques-unes, et pensent que c’est comme cela que le monde fonctionne, et sont prêts à se battre. Eh bien, la majorité des gens dans notre camp n’est pas comme ça. Et la majorité des Hongrois n’est pas comme ça du tout. Ils n’aiment pas se gifler, ils n’aiment pas se bousculer, ils refusent les débats inutiles, ils ne veulent blesser personne, ils ne veulent pas non plus être blessés, ils veulent parler des choses qui ont un sens, ils veulent tout simplement vivre en paix. Ils veulent aimer leur ville, leur famille, leur pays, ils veulent faire quelque chose, et ils veulent vivre en paix. Ce n’est pas l’univers du Club des guerriers, c’est un monde différent. Nous vivons dans un monde numérique civique où de plus en plus de personnes aiment leur patrie, s’engagent et agissent pour elle. Mais cette vie publique, qui descend de plus en plus bas, ne leur appartient plus. Et ils doivent eux aussi être présents, être chez eux quelque part, avoir un impact, et j’ai aussi besoin d’eux, tout comme de ces guerriers, car croyez-moi, je suis heureux de marcher au premier rang, mais si je regarde en arrière et je vois qu’il n’y a personne, l’ennemi finira également par le remarquer. C’est donc une bonne chose qu’il reste quelques-uns d’entre nous qui se mobilisent. Pour en venir à l’économie. Certes, l’économie mérite d’être évoquée en elle-même, car elle représente le destin de dix millions de Hongrois, car elle n’est rien d’autre que l’avenir économique de ces dix millions de personnes, et elle mérite également d’être traitée en tant que problème politique. Quel impact cela aura-t-il sur les élections ? L’économie est une question sérieuse, commençons par là. Pour remettre l’économie hongroise sur la voie d’une forte croissance, nous devons d’abord instaurer la paix. En temps de guerre, dans des conditions où il y a une guerre à proximité, ce qui maintient les prix de l’énergie à un niveau élevé, et où, en plus de cela, les pays de l’Union européenne envoient des sommes importantes à l’Ukraine pour financer la guerre, il devient impossible d’avoir une forte croissance économique. Nous devrions nous réjouir déjà de pouvoir protéger ce que nous possédons actuellement. Je tiens à faire des efforts en vue de protéger nos biens, et, même en l’absence de forte croissance économique, nous ne renoncerons pas à certains objectifs ambitieux, importants pour nous tous, et nous faisons tout notre possible pour les atteindre. Depuis six mois, je ne m’arrête pas de me démener, de me battre, de forger, et de retailler ce programme d’accès au logement au taux de crédit de 3 %. Car ce que nous avions imaginé en début d’année reposait sur l’idée que nous aurions une année de paix devant nous, ce qui entraînerait une croissance économique plus forte. Or, ce n’est pas le cas. Alors, ou bien tu abandonnes ton projet qui permettrait de réaliser une percée significative en matière d’accès au logement, tu abandonnes l’objectif de à rendre possible à chaque Hongrois de posséder son propre logement, et tu te dis : « Mes chers compatriotes, il y a la guerre, on n’arrivera pas à réaliser cet objectif », ou bien tu trouveras la solution qui permettra d’y parvenir. Je travaille avec mes collègues depuis six mois pour trouver une solution malgré tout, et j’ai l’honneur de vous annoncer maintenant qu’à partir du 1er septembre, il sera possible de se rendre à la banque et contracter un prêt immobilier à 3 %, quel que soit son statut matrimonial ou son lieu de résidence, et même les plus jeunes pourront devenir propriétaires de leur logement. Je ne sais pas si c’est un objectif susceptible de rendre enthousiaste qui que ce soit, mais je peux affirmer avec certitude qu’il n’existe aucun endroit en Europe où il deviendra possible pour toi, mon ami, qu’à l’âge de 18 ans révolus tu pourras te décider de vivre dans ton propre logement. Ils ont beau aller travailler en Allemagne, ce ne serait jamais pareil là-bas. Ils gagneraient peut-être mieux leur vie, ils feraient peut-être des économies, mais très peu de Hongrois parviendront à devenir des citoyens allemands respectés en tant que propriétaires de biens immobiliers. Une telle offre n’existe nulle part ailleurs en Europe. Il y a la guerre, il n’y a pas de grande croissance économique, mais nous, nous l’avons fait. Je voulais parler également de la révolution fiscale. C’est un thème de grande importance. Il s’agit au fait des familles et des femmes, et plus particulièrement des mères. Depuis très longtemps, je souhaite que les femmes qui décident d’avoir au moins deux enfants en travaillant pendant leur grossesse bénéficient non seulement d’allègements fiscaux tant que leurs enfants sont mineurs, mais soient également exonérées d’impôt sur le revenu à vie. Il n’existe rien de tel nulle part ailleurs dans le monde ! Je me suis dit – et je ne suis pas le seul à le penser, j’ai beaucoup de consultations et de discussions derrière moi, donc j’exprime l’opinion de milliers de personnes – et je sais que, bien sûr, il existe différentes familles, certaines d’entre elles sont stables, d’autres le sont moins, mais on ne peut pas exiger des femmes qu’elles aient plus d’enfants dans un contexte où le taux de divorce atteint 50 % et où elles sont susceptibles de se retrouvent seules avec leurs enfants dans l’incertitude financière. Par conséquent, je pense que les femmes, les femmes qui ont des enfants, devraient absolument être soutenues afin qu’elles ne se retrouvent en aucun cas dans une situation de vulnérabilité financière. C’est précisément ce que vise cette révolution fiscale. Mes collègues répondent généralement : « C’est bien, d’accord, mais qu’en est-il des hommes ?» Il faudrait leur donner quelque chose aussi. Mais je leur réponds généralement : « Les hommes prendront soin d’eux-mêmes, car ils sont forts et généralement viables, c’est-à-dire qu’ils sont capables de travailler sur une plus longue période. De toute façon, ce ne sont pas eux qui restent à la maison pour garder les enfants, mais les femmes, et, par ailleurs, les hommes arriveront aussi à trouver leur place sur le marché du travail. » Là, il faut avant tout soutenir les femmes, les mères de famille. Et nous n’avons pas abandonné cette idée, malgré le fait que la croissance n’atteint pas 3 %, qu’il y a une guerre et que la situation économique est difficile, mais je pense malgré tout que nous devons nous efforcer à trouver une solution. Et c’est ce qui commence à s’esquisser. Nous avons augmenté de 50 % le montant du crédit d’impôt pour enfants à compter du 1er juillet, et nous l’augmenterons encore de 50 % à compter du 1er janvier. En octobre, les mères ayant trois enfants ne paieront plus d’impôt sur le revenu. À partir du 1er janvier, celles qui ont moins de 40 ans avec deux enfants ne seront plus assujetties à l’impôt à partir de 2027, les moins de 50 ans avec deux enfants ne seront plus assujetties à l’impôt, et les moins de 60 ans non plus. Et alors, tout le dispositif aura été déployé. Cela se produira, malgré tout ce que vous dites, c’est-à-dire que le Fidesz a un problème, le pays a un problème, l’économie a un problème concernant ses perspectives. Nous en sommes maintenant au point où après avoir parlé de l’économie nationale, nous pourrons entamer la dimension politique rattachée à l’économie. En effet, je ne peux pas rester les bras croisés et dire que tout va bien, allons-y, poursuivons notre chemin. Ce que je peux dire, c’est que vous voyez que le monde entier, et surtout l’Europe, est sans dessus dessous, on dirait du marc de café qu’on vient de remuer. Et même dans ces circonstances, nous avons défendu tout ce que nous avions accompli et nous avons réussi à réaliser quelques exploits importants. Mon engagement s’étend jusque-là. Je ne peux pas en dire plus. Si cela suffit, nous gagnerons. Si cela ne suffit pas, tant pis. Mais ce sera désormais une autre histoire.

