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Interview de Viktor Orbán dans l’émission « Bonjour la Hongrie ! » sur Radio Kossuth

Zsolt Törőcsik : Ces jours-ci, les salariés payés au salaire minimum, les enseignants, les travailleurs des secteurs culturel et social, ainsi que de nombreux autres employés, perçoivent leur premier salaire revalorisé. Les aides augmentées et les pensions arrivent également. Mais le budget d’État dispose-t-il bien des ressources nécessaires pour couvrir ces dépenses supplémentaires ? Je poserai également cette question dans quelques instants au Premier ministre Viktor Orbán, que je salue en studio. Bonjour !

Bonjour !

Commençons par une information très récente, d’hier soir : un message a été publié sur la page du président américain Donald Trump, dans lequel il vous assure de son soutien inconditionnel pour votre réélection. Par rapport à l’attitude américaine d’il y a quatre ans, il s’agit d’un changement total, d’un véritable tournant.

Oui. À l’époque, c’est l’opposition qui bénéficiait d’un soutien inconditionnel. Un gouvernement américain de gauche jugeait alors prioritaire de soutenir l’opposition de gauche hongroise. Depuis, les choses ont changé. Il existe une ancienne alliance entre le président actuel des États-Unis et la Hongrie. Nous avons très bien travaillé ensemble lorsqu’il était président pour la première fois. Notre philosophie est de nous faire des amis. C’est le cœur de notre politique étrangère. Aux États-Unis, nous avons réussi, parce qu’il existe un grand sujet international sur lequel nous sommes d’accord, et sur lequel ils ont aussi besoin de nous. En effet, ils sont grands, nous sommes plus petits, et ce sujet, c’est la guerre en Europe, la guerre russo-ukrainienne, la question de la paix et de la guerre. En Europe, depuis le début du conflit, nous sommes les seuls à défendre de manière constante la position suivante : premièrement, si Donald Trump avait été président des États-Unis en 2022, cette guerre n’aurait pas eu lieu ; deuxièmement, si les Européens ne mettaient pas aujourd’hui des bâtons dans les roues du président américain, la paix serait déjà rétablie depuis longtemps ; et troisièmement, il est le seul dirigeant international qui ne renonce pas, qui multiplie sans relâche les initiatives, et qui veut la paix, ce qui suppose des alliés européens. Nous ne sommes pas le plus grand pays d’Europe, mais nous sommes le seul allié des États-Unis sur la question de la paix. Et nous pouvons en être fiers.

Ce soutien peut-il avoir une portée en politique intérieure, et prendre d’autres formes au cours des deux mois et demi à venir ?

Les grandes entreprises américaines arrivent, tout comme les entreprises de taille intermédiaire. Nous vivons dans un monde où la stratégie nationale officielle des États-Unis consiste à rapatrier les entreprises qu’ils ont implantées ailleurs dans le monde. Or je constate qu’il existe peu d’exceptions : et nous en faisons partie. D’ici, le capital américain ne repart pas : il arrive. Depuis qu’il est président, nous avons conclu des accords portant sur au moins une douzaine d’investissements américains de très haut niveau technologique.

Ce soutien pourrait-il se traduire de manière encore plus concrète dans les deux prochains mois ?

Nous verrons bien. Si vous vous demandez s’il viendra chez nous, il est impossible de le savoir. La stratégie politique du président américain, issu du monde des affaires, repose précisément sur le fait que personne ne peut jamais rien savoir à l’avance. Les décisions viennent quand il les prend.

Parlons maintenant d’économie. Vous avez évoqué de nombreux secteurs où des hausses de salaires sont mises en œuvre avec les salaires de janvier. Or, vendredi dernier, on a appris que l’économie hongroise n’avait progressé que de 0,3 % l’an dernier. Cela constitue-t-il une base suffisante pour financer ces dépenses supplémentaires ?

