SHARE

Conférence de presse de Viktor Orbán lors de la signature de l’accord sur la revalorisation du salaire minimum et du salaire minimum garanti

Bonjour, Mesdames et Messieurs,

Merci de me permettre d’être présent à cet événement, dont la condition préalable était qu’un accord voie le jour ; sans cela, nous n’aurions aucune raison d’être ici. Permettez-moi donc, avant toute chose, d’adresser mes félicitations à celles et ceux qui ont mené cet accord à bon terme : aux employeurs comme aux salariés. C’est avec plaisir que nous annonçons publiquement cette entente et que le gouvernement y appose sa signature, car elle s’inscrit pleinement dans la grande orientation qui guide nos actions depuis maintenant une quinzaine d’années. En effet, notre ambition, et je n’en retracerai pas ici tous les antécédents historiques, est de faire de la Hongrie une société fondée sur le travail. L’histoire joue son rôle dans cette vision : après avoir perdu nos ressources naturelles, notre pays ne peut vivre que de ce que créent la force de travail et les capacités intellectuelles de sa population. Telle est la réalité amère du XXᵉ siècle. Et si la Hongrie ne repose pas sur une société du travail, elle ne peut produire aucune performance économique durable. C’est pourquoi nous ne pouvons suivre le modèle de sociétés dites « de bien-être » qui, en réalité, reposent sur l’assistance. Ce que nous pouvons proclamer avec succès, c’est ceci : lorsqu’il y a le plein emploi et que chacun accepte de travailler, alors la croissance économique devient possible, le niveau de vie augmente, et nous pouvons même dépasser, dans la compétition internationale, des pays qui partaient avec de bien meilleurs atouts. Cela suppose, bien sûr, que dans la culture, dans les modes de vie, dans notre philosophie de l’existence, la valeur accordée à une vie productive s’affirme : que les citoyens estiment avant tout leurs voisins, amis et collègues qui accomplissent quelque chose, qui adhèrent à une éthique de la productivité. Cela requiert également une politique économique qui place l’emploi au premier rang : qui fasse sienne la mission de permettre à quiconque souhaite travailler, de pouvoir effectivement travailler. Voilà le grand projet : parvenir à ce que, finalement, chacun désire travailler. Et nous ne sommes pas mal avancés dans son exécution : par rapport à 2010, un million de Hongrois supplémentaires ont fait le choix d’entrer dans le monde du travail :  un million de personnes en plus qui occupent aujourd’hui un emploi. On peut dire que nous avons atteint une situation de quasi plein emploi, et que désormais la pénurie de main-d’œuvre représente un défi plus important pour l’économie que le chômage.

M. Márton Nagy, ministre de l’Économie, vient de publier les chiffres correspondants et d’arrêter sa décision concernant les travailleurs étrangers. Le gouvernement constate qu’il existe aujourd’hui en Hongrie 65 000 postes non pourvus. Nous allons délivrer 35 000 permis de travail à des travailleurs étrangers ; même ainsi, il restera environ 30 000 postes vacants pour lesquels nous ne ferons, pour l’instant, pas appel à une main-d’œuvre venue de l’étranger. Nous espérons pouvoir les pourvoir en recrutant ici, en Hongrie. Autrement dit, nous comptons sur une nouvelle progression de l’emploi. C’est cet état d’esprit qui sous-tend, du côté du gouvernement, l’accord que nous signons aujourd’hui. Toute signature gouvernementale doit reposer sur une philosophie, une stratégie économique. La nôtre, c’est celle-là.