En attendant, si nous écoutons également ce que dit l’opposition, selon son récit dans lequel elle tâche évidemment d’instrumentaliser ce sentiment de protestation et les difficultés économiques, que l’État ne fonctionne pas, que l’État ne fonctionne pas parce que le Fidesz a tout volé.

Oui.

Quand je consulte maintenant un article publié par 444, je lis pratiquement chaque jour que « en Hongrie, ce n’est que l’oligarchie liée au gouvernement qui s’enrichit alors que les services publics sont en ruine. Monsieur le Premier ministre, quelle est votre réponse à ces accusations et allégations ?

Ma réponse à la corruption est la suivante : depuis que nous sommes au pouvoir, au cours de ces derniers 15 ans, la richesse de l’État hongrois a doublé. Sa valeur n’a pas diminué de moitié ! Elle a doublé ! Aujourd’hui, le patrimoine national, qui est aussi le vôtre, vaut deux fois plus qu’en 2010. S’il avait été volé, sa valeur ne serait pas aussi importante, elle n’en ferait que la moitié de celle-ci. Mais il ne s’agit pas de la moitié, sa valeur est deux fois plus importante aujourd’hui. Deuxièmement, les services publics ne nous satisferont pas avant très longtemps, car ils nécessitent énormément d’argent. Par exemple, l’année prochaine nous dépenserons 280 milliards de HUF de plus que cette année pour la santé, qui est un service public. Et ce ne sera pas terminé. On verra bien des progrès quelque part, mais on sera encore loin de pouvoir dire que la santé se porte bien. Il est vrai que le ministre Lázár est en train de mettre en œuvre un programme fantastique de réorganisation du transport ferroviaire, avec l’achat de wagons et de locomotives, les uns après les autres. Le transport ferroviaire en Hongrie n’a jamais été aussi bon marché pour l’usager qu’aujourd’hui grâce aux abonnements qu’il a mis en place, mais je dirais que nous sommes encore bien loin de pouvoir dire que le réseau ferroviaire fonctionnerait bien. Les services publics feront donc l’objet de critique pendant encore longtemps. Si je devais exprimer cela en pourcentages, ce qui est assez risqué, je dirais qu’en 2010, si vous vous souvenez bien, il s’agissait de remettre sur pied un pays en faillite, alors qu’aujourd’hui, je dirais que nous avons accompli 70-75 % du travail. Le pays a donc parcouru plus de la moitié du chemin, mais il n’est pas encore au niveau que nous souhaiterions tous. Selon mes calculs, s’il nous reste encore quatre ans – le ministre Lázár m’a dit de ne pas préciser de dates – alors je n’annoncerai pas l’année, mais s’il nous reste encore quatre à six ans, alors je pense que l’on sera à même de dire, en matière des services publics également, que la Hongrie n’a rien à se reprocher, même par rapport aux pays occidentaux les plus développés. Mais jusqu’ici, nous n’avons accompli que 70-75 % de la tâche. Il faut encore du temps.

Monsieur le Premier ministre, vous avez déclaré tout à l’heure que la croissance économique est liée à la paix. Depuis trois ans, tout le monde attend la paix. Ici, si l’on examine les déclarations des autorités russes ou ukrainiennes, qu’il s’agisse du président Poutine ou du président Zelensky, ils affirment tous les deux aspirer à la paix. Pendant longtemps, Bruxelles tablait sur les sanctions en espérant qu’elles arrêteraient les Russes et les forceraient à faire la paix. À Budapest, ici en Hongrie, tout le monde espérait, y compris nous-mêmes, que grâce à la venue du nouveau président américain, épris de paix, la paix viendrait, mais cette paix ne veut pas venir, et nous en sommes maintenant au point où les États-Unis continuent à fournir des armes à l’Ukraine, faisant payer le prix fort à l’Union européenne. De plus, le président Trump a lancé un ultimatum de cinquante jours au président Poutine. Ainsi, l’on est encore loin de la paix, il n’y a que des dérives. Quand la paix sera-t-elle enfin rétablie ?

