C’est une occasion festive. Aujourd’hui, nous célébrons la Journée des entrepreneurs hongrois et, à cette occasion, nous remettons les distinctions professionnelles décernées par la VOSZ aux entrepreneurs du pays. Toutes mes félicitations ! Malheureusement, cela m’empêche de parler de ce qui me tiendrait le plus à cœur : dans quatre mois, nous aurons des élections, mais un jour de fête, on ne peut pas prononcer un discours de campagne. Je dois donc aborder les choses autrement.
Je voudrais avant tout remercier les entrepreneurs pour leur travail et leurs résultats. Dans des conditions extrêmement difficiles, disons-le clairement : dans un contexte de guerre, ils ont accompli les performances que nous avons constatées ces derniers mois et ces dernières années. Je partage l’avis de mes prédécesseurs à cette tribune, et sans doute celui de chacun ici : ce sont les entreprises qui entraînent et propulsent l’économie. Le problème, c’est qu’il existe un autre acteur : la guerre, qui, elle, bloque l’économie. Ainsi, tandis que les entrepreneurs tirent et poussent la machine, la guerre la retient. Pour donner une idée chiffrée de ce blocage : selon une règle simple, 1 % de croissance du PIB représente 400 milliards de forints de recettes pour le budget de l’État. Aujourd’hui, nous évoluons autour d’un taux de croissance d’environ 1 %. Selon les calculs européens habituels, sans la guerre, ce taux serait de 3 %. Et si nous étions à 3 %, cela représenterait 800 milliards de forints supplémentaires pour le budget, dont une partie s’évaporerait, une autre serait accaparée par divers groupes ayant besoin de financement, mais même après ces frictions inévitables, il resterait plusieurs centaines de milliards de forints à investir dans le développement économique du pays. Il faut donc dire clairement : la guerre nuit avant tout aux entrepreneurs hongrois. C’est vous, plus que quiconque, qui ressentez que la guerre est votre adversaire. Malgré cela, et même avec ce freinage, si l’on compare notre situation à celle des pays d’Europe occidentale, en Hongrie la guerre est en position de faiblesse, tandis que nos entrepreneurs, eux, sont en position de force. La guerre recule en Hongrie principalement parce que nous ne nous y sommes pas abandonnés : nous sommes restés à l’écart. Bien plus à l’écart que nos amis d’Europe occidentale, qui, eux, sont entrés dans le conflit. Ils sont aujourd’hui en difficulté, et ils le seront davantage encore. Lorsque, chez eux, les responsables rencontrent les entrepreneurs et leur présentent les mêmes chiffres que ceux que je viens de rappeler, les pertes constatées sont bien supérieures aux nôtres.
En effet, une guerre, Mesdames et Messieurs, coûte cher. Et ce n’est pas un hasard si ceux qui comprennent le mieux l’économie, dont l’esprit est façonné par la logique des affaires, je pense aux Américains, se sont déjà retirés. Nos amis d’Europe occidentale, eux, s’y enfoncent : ils devront payer seuls le prix de la guerre. La facture sera salée. Et ils ne brillent déjà pas par leur compétitivité internationale, alors avec cela ! Mais si la Hongrie n’est pas en position de perte, ce n’est pas seulement parce que nous sommes restés en dehors du conflit. C’est aussi parce que la guerre n’a pas réussi à paralyser notre économie autant qu’elle a paralysé d’autres pays. Et si l’économie hongroise n’a pas été bloquée au même degré que, par exemple, la zone économique allemande, qui est la plus cruciale pour nous, c’est uniquement grâce aux entrepreneurs hongrois.