Oui, c’est suffisant. L’économie hongroise fonctionne avec un déficit budgétaire d’environ 5 %, l’an dernier comme cette année, et avec une dette publique située entre 73 et 74 %. Cela nous place dans la moyenne européenne. Bien sûr, il serait préférable de dégager un excédent plutôt qu’un déficit, et d’être créanciers plutôt que débiteurs. Mais l’histoire en a décidé autrement. Il est possible que, depuis la Première, ou peut-être seulement depuis la Seconde Guerre mondiale, nous portions en permanence ces difficultés financières. Nous vivons avec cette réalité, tout en réalisant de solides performances économiques. La vraie question est donc de savoir si la planification budgétaire tient la route. Je dis que l’économie hongroise peut compter, l’an dernier, cette année et probablement l’an prochain, sur un déficit d’environ 5 % : c’est une situation stable et prévisible. Les investisseurs l’acceptent, puisque la Hongrie est classée dans la catégorie « investissement recommandé ». Et ce ne sont d’ailleurs pas les agences de notation qui décident, mais les investisseurs eux-mêmes. Or on voit clairement que des investissements importants arrivent en Hongrie non seulement d’Amérique, mais aussi d’Asie et d’Europe. En parallèle, je constate l’existence d’une perception selon laquelle l’économie hongroise serait contrainte à des mesures d’austérité, qu’elle dépenserait trop, qu’elle serait en difficulté, qu’il y aurait toujours tel ou tel problème. La réalité, pourtant, est la suivante : la croissance est inférieure à 1 %, et dans le même temps, le salaire minimum augmente de 11 %. Autrement dit, même avec une croissance d’environ 1 %, l’économie hongroise est capable d’une telle performance. Elle est capable d’offrir des prêts à taux fixe de 3 % avec soutien public pour l’accession à la première propriété. Nous sommes capables de doubler les avantages fiscaux pour les familles. Bien sûr, comme toutes les économies européennes, la Hongrie souffre de la guerre, qui freine la croissance. Mais malgré ce frein, elle est capable de fournir une performance remarquable et d’améliorer de manière tangible les conditions de vie des citoyens, en particulier des familles. Salaire minimum, politique du logement, exonération d’impôt sur le revenu pour les mères, doublement des avantages fiscaux familiaux ; dès juillet, nous avons également rendu le congé maternité et parental exonérés d’impôt. Pour de nombreuses familles, cela représente des dizaines de milliers de forints supplémentaires. Et là où plusieurs aides se cumulent, ce gain peut atteindre, pour un nombre non négligeable de familles, jusqu’à 100 000 forints par mois. Il se passe donc des choses très importantes dans la construction d’une économie et d’une société fondées sur la famille. Nous posons des pierres angulaires essentielles. Le travail entamé il y a une dizaine d’années peut être achevé au cours des quatre prochaines années : nous transformons l’économie hongroise en une économie centrée sur la famille. Cela repose bien sûr sur une réalité fondamentale : en Hongrie, nous vivons dans un monde où chacun doit faire quelque chose, où chacun doit travailler, sans quoi il est impossible de subsister et de faire vivre sa famille. Le lien entre le travail et la famille, que nous avons commencé à construire il y a quinze ans, a selon moi porté ses fruits : même avec une faible croissance, nous sommes capables d’apporter une aide substantielle aux familles.

Aujourd’hui débute également le versement de la première tranche des 13ᵉ et 14ᵉ mois de pension. Dans le même temps, cette semaine encore, un expert issu de la sphère de l’opposition a affirmé qu’il faudrait supprimer ces prestations, estimant qu’elles n’ont pas leur place dans le système de retraite hongrois. Quel serait le sort de ces pensions supplémentaires si le Fidesz n’était pas au pouvoir ?