Pour tenter de répondre à ces questions complexes, nous devons clarifier deux choses, sans lesquelles il n’y a pas de réponse valable à la question : « quand la paix sera-t-elle rétablie ?» La première question à se poser est : quelles sont les causes de la guerre ? La seconde est : qui est en guerre contre qui ? Commençons par la première question : quelles sont les causes de la guerre ? Dans toutes guerres, les parties belligérantes ont l’habitude d’avoir recours à un moyen couramment utilisé dans les guerres et qui consiste à raconter tout et son contraire, aussi bien sur leurs propres intentions que sur celles de leurs ennemis. Bref, nous n’avancerons pas en les écoutant. Nous sommes donc livrés à nous-mêmes dans la recherche des causes de cette guerre. Les opinions sont très divergentes. Je peux vous donner la mienne. Les gens pacifiques que nous sommes, et ceux qui ont flairé la guerre il y a déjà longtemps, n’est-ce-pas, pensent comme nous en disant que la politique internationale est régie par un principe directeur consistant à dire ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est bon et ce qui est mauvais. Et vous voilà la mauvaise nouvelle : les choses ne se passent pas du tout comme cela. Eh bien, le principe directeur régissant la politique internationale est l’équilibre des forces. Il y a des pays, des puissances, des forces, et ces forces présentent un rapport de force qui assure la sérénité, un équilibre des forces, la paix, permet de construire, développer l’économie et rend possible qu’il n’y a pas de guerre. Si l’équilibre des forces est rompu, cela mène généralement à la guerre. Qu’est-ce qui a déclenché la guerre russo-ukrainienne ? Eh bien, cela est lié à l’adhésion à l’OTAN. Car les Occidentaux ont décidé tout comme l’Ukraine de rompre le statu quo qu’avait l’Ukraine jusqu’alors, un statut extrêmement désagréable appelé zone tampon, un no man’s land entre l’Est et l’Ouest. L’Est et l’Ouest s’accordent toujours sur l’influence qu’ils auront dans les affaires de la zone tampon. Les Ukrainiens ont donc décidé de rompre le statu quo et se sont rapprochés de l’Ouest. Ils déclaraient : nous sommes un peuple libre, nous avons le droit d’adhérer à l’OTAN et nous souhaitions y adhérer tout comme à l’Union européenne. L’équilibre des forces qui s’était établi entre les Russes, l’Est et l’Ouest, s’est alors effondré. La question était de savoir si les Russes accepteraient cela ou réagiraient contre cela. Pendant cette période difficile que nous avons connue nous-mêmes aussi, la situation était similaire pour nous en 1989-1990, jusqu’en 1999, date de notre adhésion à l’OTAN. J’ai réussi quand même à signer le traité d’adhésion. Nous avons eu de la chance jusque-là, car la Hongrie avait été retirée de la zone d’intérêt russe, elle avait servi de zone tampon pendant quelques années, puis notre adhésion à l’OTAN est devenue possible., car les Russes étaient suffisamment faibles à cette époque pour ne pas réagir, et ils étaient forcés de l’admettre. C’est ainsi que nous sommes devenus membres de l’OTAN, les Polonais, les Slovaques, les Hongrois, puis les Roumains. Cependant, les Russes sont entre-temps devenus plus puissants. Et aujourd’hui, la réalité est telle que si quelqu’un veut se rapprocher de la Russie en tant que force militaire, membre de l’OTAN, les Russes riposteront. Cela est arrivé à la Géorgie ; si vous vous souvenez, à la fin des années 2000, la Russie a réagi immédiatement, et c’est ce qui se passe également aujourd’hui. Si vous perturbez l’équilibre des forces, l’autre partie réagira. Les Russes disent oui, oui, l’Ukraine a le droit d’adhérer à l’OTAN et à l’Union européenne, mais cela ne nous attendrit pas plus que cela, car nous avons droit de prévenir que des armes de l’OTAN soient rapprochées de la frontière russe. Bien sûr, d’un point de vue juridique international, les Russes ont tort. D’un point de vue juridique international, les Ukrainiens ont raison. Du point de vue de l’équilibre des forces, ce que font les Russes est clair. Ils l’avaient bien annoncé. Ils créeront une zone tampon, sinon sur tout le territoire de l’Ukraine, du moins sur la partie frontalière de l’Ukraine avec la Russie. Ils occuperont le territoire d’où il ne sera plus possible d’atteindre la Russie. Ils l’avaient bien annoncé : telle est la situation. Nous pouvons sympathiser avec les Ukrainiens, et peut-être à juste titre, ou même les plaindre, même s’ils ne se comportent pas correctement avec nous, mais c’est la réalité. Toute violation de ces principes a des conséquences. Notamment, le risque d’une guerre mondiale est là, elle est à craindre. Telle est la situation actuelle. Nous devons donc comprendre que la paix ne sera instaurée que lorsque les Américains, l’Occident et les Ukrainiens reconnaîtront que les Russes ne permettront jamais que des armes occidentales soient déployées à proximité de leurs frontières occidentales, à une distance qui, du point de vue militaire, est significative. Nous devons d’abord comprendre cela. Ensuite, qui combat qui ? On dirait une guerre russo-ukrainienne, mais personne ne pense que les Ukrainiens survivraient un seul jour sans le soutien occidental. Et si quelqu’un soutient quelqu’un d’autre, et qu’il se lève uniquement parce qu’il le soutient, alors il est aussi en guerre. Autrement dit, l’ensemble de l’Union européenne, à l’exception de la Hongrie, et peut-être des Slovaques, est aujourd’hui, sans exception, en guerre contre la Russie. Seulement il ne s’agit pas d’une guerre ouverte ; dans notre langage spécifique, utilisé en politique, on parle de guerre par procuration. Une guerre par procuration est une guerre menée par quelqu’un au nom d’un autre. Or, les Ukrainiens mènent une guerre au nom des Occidentaux. Il n’y a pas lieu de douter que la plupart des pays de l’Union européenne prennent cette question au sérieux. J’assiste à ces réunions. Ce n’est ni de la propagande, ni de la vantardise, ni des paroles en l’air. Les dirigeants croient sérieusement que la Russie doit être vaincue dans une guerre menée sur le territoire ukrainien, et que, dans ce but, il faut donner de l’argent, des armes, tout ce dont les Ukrainiens ont besoin. Telle est leur position. Et quand je m’élève contre cela, il s’en faut de peu qu’on ne me passe au fil de l’épée. S’ils avaient des armes, je ne serais peut-être même pas en mesure de rentrer. C’est donc une affaire sérieuse, un débat sérieux, et nous nous démarquons des autres en la matière ; il y a lieu d’en prendre bonne note. La position de la Hongrie est qu’il n’est pas nécessaire de vaincre la Russie sur le territoire ukrainien, mais qu’il faut revenir au point de départ : il faut parvenir à un accord sur l’avenir de l’Ukraine entre l’Occident et la Russie, d’une manière qui soit également acceptable pour l’Ukraine. Mais ce n’est que nous qui disons cela. Tout le monde veut la guerre, sauf nous. C’est la vérité. Cela est donc de notre devoir, puisque je ne peux pas changer leur façon de penser et leurs plans, de faire de sorte que la Hongrie reste en dehors d’une situation de guerre aussi risquée. Nous devons rester en dehors de cette guerre. Pour vous donner une idée de l’ampleur de cette mission, il a y lieu de rappeler que nous voulions rester en dehors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, mais nous avons échoué à chaque fois. Bien sûr, on pourrait dire qu’il est exagéré de chercher des similitudes avec les guerres mondiales. Mais je rappelle à tous qu’aucune guerre mondiale n’a commencé par une déclaration de guerre mondiale. Une guerre a éclaté, de plus en plus de personnes s’y sont impliquées, et c’est comme ça qu’elle a fini par devenir une guerre mondiale. Elle a fini par être appelée guerre mondiale. Ce n’est pas ainsi que cela a commencé. Je ne sais pas comment la guerre russo-ukrainienne s’appellera dans cinq ans. Est-il question d’une guerre russo-ukrainienne ou de la première étape d’une guerre ultérieure ? Je l’ignore. Une chose est sûre, la Hongrie doit rester en dehors de tout cela. Et je sais aussi que – j’ai déjà donné une conférence sur ce thème cet été – rester en dehors d’une guerre n’est pas seulement une question d’intention. Rester en dehors d’une guerre exige de la force. Une force considérable. Il y a des conditions à remplir, il faut s’y préparer. Et depuis février 2022, depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, je ne fais que de m’efforcer d’accumuler des forces en Hongrie, forces dans le domaine de l’économie, forces militaro-industrielles et bien d’autres, y compris dans le domaine financier, afin de créer des forces en Hongrie pour nous soutenir et nous permettre de rester en dehors d’une guerre en expansion potentielle. Le gouvernement œuvre dans ce sens aujourd’hui. Je pense qu’aujourd’hui en Hongrie la politique est tout de même une question à prendre au sérieux. Ne prenons aucun risque, c’est mon avis, en pensant également aux élections. Mais je ne vous ai pas encore répondu et je ne voulais pas éluder la question : la paix c’est pour quand ? ou la paix existera-t-elle ? Ma position en la matière est différente, et, connaissant bien les deux protagonistes, il me semble que cette guerre ne prendra fin que lorsque le président des États-Unis et le président de la Fédération de Russie se seront rencontrés et auront trouvé un accord.