J’aimerais, au nom du gouvernement, remercier tous les entrepreneurs qui, dans ces temps difficiles, extrêmement difficiles, des temps de guerre, n’ont pas renoncé, n’ont pas ralenti, n’ont pas freiné, n’ont pas cessé, n’ont pas suspendu, mais ont au contraire continué, persévéré, innové, cherché des solutions, investi leur énergie, et ont ainsi permis à l’économie hongroise d’atteindre au moins 1 % de croissance. Si vous n’aviez pas fourni cet effort et cette énergie, alors, même avec toute l’habileté du ministre de l’Économie, jamais les chiffres n’auraient pu s’équilibrer, et nous n’aurions pas été en mesure d’annoncer le dernier programme de réduction d’impôts et de soutien aux entreprises, en 11 points, représentant 90 à 100 milliards de forints, destiné aux petites et moyennes entreprises. Cela n’a été possible que parce que l’économie, sous l’impulsion des entrepreneurs, a créé les ressources nécessaires, dont nous avons pu vous rendre 90 milliards. Voilà pourquoi je dis que c’est une victoire des entrepreneurs. Hier, nous avons pu conclure un accord sur l’augmentation du salaire minimum pour l’année prochaine : c’est également votre victoire. Même en temps de guerre, nous avons pu renforcer notre système de soutien aux familles avec l’exonération fiscale des mères et le doublement des avantages fiscaux pour enfants : c’est également votre victoire. Nous avons les moyens d’offrir, dans un contexte aussi difficile, des prêts à 3 % pour l’acquisition d’un premier logement, et aussi des prêts à 3 % pour les entreprises : je crois que c’est encore une victoire des entrepreneurs.
Mesdames et Messieurs,
Voilà pour le passé et le présent. Nous sommes réunis pour célébrer, mais il nous est impossible d’éviter de parler de l’avenir. Je voudrais dire deux choses concernant l’avenir. Deux éléments détermineront l’année qui vous attend : d’abord la question de la guerre et de la paix, dont nous avons déjà parlé ; ensuite la politique économique qui sera menée en Hongrie. Et je le dis sans citer aucun parti : votre réussite et vos perspectives dépendront largement du fait que la Hongrie soit gouvernée selon une politique économique de droite ou de gauche. C’est une situation nouvelle ; nous n’y sommes plus habitués. Au cours des quinze dernières années, nous n’avons connu qu’une politique économique de droite, et il est devenu difficile de s’imaginer ce que serait l’autre modèle. Il est donc utile de rafraîchir notre mémoire. Pour simplifier, je vous dirai ceci : mon expérience, et elle est longue, elle se compte en décennies, m’a appris que lorsqu’une politique économique de gauche est en place, son principe central est que les politiciens savent toujours mieux où doit aller l’argent. C’est pourquoi ils prennent autant qu’ils le peuvent à ceux qui en ont, puis, selon un critère qu’ils qualifient mystérieusement d’« équitable », tentent de redistribuer l’argent qu’ils vous ont prélevé. Voilà ce qu’est une politique économique de gauche. Et ce que j’en ai observé, c’est toujours la même chose : bureaucratie, surrèglementation, système d’aides et abus d’aides, corruption, puis tout cela se termine invariablement par des hausses d’impôts. Toujours. Encore et toujours. La pensée économique de droite, elle, repose sur une idée simple : sans travail ni performance, il n’y a pas de prospérité, et ceux qui gagnent l’argent, les familles et les entreprises, savent mieux que quiconque où cet argent doit aller. C’est pourquoi nous le leur laissons. Nous ne prélevons que ce qui est indispensable pour financer nos besoins collectifs : de l’armée à la sécurité, de l’éclairage public à l’éducation. Et une telle politique économique conduit en général à des baisses d’impôts. Si quelqu’un veut vous faire croire qu’il existe une troisième voie en dehors de ces deux politiques économiques, n’y croyez pas. Dans toute l’Europe, le choix n’existe qu’entre ces deux modèles. Et chaque fois que les entreprises ont pris la direction de la gauche, elles y ont toujours, partout, perdu au change. Dans le monde de l’entreprise, Mesdames et Messieurs, il existe une règle de priorité à droite. Je vous suggère de vous en souvenir et, si possible, de vous y tenir.