Écoutez, il faut respecter les opinions qui diffèrent des nôtres. Après tout, la démocratie repose sur un désaccord pacifique. Autrefois, ceux qui n’étaient pas d’accord se fracassaient le crâne ; aujourd’hui, on compte les voix. La différence est de taille. Il n’est donc pas interdit de défendre ce type d’opinion : il faut la tolérer. Mais cela n’en reste pas moins une sottise manifeste. Pourquoi serait-ce un problème que les retraités perçoivent une pension plus élevée ? Pourquoi serait-ce un problème qu’un pays, dont l’économie est capable de le produire, donne davantage à des citoyens qui ont travaillé toute leur vie ? La pension n’est ni un cadeau ni une faveur. C’est la reconnaissance d’un fait simple : il fut un temps où ces personnes étaient actives, où elles portaient le pays à bout de bras. Et elles ont droit, aujourd’hui, à la sécurité pour leurs vieux jours. L’économie doit être organisée de manière à produire ces pensions. C’est la responsabilité du gouvernement. Et c’est exactement ce que nous faisons : nous avons rétabli la 13ᵉ pension et commencé à introduire la 14ᵉ. Et c’est très bien ainsi. Il est vrai que Bruxelles s’oppose à chacune de ces mesures. Ainsi, ceux qui, en Hongrie, tiennent ces discours, et que j’ai qualifiés de « sots », ce dont je m’excuse bien entendu, ne les inventent pas d’eux-mêmes : ils les reçoivent de Bruxelles. Bruxelles inscrit ces exigences dans tous ses documents et cherche même à les imposer comme conditions à la Hongrie. À chaque fois, je dois m’y opposer, dire non, refuser que la 13ᵉ pension, telle qu’elle est versée à tous, soit supprimée. Quant à la 14ᵉ pension, elle donne littéralement des haut-le-cœur à Bruxelles. L’idée selon laquelle l’argent ne devrait pas être envoyé à Bruxelles pour des objectifs bruxellois, mais redistribué ici aux citoyens ; l’idée selon laquelle les entreprises d’Europe occidentale doivent être lourdement taxées, et nous le faisons effectivement dans certains secteurs, afin de reverser cet argent aux gens : tout cela est considéré à Bruxelles comme une hérésie. Une chose à ne surtout pas faire. Cela n’existe nulle part ailleurs. Autrement dit, pour pouvoir maintenir la 13ᵉ et la 14ᵉ pension, le système de soutien aux familles, et bien d’autres mesures encore, nous devons constamment dire non à Bruxelles, et même nous opposer à elle. Ce qu’ils voudraient, c’est que l’argent que nous donnons aux familles soit laissé dans les caisses de leurs multinationales, ou, versé à Bruxelles. En effet, ils se préparent à augmenter les contributions des États membres dans la période à venir, principalement pour envoyer ensuite cet argent en Ukraine. Nous disons non à cela. Nous affirmons que l’argent est mieux employé chez les familles hongroises qu’à Kiev.

Par ailleurs, nous observons également des nuages sombres à l’horizon au niveau national en Europe. Aux Pays-Bas, un gouvernement à direction patriote a été remplacé par un gouvernement dirigé par le Parti populaire, qui prévoit l’instauration d’un « impôt sur la liberté », en réalité une hausse de l’impôt sur le revenu, des coupes dans les dépenses sociales, une augmentation des frais de santé, le tout afin de dégager davantage de moyens pour la défense et la sécurité. Quelle leçon la Hongrie doit-elle tirer de ce qui se passe aux Pays-Bas ?

Ce qui se passe aux Pays-Bas se produit presque partout en Europe occidentale. Dans la quasi-totalité des pays, des politiques d’austérité sont imposées. La raison en est simple : Bruxelles a donné l’ordre de passer à une économie de guerre. Tout le monde se prépare à verser, au cours des dix prochaines années, comme les Ukrainiens l’ont eux-mêmes présenté par écrit, 800 milliards de dollars pour le seul fonctionnement de l’État ukrainien (pensions, salaires, etc.), et encore 700 milliards pour l’armement. Cela fait 1 500 milliards. Cet argent, il faut bien le trouver quelque part. Il n’est pas possible de le donner à l’Ukraine qu’en le prenant à quelqu’un d’autre. L’autre option consiste à contracter des emprunts. C’est pourquoi des mesures d’austérité sont mises en place partout en Europe afin de pouvoir envoyer de l’argent à l’Ukraine, ou bien des emprunts sont contractés pour soutenir l’Ukraine. La Hongrie est un pays qui dit non aux deux. C’est pourquoi rien de tout cela n’existe chez nous. Les citoyens ne ressentent pas ce danger, précisément parce que ces mesures n’existent pas ici. Pourtant, en Hongrie aussi, les factures d’énergie pourraient être trois fois plus élevées ; il pourrait y avoir de l’austérité au lieu de baisses d’impôts ; les hausses de salaires pourraient être insignifiantes, voire inexistantes, comme en Europe occidentale. Au lieu de cela, nous avons 11 % d’augmentation du salaire minimum avec une croissance de 1 %. Si nous parvenons à continuer à dire non à Bruxelles, à empêcher que notre argent soit envoyé à Bruxelles puis en Ukraine, alors nous pourrons poursuivre cette politique économique, que j’appelle une politique économique nationale.