Ici, ni le droit, ni les opérations diplomatiques complexes n’auront de chance d’aboutir. Ce qui sera nécessaire, c’est que les deux dirigeants les plus puissants du monde, militairement les plus puissants peut-être, se mettent autour de la table des négociations pour arriver à un accord. Et pas seulement au sujet de la guerre russo-ukrainienne, mais sur toutes les questions d’envergure concernant le monde, notamment sur l’armement. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais nous sommes entrés dans une course aux armements. Nous voulons consacrer des sommes colossales à l’achat des armes. Cela atteint déjà 5 % du produit national brut au sein de l’OTAN ! L’Union européenne contracte des emprunts colossaux pour acheter des armes. Quand on emprunte de l’argent, il faudra le rembourser. Et comment des armes se rentabiliseront-t-elles ? Quand on les utilise. Nous nous sommes donc engagés dans le cercle vicieux de la course aux armements ce qui est extrêmement dangereux. Il faut y mettre un terme. Seuls des accords de contrôle et de limitation des armements peuvent y mettre un terme. L’Occident doit donc s’entendre avec les Russes sur les principaux types d’armement et sur la capacité d’action de ceux-ci. Nous devons donc nous mettre d’accord sur les types d’armement pour déterminer le volume dont dispose chacun des deux pays, il faut se mettre d’accord sur l’armement. Il faut se mettre d’accord sur l’approvisionnement en énergie à l’échelle mondiale, car le système des sanctions, qui exclut les Russes du commerce de l’énergie, est peut-être avantageux pour les Américains qui entrent sur le marché en vendant leur pétrole et leur gaz à un prix bien plus élevé, mais à long terme, cela détruira l’économie mondiale. Là aussi nous avons également besoin de passer un accord. Nous devons nous mettre d’accord sur le devenir des sanctions contre les Russes. Les capitaux étrangers pourront-ils entrer en Russie ? Pourrons-nous y faire des investissements ? Et dans quels secteurs ? La Russie pourra-t-elle pénétrer l’économie d’autres pays ? Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Il faudra trouver un arrangement sur toutes ces questions-là. Cela ne pourra pas se faire par le biais des négociations militaires bilatérales entre l’Ukraine et la Russie. Et tant que ces questions ne seront pas résolues, la guerre ne sera pas non plus arrêtée. Par conséquent, les deux dirigeants doivent parvenir à un accord sur un vaste programme global, et alors la paix reviendra. Je pense qu’il y a des chances pour y parvenir. Nous vivons actuellement une période de menaces. Mais cela se termine comme dans un mariage. L’on finit par rester ensemble, n’est-ce pas ?

Monsieur le Premier ministre, vous avez déclaré plus tôt, vous avez prononcé une petite phrase en disant que les Russes s’étaient entre-temps renforcés. Les dirigeants de l’Union européenne qui soutiennent l’Ukraine y font précisément référence lorsqu’ils évoquent leur objectif géopolitique déclaré. C’est justement parce que la Russie s’est renforcée, ils craignent qu’elle n’attaque après l’Ukraine, par exemple, les États baltes, et c’est précisément pour cette raison qu’il faudra arrêter la Russie en Ukraine. Monsieur le Premier ministre, que pensez-vous de cette opinion géopolitique ? Car, il est de coutume de dire évidemment que ce qui est attaqué doit être défendu, que l’Ukraine doit être défendue, on insiste donc d’habitude sur une obligation morale. Mais en plus de cela, il existe également des essais et des interprétations géopolitiques très sérieux selon lesquels la Russie doit être vaincue en Ukraine, sinon, après l’Ukraine, elle pourrait attaquer soit les États baltes, soit la Pologne.