Bien entendu, les emplois ne suffisent pas si les gens ont le sentiment que leur travail n’est pas rémunéré à sa juste valeur. Et, en Hongrie, nous avons tous ce sentiment. Je fais partie des très rares exceptions, mais la plupart des gens estiment que la valeur de leur travail est supérieure au salaire qu’ils perçoivent. C’est un point de départ fondamental pour les travailleurs hongrois, ce qui crée une pression salariale constante :  pression que ressentent les employeurs, mais aussi l’État lorsqu’il agit comme employeur, puisque nous avons, nous aussi, de nombreux salariés. Cette pression ne repose pas seulement sur des arguments économiques, mais surtout sur un sentiment d’équité : les gens affirment que le travail qu’ils accomplissent vaut plus que ce qu’ils reçoivent. Et il y a sans doute beaucoup de vrai là-dedans ; seulement voilà, ce n’est pas nous qui tranchons cette question, c’est le marché qui évalue la valeur d’un travail. C’est pourquoi il est essentiel que, en Hongrie, le marché ait la priorité dans la détermination des salaires. D’où la situation que Messieurs les Présidents avant moi ont évoquée : même s’il en aurait la possibilité, ce n’est pas le gouvernement qui fixe le salaire minimum en Hongrie. Ce n’est ni un décret, ni un édit, ni un diktat gouvernemental. Depuis, je ne sais même plus depuis combien d’années, sans doute près de vingt, je m’efforce toujours d’obtenir que les acteurs du marché parviennent eux-mêmes à un accord sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Car ce problème, que personne ne reçoit le salaire qu’il estime personnellement mériter, ne peut pas être réglé politiquement. Il ne peut l’être qu’au sein des entreprises, là où employeurs et salariés peuvent discuter de la valeur réelle du travail fourni, des bénéfices qu’il génère, et de la manière dont ces bénéfices doivent être répartis entre détenteurs du capital et travailleurs. C’est pourquoi, hier comme aujourd’hui, ma philosophie est la suivante : ce n’est pas au gouvernement de décider du salaire minimum. Cela fait partie de mes cauchemars : imaginer que les employeurs et les salariés ne parviennent pas à s’entendre, et que, finalement, le gouvernement doive trancher autoritairement la question du salaire minimum. Une telle situation peut encore se présenter à l’avenir, rien ne permet de l’exclure. La législation prévoit, certes, une procédure claire pour ce cas de figure, mais ce n’est pas une solution saine. La solution saine, c’est que les employeurs et les salariés parviennent eux-mêmes à un accord. Je leur suis très reconnaissant d’avoir accompli ce travail.

Je leur suis d’autant plus reconnaissant qu’aujourd’hui, pour parvenir à un accord, il faut d’abord accepter une réalité : nous vivons une période de guerre, et la guerre freine la croissance économique. Quoi que nous fassions, et nous faisons beaucoup, nous ne pouvons pas hisser la croissance au-delà d’un certain niveau tant que cette guerre perdure, tant que son ombre plane au-dessus de nous et exerce un effet aussi profond sur l’Europe centrale, en particulier sur la zone économique allemande. Dans de telles circonstances, il est d’autant plus appréciable que le gouvernement n’ait pas eu à décider, et que les partenaires sociaux aient su trouver un terrain d’entente. La négociation était d’autant plus difficile qu’il s’agissait en réalité de réviser un accord triennal déjà signé. Vous ne vous en souvenez peut-être plus, mais nous étions déjà réunis ici-même, dans cette salle : en 2024, nous avons conclu une convention salariale de trois ans. Si nous avons dû y toucher aujourd’hui, c’est parce que la croissance est plus faible en raison de la guerre : les engagements inscrits dans le texte initial n’étaient plus tenables. Il fallait donc modifier l’accord. Et pour modifier un contrat, il faut bien plus de volonté des deux parties que pour en établir un nouveau. C’est pourquoi je dis qu’il s’agit d’un défi majeur, et même d’un véritable tour de force, que les partenaires aient réussi à s’entendre sur cette modification.

La vérité, c’est que nous sommes, nous aussi, employeurs : l’État emploie beaucoup de personnels, et nous menons également des revalorisations sectorielles qui ont influencé cette négociation. Je ne vais pas toutes les énumérer, vous les connaissez, elles concernent notamment les enseignants, les personnels de santé, la justice, les forces de l’ordre, la gestion de l’eau, les employés municipaux, la culture, le secteur social… Partout, des augmentations d’au moins 15 % sont prévues pour 2026, auxquelles s’ajouteront encore des baisses d’impôts, destinées surtout à améliorer la situation des familles.