Pourtant, le parti Tisza affirme lui aussi ne pas préparer de mesures d’austérité. Selon vous, le parti Tisza serait-il capable de tenir tête à Bruxelles ?

Ils n’en ont pas la réputation. Le parti Tisza est une création de Bruxelles. Je ne veux pas blesser les militants sincères et enthousiastes qui croient construire et renforcer leur propre parti, surtout de bon matin, je ne veux pas leur asséner une telle mauvaise nouvelle, mais ils se trompent. L’organisation qu’ils soutiennent, et au nom de laquelle ils agissent, a été créée à Bruxelles. Elle a été créée pour mettre en place un gouvernement fantoche en Hongrie et exécuter ce que le parti Tisza reconnaît lui-même : un changement de régime. Ils veulent remplacer l’actuel système national par un système bruxellois, qu’ils appellent européen, mais qui est en réalité bruxellois. Ce qui importe donc, ce n’est pas ce que dit le parti Tisza, mais ce qu’il devra faire. Et moi, je sais ce qu’il devra faire, parce que Bruxelles nous le transmet par écrit. Simplement, je dis non. Le gouvernement bruxellois, créé là-bas et financé depuis là-bas, finance aussi le parti Tisza, qui reçoit des fonds de Bruxelles et de Kiev. Ils veulent manifestement installer un gouvernement pro-ukrainien qui enverra l’argent des Hongrois à Bruxelles et à Kiev. Voilà le plan, quoi qu’ils en disent. Il y a quelques jours, j’ai vu un ancien expert du parti Tisza expliquer très clairement qu’il y a, d’un côté, l’illusion, l’enfumage, le conte de fées, et de l’autre, la réalité. Ils travaillent avec deux programmes : l’un pour les Hongrois, l’autre pour Bruxelles. C’est à cela qu’il faut se préparer. Et je dois dire que même moi, qui ne suis pourtant pas novice en politique, j’ai été surpris. Le stratagème, que je n’ai pas perçu à temps, n’était pas un simple lapsus, mais une véritable stratégie : le parti Tisza a annoncé, il y a déjà un an, qu’il mentirait. Ils se défendent contre les accusations de fraude et de mensonge en ayant déclaré dès le départ que c’est ce qu’ils feraient. Ils ont dit clairement : nous ne révélerons pas notre véritable programme, car cela ne nous permettra pas de remporter les élections. De cette manière, ils se sont exonérés par avance de toute accusation de tromperie. Je pensais que cela était impossible, ou relevait du théâtre de l’absurde. Mais non. C’est la réalité. Ils annoncent qu’ils vont tromper, et par conséquent, on ne peut même plus leur reprocher de mentir. Voilà la stratégie du parti Tisza.

Puisque vous avez évoqué le plafonnement des prix de l’énergie, revenons-y un instant. Une décision a été prise : l’Union européenne interdit l’importation d’énergie russe. Vous avez affirmé que, dans ces conditions, le maintien de la baisse des factures énergétiques n’est pas soutenable, et vous avez saisi la Cour de justice de l’Union européenne pour contester cette décision. De son côté, le commissaire européen à l’Énergie affirme que cette décision est conforme à 100 % au droit européen. On a presque l’impression que les deux camps courent l’un vers l’autre, en attendant de voir lequel déviera le premier. Qui cédera en premier ?