Ne nous cachons pas ou n’esquivons pas la question morale. Je dis, moi aussi, que si un pays est attaqué, pour quelque raison que ce soit, et l’Ukraine a été attaquée, aide-le, si tu peux. aide-le, si tu peux! Quand les réfugiés partaient de là-bas par dizaines de milliers chaque jour, nous les avons tous accueillis, nous avons subvenu à leurs besoins, nous avons fourni de l’aide à tout le monde. Il y a encore des dizaines de milliers d’Ukrainiens ici en Hongrie aujourd’hui. Il est incontestable en même temps que nous sommes l’unique pays à avoir dit que l’aide publique attribuée aux Ukrainiens ne pourra pas être supérieure à celle dont peuvent bénéficier les Hongrois. Rien n’est gratuit dans la vie, surtout pas l’argent. Par conséquent, si un Hongrois n’a le droit aux allocations chômage que pendant trois mois, et au bout de trois mois il doit faire un travail d’intérêt général, alors, mon cher ami ukrainien, toi aussi tu devras faire la même chose. Nous ne pouvons pas donner plus que ce que nous avons. Nous sommes prêts à offrir la moitié de notre chemise, mais il n’est pas question de la totalité de celle-ci. Mais cela n’est qu’une chose. L’autre chose est d’aider ceux qui se trouve dans le besoin, mais je tiens à rappeler à tous que les Ukrainiens n’ont jamais demandé notre avis sur la réaction à donner à l’attaque russe. Ils ne nous ont pas consultés, ne nous ont pas demandé conseil, ne nous ont pas associés à leurs décisions. Nous n’avons pas eu la possibilité d’influencer leur décision sur la réponse à donner à l’attaque russe à savoir faire le choix entre la guerre, le cessez-le-feu, la paix, la paix partielle ou quoi ? Si vous ne nous avez pas impliqués dans votre décision de choisir la guerre, tout ce qu’il vous reste à demander de nous, c’est de vous aider dans les limites qui ne dépassent pas le devoir élémentaire d’un chrétien. Vous ne pouvez pas nous demander de nous ruiner pour vous. Par conséquent, si nous y allons maintenant, vous donnons de l’argent, des armes et plus tard des soldats, nous finirons également par nous ruiner. Et tus ne peux pas me demander cela, cher ami ; je dois te le dire franchement et clairement. Je n’aimerais pas engager ma responsabilité en cas de la mort pour l’Ukraine d’un jeune, ne serait-ce qu’une seule personne, et c’est ce que je ne ferai pas pour sûr. Quant à la question de savoir si la menace d’une petite boule russe nous attaquant pour nous engloutir est réelle, je dis qu’elle doit être prise au sérieux, car il nous est déjà arrivé que la petite boule russe avait atteint la taille suffisamment grande pour venir ici nous engloutir. C’est donc une question à prendre au sérieux. Mais comme il est impossible de juger de cette affaire de façon fondée sur des faits, tant que cette menace n’a pas passé l’épreuve de la réalité, personne ici ne serait à même d’apprécier dans quelle mesure elle pourrait se réaliser, nous sommes donc contraints d’y apporter une réponse intellectuelle et raisonnée. Eh bien, je pars du principe que la Russie compte environ 140 millions d’habitants. L’Union européenne compte plus de 400 millions d’habitants. Je n’ai même pas compté les Britanniques, qui sont près de 70 millions, et je n’ai même pas mentionné les Américains. Et si je regarde le budget, le budget militaire des pays de l’Union européenne est bien plus important que celui de la Russie. Alors comment vont-ils nous engloutir ces Russes ? Nous sommes bien plus nombreux, nous avons bien plus d’argent, notre industrie militaire est bien plus développée, et les Américains nous soutiennent même. Comment ces Russes vont-ils nous engloutir, alors qu’ils n’arrivent même pas à occuper ces quatre oblasts et depuis longtemps ? Je pense donc que l’hypothèse de départ selon laquelle les Russes viendront occuper notre territoire est une hypothèse irréelle, et nous ne devrions pas en déduire des décisions politiques à prendre, car une hypothèse irréelle ne peut aboutir qu’à de décisions politiques erronées. À mon avis, aujourd’hui les Russes ne sont pas en état et en mesure de constituer une menace pour l’Europe. Certes, elle l’est pour une partie de l’Ukraine, mais je n’irais pas jusqu’à dire que cette menace concerne toute l’Ukraine, une partie de l’Ukraine sans aucun doute, car si l’Occident ne fournissait pas d’armes aux Ukrainiens, les Russes et les Ukrainiens seraient contraints à conclure la paix, ce qui impliquera évidemment des questions ayant trait au territoire, et les Russes ont des revendications territoriales sur ce territoire. Mais cela pourra faire l’objet d’une autre discussion, il ne s’agit pas de voir maintenant ce qui arrivera à la Pologne, à la Hongrie, à la Roumanie et plus tard à l’Autriche. À mon avis, ces pays ne sont pas exposés à des menaces militaires.

Monsieur le Premier ministre, ce que vous venez de dire repose sur la logique suivante : si, par exemple, la Russie attaque un État balte, l’Union européenne et l’OTAN courront à l’aide de cet État. Nous en sommes convaincus, que si… 

Très bien. Parlons-en !

… n’importe quel pays, disons, serait attaqué, restons-en tout juste à l’exemple d’un petit État balte, l’UE et l’OTAN entreraient-ils en guerre pour cet État balte ?