Les présidents ont évoqué les pourcentages. Je crois qu’il me revient de vous en présenter aussi les montants concrets. Dans le cadre de cet accord, le salaire minimum augmentera de 11 %, ce qui représente 322 800 forints par mois. C’est le nouveau salaire minimum en Hongrie. Le salaire minimum garanti, lui, augmentera de 7 %, pour atteindre 373 200 forints mensuels. Voici les nouveaux chiffres sur lesquels reposera l’économie hongroise en 2026. Il reste un chiffre important : combien de personnes cela concerne-t-il ? Directement, c’est-à-dire celles et ceux qui relèvent de cette réglementation salariale, répartis en deux catégories, cela représente environ 700 000 personnes. Autrement dit, cet accord améliore directement la situation financière de 700 000 travailleurs, ou, pour le dire autrement, 700 000 familles, pour l’année à venir.

Je le répète : le mérite de cet accord ne revient pas au gouvernement. Ce sont les employeurs et les salariés qui l’ont conclu. Le gouvernement a apporté son soutien, en partie à travers des baisses d’impôts, en partie grâce au paquet de 11 mesures fiscales négocié avec la Chambre du commerce et de l’industrie au bénéfice des petites et moyennes entreprises. Ce paquet a coûté 90  milliards de forints au budget. Pour cette raison, il n’était pas possible, en plus des 90 milliards destinés aux PME, de procéder également à une réduction des cotisations, même si nous l’aurions souhaité : cela n’aurait tout simplement pas été compatible avec une gestion budgétaire raisonnable. Nous n’y avons pas renoncé, mais nous ne pouvons pas commencer l’année avec cette mesure.

Et il existe, selon moi, une autre aide importante fournie par le gouvernement pour soutenir cet accord : le programme de prêt à 3 % pour l’achat d’un premier logement. C’est un sujet distinct, sans lien direct avec les salaires, mais qui y touche néanmoins, car pour la plupart des gens, le but ultime du travail et du revenu, c’est de pouvoir accéder à la propriété. C’est encore plus vrai pour les jeunes. En leur permettant d’acheter leur premier logement à un coût réduit, nous avons pu, en quelque sorte, modérer leurs exigences salariales, ou du moins maintenir celles-ci à un niveau compatible avec un accord.

Pour conclure, je voudrais dire quelques mots du contexte international. Au cours des dernières années, des quinze dernières années, la Hongrie a enregistré une hausse du salaire minimum équivalente à trois fois la moyenne de l’Union européenne. Si l’on replace tout ce qui a été fait concernant le salaire minimum dans un cadre européen, on peut dire que, sur quinze ans, la croissance du salaire minimum a été trois fois supérieure à la moyenne européenne. En 2010, le salaire minimum était de 73 000 forints, et le salaire minimum garanti, des chiffres que nous ne gardons plus en mémoire, mais qu’il n’est pas mauvais de rappeler, surtout quand on pense qu’ils pourraient un jour refaire surface, s’élevait à 89 000 forints. En définitive, je dois dire que l’orientation de la politique économique que nous avons établie au cours des quinze dernières années, celle qui vise à instaurer une économie fondée sur le travail, est viable et doit être poursuivie.

Cet accord y contribue : il aide le gouvernement en permettant aux employeurs comme aux salariés d’avoir le sentiment que la régulation salariale s’est construite indépendamment du gouvernement, sur la base des conditions du marché, conformément à leurs propres décisions. Ainsi, ils peuvent continuer à considérer le gouvernement non comme une autorité intervenant dans la fixation des salaires, mais comme un partenaire de politique économique. C’était important pour moi ces dernières années, et cela le restera : que vous, employeurs et salariés, ne voyiez pas le gouvernement comme un pouvoir qui s’impose à vous, mais avant tout comme un partenaire, lorsqu’il est question de politique économique. Aucune politique économique gouvernementale ne peut réussir sans le soutien des employeurs et des salariés. Le fait que la Hongrie dispose aujourd’hui d’une politique économique résolument favorable au marché, aux entreprises et fondée sur la performance n’a été possible que parce que ces objectifs du gouvernement ont été appuyés à la fois par les employeurs et par les salariés. Tout porte à croire que nous pourrons maintenir la trajectoire positive de l’économie hongroise.

Je remercie une fois encore les syndicats et les organisations patronales d’avoir conclu cet accord, et je les remercie également d’avoir été, au cours des dernières années, des partenaires du gouvernement hongrois.

Merci beaucoup pour votre attention.

FOLLOW
SHARE

More news