Gagner du temps, c’est gagner des vies. Et nous ne dévierons pas : nous défendrons la politique du plafonnement des prix de l’énergie. Il a d’ailleurs fallu la défendre aussi aux États-Unis. Les Américains ont eux aussi instauré des sanctions contre les pays utilisant du pétrole et du gaz russes. Il a fallu s’en prémunir. Je n’ai pas tiré sur le volant : je suis allé à Washington, et je me suis mis d’accord avec le président américain pour qu’il comprenne la situation hongroise. Car si la règle générale qu’il prônait, pas de pétrole ni de gaz russes, avait été appliquée à la Hongrie, alors les charges énergétiques des ménages hongrois, qui s’élèvent aujourd’hui en moyenne à environ 250 000 forints par an (plus pour certains, moins pour d’autres), auraient explosé. À consommation identique, ces coûts sont aujourd’hui de 650 000 forints en Slovaquie, soit 400 000 de plus, 600 000 en Roumanie, 900 000 en Pologne, et plus d’un million de forints en Tchéquie. Si nous n’avions pas obtenu cette dérogation, si nous n’étions pas parvenus à un accord avec le président américain, les familles hongroises paieraient aujourd’hui entre 500 000 et 600 000 forints de plus par an. C’est pourquoi l’affirmation du parti Tisza selon laquelle il serait possible de se passer du gaz et du pétrole russes tout en maintenant la politique du plafonnement des prix de l’énergie est tout simplement un mensonge. Ce n’est pas possible. Soit ceux qui disent cela ne savent pas de quoi ils parlent, soit ils trompent volontairement les citoyens. J’observe d’ailleurs attentivement leur expert énergétique, envoyé ici par une grande compagnie pétrolière, Shell. Il souhaite manifestement couper les importations de gaz et de pétrole russes, et supprimer ou réduire les taxes élevées, indéniablement élevées, qui pèsent aujourd’hui sur les entreprises énergétiques. Or ce sont précisément ces taxes qui financent la politique du plafonnement des prix de l’énergie. Son intérêt, l’intérêt des grandes entreprises énergétiques est que cette taxe supplémentaire, cette taxe sur les bénéfices supplémentaires, leur soit supprimée. Mais si elle leur est supprimée, comment allons-nous financer la politique du plafonnement des prix de l’énergie ? L’énergie a un coût. Aujourd’hui, ce ne sont pas les familles qui le paient, mais les grands groupes énergétiques, fournisseurs, négociants, producteurs, comme Shell, par exemple, qui a fourni l’expert du parti Tisza. Ils versent une taxe sur les surprofits, et c’est grâce à cela que nous pouvons alléger la charge pesant sur les ménages. Sans gaz ni pétrole russes, ce mécanisme devient impossible. Car les profits élevés de ces entreprises proviennent précisément du fait qu’elles importent une énergie russe moins chère, génèrent des surprofits, dont nous prélevons une large part pour la redistribuer aux familles sous forme de baisse des factures. Affirmer que l’on peut maintenir la baisse des charges énergétiques sans gaz ni pétrole russes, c’est ne pas dire la vérité, par ignorance ou par mensonge.

L’interdiction de l’énergie russe vise, dans la logique bruxelloise, à soutenir l’Ukraine.
Mais il existe aussi des aides financières et militaires, que le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a portées cette semaine à un nouveau niveau à Kiev, en affirmant que, dès la conclusion d’un accord de paix, des forces armées occidentales seraient immédiatement déployées en Ukraine, avec des avions dans le ciel. Quelles en seraient les conséquences ? Comment évaluez-vous cette déclaration ?