Parlons-en donc. La question n’est donc pas vraiment de savoir si les Russes attaqueront quiconque à l’ouest de l’Ukraine, mais d’apprécier plutôt dans quelle mesure peut-on prendre au sérieux la promesse mutuelle des membres de l’OTAN, selon laquelle une attaque contre l’un d’entre eux serait considérée par tous les autres membres comme une attaque contre eux-mêmes ? Telle est la question qui se pose. Si l’on ne peut pas prendre cette promesse au sérieux, alors bien sûr, on dirait stop ! Il va falloir tout remettre en question. Mais pour l’instant, chaque décision prise, celle de la Hongrie en matière de développement de l’armée, celle de l’industrie militaire hongroise, part du principe que nous faisons partie d’un système d’alliance qui assure une protection mutuelle. L’histoire justifie votre question. Si vous vous souvenez de vos études, ou même de vos expériences personnelles pour les plus âgés, comment la Seconde Guerre mondiale a-t-elle commencé ? Elle a commencé lorsque les Allemands ont attaqué les Polonais. Après un accord secret, les Russes ont également attaqué les Polonais et ont divisé leur territoire. La Pologne avait conclu un traité d’assistance mutuelle avec la France et la Grande-Bretagne ; aux termes de ces accords, ces deux pays auraient dû aller immédiatement à son secours, mais ils ne se sont pas précipités. Ce fut une guerre étrange qui a duré de très nombreux mois. Les États baltes et les Polonais pensent qu’ils sont membres de l’OTAN, et qu’il existe un traité qui les protège mutuellement, mais il n’est pas certain que ce soit le cas. Alors, la solution ne devrait donc pas résider dans une guerre menée contre les Russes, mais dans le renforcement de l’alliance dans le cadre de l’OTAN pour offrir une garantie plus solide qu’elle ne l’est aujourd’hui. Je pense, par ailleurs, qu’aujourd’hui aucun pays occidental ne pourrait se permettre de ne pas courir au secours d’un État membre de l’OTAN si celui-ci est attaqué. Depuis que l’OTAN existe, aucun État membre n’a jamais été attaqué, et je ne pense pas qu’il le serait, car personne doté d’un esprit sain ne prendrait le risque de s’engager simultanément dans une guerre avec tous les États membres de l’OTAN – y compris les États-Unis et la Turquie. Une telle personne n’existe pas. Par conséquent, je pense que, malgré les sombres épisodes de l’histoire, les États baltes et les Polonais devraient être rassurés que la garantie de l’OTAN est une garantie réelle. Il se peut qu’il y ait un changement ici, et je suis désolé de m’éloigner un peu de notre sujet, mais il s’est passé quelque chose dont je ne veux pas vous parler cet après-midi de peur d’encombrer de trop la discussion de cet après-midi, mais qui mérite tout de même réflexion. Si vous me le permettez, je vous mettrais la puce à l’oreille. Car nous sommes habitués depuis la Seconde Guerre mondiale à l’idée que l’Allemagne n’existe plus en tant que puissance militaire. Elle a perdu la guerre mondiale, une partie de son territoire a même été découpée, elle a été désarmée, et elle n’est même pas autorisée d’avoir une force militaire digne de ce nom. Le changement en la matière consiste dans le fait qu’il vient d’être annoncé que l’Allemagne se réarmerait. La situation en Europe 85 ans après la fin de la guerre se dessine de la façon suivante : la plus grande armée d’Europe, avec le plus grand nombre de soldats, sera allemande, la plupart des équipements militaires seront allemands et posés dans les mains de soldats allemands, et la plus grande industrie militaire d’Europe, et de loin, sera celle de l’Allemagne. Par un si bel après-midi ensoleillé, il serait inutile de discuter de ce qui pourra advenir, mais il est intéressant de voir quelque chose qui n’était pas le cas jusqu’ici, mais dont l’importance est immense. Dans quelques années nous verrons quelle en sera l’ampleur et la profondeur. Mais c’est quelque chose de totalement nouveau qui peut transformer fondamentalement notre conception de l’Europe, surtout si ce que j’ai dit s’avérait être vrai : à savoir l’axe de la politique internationale n’était pas le bien et le mal, mais l’équilibre des forces, l’équilibre des pouvoirs existe au sein de l’Europe, je vais donc clore cette parenthèse. Mais cela mérite réflexion.

À propos d’études historiques et de guerres mondiales. En ce bel après-midi ensoleillé, passons tout de même à une autre zone de conflit potentiel. Monsieur le Premier ministre a évoqué la Première guerre mondiale. Les Balkans ont joué un rôle central dans son déclenchement, car les Balkans sont tenus par beaucoup pour une poudrière. Hier, dans les nouvelles sur les Balkans on a appris que votre ami, le président des Serbes de Bosnie, avait été condamné en deuxième instance à un an de prison. Je parle de Milorad Dodik. Dodik n’accepte pas le verdict, il se tourne vers Washington et Moscou. Que se passe-t-il actuellement dans les Balkans ? Comment ce tracas autour de Dodik serait-il susceptible de remettre en question la stabilité des Balkans ? Quel impact cela pourrait-il avoir sur la Hongrie ?