Mesdames et Messieurs,
Cette situation sera d’autant plus marquée que ce phénomène ne se limite pas à la Hongrie : il touche aujourd’hui l’Europe tout entière. Nous analysons rarement Bruxelles sous l’angle des philosophies économiques, mais l’époque justifie que nous le fassions. Et je peux vous le dire sans hésiter : ce que nous voyons, ce que je vois, à Bruxelles, c’est la mise en œuvre pure et simple d’une politique économique de gauche. L’Europe entière s’est engagée, et continue de s’engager, dans cette direction. C’est pourquoi l’on entend aujourd’hui, comme un lieu commun, que l’Europe perd sa compétitivité. Ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas un décret du Bon Dieu. Nous ne sommes pas distancés par les Américains, les Chinois ou les pays asiatiques parce que cela devrait nécessairement être ainsi, mais parce qu’en Europe, et je peux en témoigner, j’y siège depuis de longues années, bientôt deux décennies, on s’obstine à expérimenter des politiques économiques de gauche. Et leurs résultats sont toujours les mêmes : bureaucratie, surrèglementation, et, comme on le voit, corruption qui trouve encore sa place dans ce système. Puis, invariablement, des hausses d’impôts.
Mesdames et Messieurs,
Je vous invite à mettre à profit les quelques mois qui nous séparent des élections : réfléchissez posément aux perspectives qui s’offrent à la Hongrie et prenez votre décision en toute connaissance de cause. Je vous recommande en tout cas de ne pas écouter ceux qui vous conseillent que la Hongrie devrait « converger vers l’Union européenne ». En effet, notre chemin n’est pas de nous en rapprocher, mais de nous en éloigner. S’il y a convergence à souhaiter en Europe, c’est Bruxelles qui devrait converger vers la Hongrie. Ce n’est pas simple, les lois de la gravitation des masses s’appliquent ici aussi : la taille et le poids comptent. Mais ne renonçons pas : Bruxelles a déjà convergé vers nous sur la question de la migration. Malgré toutes les lois newtoniennes de l’attraction, c’est bien le plus grand qui a fini par se rapprocher du plus petit. Il en sera de même pour la guerre : au bout du compte, Bruxelles convergera vers la position hongroise. Et je suis convaincu que le moment n’est plus très éloigné où Bruxelles convergera aussi vers la politique hongroise de compétitivité, adoptant à son tour les mesures, programmes et modèles que nous avons mis en place et qui permettent aujourd’hui à l’économie hongroise de tenir debout.
Mesdames et Messieurs,
Au milieu de cette célébration, permettez-moi d’attirer encore votre attention sur un point auquel je vous demande d’être particulièrement attentifs dans la période à venir. Car, du point de vue des entrepreneurs, les procédures importent tout autant que le contenu des réglementations. Si devait arriver, ce que je ne souhaite ni pour vous ni pour nous, le moment où l’on réintroduit d’un côté le système des enquêtes sur le patrimoine, je pourrais longuement vous en parler : voilà trente-cinq ans que, chaque année, j’établis ma propre déclaration de patrimoine. Et si, demain, vous deviez vous aussi établir des déclarations patrimoniales servant de base à un impôt sur la fortune – car comment déclarer un patrimoine s’il n’est pas d’abord répertorié ? – et si, de l’autre côté, l’on ressuscitait pour l’administration fiscale des procédures que nous avons reléguées au passé, comme les enquêtes sur l’enrichissement personnel… D’un côté un inventaire du patrimoine, de l’autre une enquête d’enrichissement : c’est un étau, et c’est votre poignet que l’on y placerait. Et je peux vous assurer que la sensation n’a rien d’agréable. C’est pourquoi je vous invite à réfléchir soigneusement, à lire attentivement les programmes économiques qui sont sur la table, à peser ce qu’ils impliquent vraiment. Ne pensez pas que les performances actuelles du pays se maintiendraient en pilotage automatique : ce niveau de performance exige un vrai travail de gouvernement. Je vous demande donc de prendre votre décision électorale en pleine connaissance de cause.
En résumé, Mesdames et Messieurs, je souhaite que vous préserviez la liberté de vos entreprises, que vous ne laissiez pas la bureaucratie les écraser, et que la Hongrie puisse, l’an prochain encore, être dotée d’une économie qui reconnaît la valeur de la performance.
Je vous souhaite une nouvelle année paisible, un 2026 sans guerre, un bel Avent et un joyeux Noël !
Je vous remercie de m’avoir écouté.