Lorsqu’on parle de guerre et des dangers qu’elle représente pour la Hongrie, il faut distinguer deux phases. La première est le danger immédiat : aujourd’hui, ce danger consiste à envoyer l’argent des Hongrois en Ukraine. Le second danger, c’est l’envoi de jeunes Hongrois à la guerre, leur enrôlement. On parle en Europe d’armée européenne, de commandement militaire commun. Ce commandement ne serait vraisemblablement pas hongrois : d’autres décideraient alors de l’engagement de jeunes Hongrois enrôlés. C’est inacceptable ! Il existe ensuite une troisième étape, ou la suite logique de cette seconde phase, qui transparaît dans les propos du secrétaire général de l’OTAN. Et ce ne sont pas seulement des paroles : il existe des accords écrits entre la France et le Royaume-Uni, des déclarations allemandes allant dans le même sens, affirmant leur volonté de stationner des troupes en Ukraine. Ils appellent cela des « garanties de sécurité ». Or la Russie a clairement indiqué, et le répète chaque jour, que si des soldats occidentaux entraient en Ukraine, ils deviendraient des cibles militaires. Cela signifie que l’envoi de troupes occidentales en Ukraine, sans accord avec la Russie, équivaudrait à un affrontement direct entre des forces européennes et russes sur le sol ukrainien. Et cela, en général, ne se termine jamais bien. Cela rapprocherait la ligne de front, et donc la guerre, des frontières hongroises. Aujourd’hui, nous ressentons principalement le danger financier. Mais si le plan occidental se concrétise, la guerre pourrait se rapprocher de la Hongrie, nous affecter beaucoup plus directement, et ses effets destructeurs ne seraient plus seulement économiques, mais aussi physiques. C’est pourquoi nous devons être clairs dès maintenant : en aucune circonstance la Hongrie n’entrera en guerre contre la Russie, ni sur le territoire russe, ni sur le territoire ukrainien. La Hongrie n’est disposée à participer qu’à une alliance strictement défensive.

Il est toutefois intéressant de noter que, lors du récent congrès du Parti populaire européen, pratiquement au même moment que les déclarations de Mark Rutte, il a aussi été question d’examiner la mise en œuvre de la clause des traités européens prévoyant une assistance mutuelle entre États membres en cas d’attaque.

C’est précisément là le problème de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Je le dis ici, en Hongrie, certains l’ont compris, d’autres pas encore : admettre l’Ukraine dans l’Union, c’est intégrer un pays en guerre avec la Russie. Or, si un État membre est en guerre, les autres sont inévitablement entraînés. L’adhésion de l’Ukraine signifierait une guerre immédiate avec la Russie ; ou, en période de paix, un risque permanent de guerre. Nous parlons d’une ligne de front de 1 200 kilomètres ! Même en cas de paix, rien ne garantit sa durabilité. L’entrée de l’Ukraine dans l’Union représenterait donc une menace de guerre directe pour tous les pays européens. Depuis les rives de l’Atlantique, on commande un café et on observe cela de loin. Mais nous, nous sommes ici. Nous avons déjà connu la guerre avec la Russie, ou sur des territoires ukrainiens alors sous domination russe. Nous en connaissons les conséquences. Si une attaque russe devait partir de là-bas, ce sont d’abord nous qui en souffririons. Et nous voulons absolument éviter cela. C’est pourquoi nous cherchons à dissuader nos amis européens de cette folie, ou de cette entreprise extrêmement risquée, consistant à déployer des troupes en Ukraine sans accord avec la Russie. Car cela signifierait la guerre, d’abord pour l’Europe centrale, puis pour toute l’Europe.

Entre-temps, les relations hongro-ukrainiennes se sont encore détériorées, après qu’un citoyen hongrois a de nouveau perdu la vie à la suite des enrôlements forcés. En réponse, le gouvernement a interdit d’entrée sur le territoire hongrois trois responsables ukrainiens impliqués dans ces pratiques. Que peut-on faire dans une telle situation ? Cette mesure peut-elle avoir un effet dissuasif face aux enrôlements forcés ?