Alors, parlons maintenant un peu des Balkans, puis descendons un peu plus au sud. Tous les problèmes dans Balkans surviennent actuellement parce que l’Union européenne a raté l’occasion historique d’intégrer les nouveaux États qui y ont émergé après le démembrement de la Yougoslavie. Si les pays des Balkans étaient membres de l’Union européenne, le niveau d’énergie et la violence des conflits y seraient bien moindres. Mais, nous avons raté cela. C’est pourquoi, je vous invite de regarder la carte : la carte de l’Union européenne montre la frontière sud de la Hongrie, puis les territoires qui n’appartient pas à l’UE, et tout au fond, au sud des Balkans, en bas, il y a la Grèce, qui est membre de l’Union européenne. Il y a donc la Grèce et nous, et entre les deux, là où la carte semblerait réclamer presque, l’histoire et les statistiques réclament l’intégration de cette région à l’UE, jusqu’à la Grèce. Mais cela n’est pas devenue réalité. Nous insistons, nous insistons, mais cela n’arrive pas. C’est pourquoi il existe aujourd’hui dans les Balkans des rivalités, toutes sortes de rivalités entre grandes puissances. Les Russes sont présents, l’Union européenne est présente, les Américains, les Turcs, il y a aussi des Arabes, car en Bosnie, vous savez, il y a des musulmans, donc cette région n’est pas stabilisée, elle n’est pas bien ancrée. C’est de là que viennent les problèmes. Je pense que la Hongrie doit conclure une alliance historique avec les Serbes. Si la Hongrie veut rester dans la course, je ne vois pas comment cela pourrait se faire sans une alliance avec les Serbes. Et les Serbes ont aussi besoin de coopérer avec la Hongrie. Si l’on observe les constructions de route, le développement ferroviaire et la coopération militaire, on peut déceler les traces de cette orientation. Cette politique n’est pas nouvelle. La politique hongroise de l’entre-deux-guerres avait une orientation très similaire envers la Serbie ; elle n’a pas connu de fin heureuse, mais cette idée a toujours existé. Or, certains Serbes ne vivent pas en Serbie, mais en Bosnie, c’est la Republika Srpska, la République de Serbie. Son dirigeant et président élu est le président Dodik. Il est inacceptable que des vice-rois étrangers, délégués par l’Union européenne, destituent et condamnent le président élu par les Serbes, les Serbes de Bosnie, non pas pour corruption, mais pour non-application de certaines décisions de l’UE. Nous ne devons pas accepter cela, c’est pourquoi la Hongrie ne reconnaît pas la décision du tribunal condamnant le président Dodik. Pour nous cette décision n’existe pas. Le président Dodik reste le dirigeant élu des Serbes vivant en Bosnie, et nous orienterons notre politique en conséquence. Nous sommes dans les Balkans. De nos jours, les Balkans sont devenus encore plus importants, car une partie de la migration en direction de la Hongrie arrive depuis le sud, via les Balkans. Cela aura une importance capitale plus tard. Comme je l’ai dit, nous avons besoin d’une alliance stratégique avec les Serbes. Remarquez le type d’alliance que nous mettons en place avec les Macédoniens. Je pense que ce pays devrait officiellement s’appeler Macédoine du Nord, car ils ont pris leur nom. J’essaie donc de faire de même avec la Macédoine du Nord, avec les Albanais et, plus au sud, avec les Bulgares. Nous devons donc établir les meilleures relations possibles avec tous les pays situés sur la route migratoire des Balkans, afin de pouvoir endiguer la prochaine vague migratoire en les arrêtant aussi loin que possible au sud. Car elle aura lieu. Si certains ici espèrent que cela pourra être évité, c’est un faux espoir. Des masses de dizaine, voire de centaines de millions de personnes se mettront en route pour quitter l’Afrique pour l’Europe. Ceux qui sont déjà allés dans ces régions-là le savent, peuvent l’étudier, le constater. Il y a urgence. Si, au lieu d’envoyer l’argent en Ukraine, ou à Trump, pardon, au président Trump en Amérique, parce que nous avons l’intention actuellement d’investir aux USA 600 milliards d’euros, alors qu’on n’a pas l’argent – donc au lieu d’envoyer des capitaux européens disponibles en Amérique et en Ukraine, on enverrait cet argent en Afrique pour stabiliser ces pays comme la Lybie, le Tchad, et ainsi de suite, pays d’origine des migrants, alors l’Europe se retrouvera dans une situation critique d’ici quelques années. L’Afrique n’a pas encore bougé. La plupart des migrations provenaient jusqu’à présent du Moyen-Orient, de la Syrie et de ses environs. L’Afrique viendra plus tard. Nous devons disposer de forces considérables pour que la vague migratoire en provenance des Balkans ne se transforme en une invasion, ne nous pénètre pas et ne nous atteigne pas. Je le dis à voix basse : un autre problème est que, dans dix ans, l’une des tâches les plus importantes de la prochaine génération de politiques sera d’enrayer la vague migratoire en provenance de l’Autriche vers la Hongrie. Car aujourd’hui, les migrants arrivent toujours des Balkans, du sud, mais, les pays occidentaux ont été vaincus, vous le savez. Les immigrants y arrivent en nombre croissant, les conséquences économiques en sont imprévisibles, la répartition ethnique de la population change radicalement. Je vous invite à étudier les statistiques de Vienne, l’ancien chancelier Kurz est là, demandez-lui quelle est la situation là-bas. Cela arrive, cela se rapproche de nous. Tôt ou tard, nos frontières occidentales devront également être protégées contre les migrants. J’ai donné une longue conférence sur l’histoire de l’Europe à Tusnád, je n’ai pas l’intention de la redonner ici, je tiens tout simplement à dire que nous devons absolument parvenir à un accord avec les chrétiens orthodoxes des Balkans, dont les chrétiens orthodoxes Roumains, avec les Slovaques et Polonais, au-dessus de nous, et qui sont des catholiques romains, car sinon, l’Europe centrale n’aura pas de chance de rester une communauté européenne chrétienne, c’est la seule solution viable. Ici, protestants, catholiques et orthodoxes, devront, dans les dix à quinze prochaines années à venir, former une alliance politique pour la préservation des racines et des traditions chrétiennes, sous peine de nous effondrer. Et je n’ai même pas encore évoqué dans le but de prévenir que le ciel ne nous tombe sur la tête que, si l’on examine les indicateurs démographiques de la Russie, force est de constater qu’en raison de l’évolution des ratios démographiques internes, et non pas à cause des migrants, la population musulmane atteindra un tiers de la population russe encore de mon vivant. Il se passe donc quelque chose là-bas qui n’a rien à voir avec la migration. Si nous pensons en termes culturels, en termes de civilisation et d’histoire, et que nous voulons que la Hongrie reste un pays hongrois, nous devront mettre en place contre la migration un dispositif d’autodéfense et de défense mutuelle centre-européen. Sinon, ils nous écraseront et nous ressemblerons aux pays d’Europe occidentale : si quelqu’un y retourne quinze ans plus tard, il ne les reconnaîtra plus. Et s’il y retourne dans quinze ans, il ne reconnaîtra plus sa destination, il ne saura même plus dans quel pays il se trouve. C’est la triste réalité. Il vaut la peine de préparer la prochaine génération à cette tâche.

Voici, après les tristes réalités, un sujet un peu plus léger.

Je demande pardon, mais ce n’est pas triste, cela est extrêmement optimiste. Je parle du fait que dans le monde il y a de mauvaises choses qui se produisent indépendamment de nous. Un optimiste ne s’attend pas à ce que les choses indépendantes de sa volonté prennent une tournure favorable, nous n’y pouvons rien. Les choses se passerons comme ça, ou elles se passeront autrement. D’après les chiffres, elles ne seront pas plus favorables, mais pires. Mais la question n’est pas là. La question est de savoir si nous nous sentons suffisamment solides pour rester tels que nous sommes, quelles que soient les difficultés auxquelles nous seront confrontés. Et je vois en Hongrie cette force. Car tout ira bien pour nous si nous avons un camp national qui en est capable. Par conséquent, ce je vous ai dit ici, sur un ton maladroit peut-être, c’était une présentation sensée être extrêmement optimiste et joyeuse, car, grâce à une alliance centre-européenne, nous pourrons faire en sorte que nos petits-enfants grandissent dans la même Hongrie où nous avons grandi nous-mêmes et que nous quitterons un jour, et nous leur offrirons la chance qu’eux aussi le préservent pour leurs petits-enfants. Cela est faisable. Ce n’est pas irréel, il ne faut pas baisser les bras. Il existe une théorie selon laquelle, tôt ou tard, tout le monde devra céder, et qu’une telle pression démographique est irrésistible. Mais moi, je n’y crois pas. Il faut regarder les films sur les Hunyadi, se pencher sur l’histoire, avoir confiance en nous-mêmes, car nous sommes bien plus résistants qu’on ne le pense parfois. Si nous nous organisons bien, si nous ne laissons pas Bruxelles nous imposer le pacte migratoire, alors… Par ailleurs, savez-vous ce que c’est le pacte migratoire ? Ce pacte implique que, dès demain matin, nous devrions construire des camps d’accueil pour 30 000 migrants. Et lorsque le nombre de migrants augmentera en Europe, ce ne sera pas la Hongrie, mais Bruxelles qui les répartira entre les pays européens. Et si Bruxelles nous envoie plusieurs dizaines de milliers, elle les aura envoyés, point final. Par conséquent, la Hongrie n’appliquera pas le pacte migratoire – de façon illicite, sans aucun doute. Mais nous avons bien déclaré que nous ne le ferons pas, car dans ce cas-là, on n’aura plus la maîtrise de notre destin. En matière de migration, il n’y a que deux voies possibles : se rebeller ou se soumettre. L’Occident s’est soumis. Je ne pense pas que nous devrions suivre cette voie. Révoltons-nous et défendons ce qui nous appartient. C’est faisable.

Pour finir, voilà un sujet un peu plus léger. Monsieur le Premier ministre a récemment révélé qu’il partirait en vacances fin août. Les vacances de Monsieur le Premier ministre tiennent la presse socio-libérale sans cesse en émoi. Faisons épargner alors (aux organnes de presse) « 444 » et « Telex » quelques articles de fin août. Monsieur le Premier ministre, pourriez-vous nous avouer où vous comptez passer vos vacances ?

À mon âge, les gens ne changent pas leurs habitudes, alors je vais en Croatie chaque été. J’ai une conviction qui n’est peut-être pas partagé pour tout le monde, mais je pense que c’est vrai pour presque tous les Hongrois, à savoir que si l’on ne voit pas la mer au moins une fois par an cela signifierait qu’il y a un gros problème. Alors, en ce qui me concerne, ce qui m’attire d’une certaine manière, c’est l’infini, la libération, et moi, j’en ressens le besoin. Cela va sans dire que là-bas je vais embarquer à bord d’un petit voilier de plaisance, et je te reverrai dans deux semaines. C’est ma dernière chance de me ressaisir chaque été. Vous voyez bien que c’est un travail éprouvant. Sans vouloir me plaindre encore une fois, si vous avez peur, n’allez pas dans les bois et ne sifflez pas, mais surtout ne vous plaignez pas. C’est un boulot qui vous épuise. Et comme vous l’avez dit plus tôt, je fais ça depuis un bon bout de temps. Il arrivera que l’on trouve une personne plus apte, c’est-à-dire apte à remporter les élections, une personne qui aura plus de chance de remporter la victoire, une personne ayant plus de chance de mener notre camp politique à la victoire, et je pourrai alors me permettre de passer des vacances plus longues. Mais pour le moment, le bon sens commun fait dire à notre communauté que c’est toujours sous ma direction que nous avons les meilleures chances de remporter les élections, sans parler du fait qu’après tout, j’ai l’âge idéal pour ça, même si cela devient un peu suspect que j’ai chaque fois, tous les quatre ans, l’âge idéal, mais mettons ceci en parenthèse pour l’instant. Donc, je pense que les deux semaines me permettront de me remettre en forme. La presse de gauche libérale s’intéresse à tout. Donc, quand je me rends à une rencontre officielle en empruntant un vol public, c’est un problème. Quand je voyage en classe d’affaires, c’est encore un problème. Quand je prends un avion low cost, c’est un problème. J’ai renoncé depuis longtemps à vouloir faire quelque chose que la presse de gauche libérale apprécie. Je n’ai pas non plus de telles ambitions concernant mes vacances. Mais je vous souhaite à vous aussi de passer quelques jours, ou disons au moins deux semaines agréables, pour que vous puissiez vous détendre avant d’entamer la période commençant par la rentrée des vacances. C’est nécessaire pour votre vie de famille et pour votre travail aussi, bien sûr. Nous avons tous besoin de repos. Une période dure de six à sept mois nous attend. Nous devrons donner le meilleur de nous-mêmes si nous voulons remporter la victoire dans un combat honnête et vigoureux mené contre la nouvelle opposition venue remplacer l’ancienne. Nous avons toutes les chances d’y parvenir, car nous sommes les plus forts, et les plus forts sont ceux qui travaillent dur. Si l’adversaire travaille plus dur que nous, nous ne méritons pas la victoire. Mais pour pouvoir bien travailler ces prochains mois, nous devrons nous y préparer cet été. Je recommande donc à tous un stage d’entraînement sportif combiné aux vacances. Je vous remercie de votre attention !

Monsieur le Premier ministre, permettez-moi de vous poser une toute dernière question. Les livres sont toujours au cœur de vos vacances. Quels livres nous recommandez-vous pour cet été, et quel livre lirez-vous pendant vos vacances ?

Justement, je suis sur le point de m’y casser les dents. György Spiró vient de publier son nouveau roman intitulé „Padmaly”. Il est extrêmement épais. Il parle de Táncsics, de Mihály Táncsics, un personnage moins connu, dont tout le monde connaît le nom, sans savoir grand-chose sur lui. Je me suis dit que voilà enfin un roman, très épais, que je finirai peut-être d’ici la fin de l’été. Ensuite, j’ai une autre obligation à la fin de chaque été, au début de chaque automne. La rentrée politique de la droite nationale est lancée par un pique-nique civique tenue à Kötcse, où quelques centaines de personnes se rassemblent, et où je suis d’habitude invité. J’y donne régulièrement des conférences qui marquent la rentrée. Cette année, il sera tenu le 7 septembre, le lendemain du match contre l’Irlande – c’est comme cela que j’arrive à en mémoriser la date. Je dois y donner une conférence, et je dois encore lire deux ou trois livres avant pour y donner une conférence de qualité. Je vais donc lire deux ou trois livres traitant des questions politiques, et je terminerai aussi la lecture de « Padmaly » , le roman de Spiró. Il a eu beau écrire un livre tellement épais, je m’efforcerai tout de même de le lire jusqu’au bout. Merci beaucoup pour votre intérêt, merci pour votre attention ! Je vous souhaite encore une fois de bonnes vacances à vous tous.

Merci Monsieur le Premier ministre d’avoir accepté notre invitation. Nous remercions le public de nous avoir écoutés. Mesdames et Messieurs, vous avez vu le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán.

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