Je ne pense pas que cela provoque une panique majeure au sein du commandement militaire ukrainien, mais en tant que signal, c’est indéniablement important. Les autorités ukrainiennes ne peuvent pas espérer qu’elles puissent, par des enrôlements forcés, par la torture, par l’arrestation de personnes, saisir des Hongrois, y compris des personnes inaptes au service militaire, comme la dernière victime hongroise, les conduire à la mort ou les battre à mort, comme ce fut le cas pour un précédent conscrit hongrois, et que nous accepterions cela en silence. Il est vrai que Bruxelles couvre Kiev. Nous avons engagé des procédures à Bruxelles et demandé que les institutions européennes se prononcent sur cette affaire, qu’elles signalent clairement aux Ukrainiens que, dans de telles conditions, l’Europe ne soutiendra pas l’Ukraine. Mais Bruxelles a refusé. Nous ne pouvons donc pas compter sur Bruxelles pour protéger les Hongrois vivant en Ukraine. Bruxelles sacrifie sans scrupules les Hongrois d’Ukraine dans la guerre russo-ukrainienne. Le sort des Hongrois ne les intéresse pas. Cela ne compte que pour nous. C’est donc à nous de nous lever, de prendre la parole, et de faire clairement comprendre aux Ukrainiens que nous surveillons la situation, que nous consignons chacun de ces crimes, et qu’il y aura des représailles, des conséquences. Qu’ils ne se fassent pas d’illusions : cela ne restera pas impuni. Il faut le signaler clairement, et tôt ou tard, nous ferons respecter cela. La première étape a été l’interdiction d’entrée sur le territoire.

Sur tous les sujets que nous avons évoqués jusqu’à présent, la poursuite de la guerre, le financement de l’Ukraine, les attaques contre la baisse des charges énergétiques, il est possible de dire non à travers la pétition nationale. Dans le même temps, le secrétaire général de l’OTAN, les dirigeants de l’Union européenne et ceux des grands États membres affirment qu’il est vital de maintenir le soutien à l’Ukraine. Face à leur parole, quel poids ont ceux qui renvoient la pétition ?

La Hongrie n’a pas vocation, et moi encore moins, à vaincre, dans un débat, plus de vingt pays européens plus grands que nous, ou pour la plupart plus puissants que nous, et à imposer la volonté hongroise. Cela dépasse ce qui est possible. Bien sûr, je travaille à ce que les peuples européens se révoltent contre la guerre et se rangent de plus en plus du côté de la paix. Les gouvernements pro-guerre ne considèrent pas cela comme un geste amical, mais c’est la vie. La seule chance pour que l’Europe échappe à la guerre, c’est que les citoyens favorables à la paix, et ils sont majoritaires ailleurs comme en Hongrie, contraignent leurs gouvernements à abandonner la politique de guerre au profit d’une politique de paix. C’est pourquoi nous nous organisons aussi à l’échelle européenne avec l’alliance politique dite des Patriotes. Mais aucun électeur hongrois ne peut sérieusement croire que le Premier ministre hongrois puisse, dans un débat à Bruxelles, imposer la paix face aux Français, aux Allemands, aux Polonais, et à Dieu sait quels autres grands pays. C’est irréaliste. La taille et la force de la Hongrie ne rendent pas une telle ambition crédible. Il ne nous reste donc qu’une seule option : rester en dehors de tout cela. Ce que font les Européens est une mauvaise chose. Puisque nous ne pouvons pas transformer cette mauvaise chose en quelque chose de bon, notre ambition est d’en rester à l’écart. Ne pas être impliqués dans le mal est déjà une victoire, si je puis dire. Mon ambition, et je crois que c’est une ambition réaliste pour la Hongrie, est de maintenir notre pays hors de la guerre, de ne pas participer aux décisions qui rapprochent chaque jour l’Europe du conflit, et de ne pas laisser l’argent des Hongrois être envoyé à Kiev, en Ukraine. Nous devons rester à l’écart. Pour cela, il faut dire non, et accepter le conflit avec Bruxelles. Si vous n’acceptez pas le conflit, vous ne pouvez pas rester en dehors : on vous attrape par le col et on vous entraîne avec les autres. C’est pourquoi un gouvernement fantoche bruxellois serait une mauvaise chose pour la Hongrie. C’est pourquoi nous avons besoin d’un gouvernement national : lui seul est capable d’assurer la sécurité du pays.J’ai interrogé le Premier ministre Viktor Orbán sur les hausses de salaires et les aides familiales qui entrent en vigueur ces jours-ci, sur les enrôlements forcés ukrainiens, ainsi que sur l’importance de la pétition nationale.

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