Károly Szita : Chers Amis, Mesdames et Messieurs, Jusqu’ici, il ne s’était encore rien passé… mais maintenant, il va se passer quelque chose. Quelque chose de différent. Avant toute chose, avant de donner la parole… ou plutôt, qui suis-je pour me permettre de « donner » la parole ? Je voudrais demander à Monsieur le Premier ministre de dire quelques mots à notre sujet aussi. J’aimerais attirer son attention sur le fait que nous sommes aujourd’hui très nombreux dans cette salle. Ce n’est pas un hasard si cette arène a été construite. Et demain, nous jouerons un grand match de basket contre l’Alba Fehérvár. Je dis cela simplement pour préciser que toi, tu soutiendras ton équipe, moi la mienne : mais au final, nous gagnerons ensemble. Sois le bienvenu parmi nous, Monsieur le Premier ministre !
Bonjour à toutes et à tous ! Je ne sais pas quel sera le résultat du match de basket Kaposvár–Fehérvár, mais je sais une chose : à la fin, nous serons tous Hongrois.
C’est vrai !
Merci beaucoup de m’avoir invité. Merci également à Károly d’avoir accepté d’animer cette rencontre. Je suis arrivé par la ligne Davos–Kaposvár, avec une escale à Bruxelles. Je peux donc vous rendre compte directement de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde, et de ce qui nous concerne directement. Je remercie Károly pour cette vieille amitié. Je remercie les habitants de Kaposvár pour la solidarité et l’esprit de camaraderie dont j’ai bénéficié de votre part tout au long de ma vie. Kaposvár nous a toujours soutenus, et m’a soutenu personnellement. Merci pour chaque mot bienveillant, chaque encouragement, chaque tape sur l’épaule, chaque prière. Merci pour les votes, merci pour l’encouragement ! Nous avons toujours essayé, du côté du gouvernement, de vous rendre cette confiance. Je peux dire qu’il existe une vieille amitié entre Kaposvár et notre communauté politique, le Fidesz, une amitié dont la caractéristique principale est que nous ne nous sommes jamais lassés les uns des autres. Et pourtant, cette histoire est longue.
J’ai vérifié : je suis venu ici pour la première fois en mai 1989. À l’époque, j’étais ici pour vous convaincre que le moment était venu de renvoyer les communistes et de faire rentrer les Soviétiques chez eux. Voilà ce qu’était mon discours, en résumé, en mai 1989. C’était encore un régime communiste, et les Soviétiques étaient toujours là. Il s’agissait d’une réunion de diffusion de samizdat. Je vois qu’il y a des jeunes parmi nous, je l’ai remarqué tout à l’heure, et beaucoup ne savent probablement pas ce qu’est un samizdat. Comment le sauraient-ils ? Le samizdat, c’était un document qu’il fallait diffuser clandestinement ; sinon, les autorités le confisquaient. Son origine était douteuse, incertaine, un peu comme le programme de Tisza : personne ne sait exactement ce qui est vrai, on comprend juste qu’il se passe quelque chose. Nous étions au Centre culturel Kilián. Plus tard, je suis aussi venu ici au théâtre. Dans les années 1990, c’était très chic de venir de Budapest à Kaposvár pour aller au théâtre, vous vous en souvenez peut-être. Moi aussi, je suis venu, j’ai vu de très beaux spectacles, et je me souviens également d’un affrontement mémorable. C’était en janvier 1994. Dans le foyer du théâtre, je suis tombé nez à nez avec István Eörsi, homme politique du parti SZDSZ, et nous nous sommes mutuellement insultés. Lui nous reprochait de ne pas détester suffisamment le MDF, nous étions alors à la veille des élections de 1994, et nous, nous les provoquions en disant qu’ils s’étaient déjà entendus en secret avec les communistes dans les coulisses, et qu’il en sortirait une coalition SZDSZ–MSZP. Eh bien… c’est exactement ce qui s’est produit ! L’essentiel, c’est que cette joute verbale s’est finalement transformée en duel dans le foyer du théâtre. L’arme choisie : la pálinka. L’unité de mesure : le demi-décilitre. István Eörsi n’est plus de ce monde, que Dieu ait son âme, je peux donc dire sans risque que j’ai gagné. Personnellement, je ne m’en souviens pas, mais selon les témoins, c’est ainsi que cela s’est passé. Et pendant que nous nous affrontions à l’intérieur, un mètre de neige est tombé sur Kaposvár. Vous vous en souvenez certainement, c’était en janvier 1994. Je suis resté coincé ici pendant deux jours, et Károly m’a accueilli chez lui avec mon épouse, alors enceinte de huit mois. Elle a exprimé sans détour son opinion sur ce qui s’était passé au foyer du théâtre, mais cela ne nous concerne pas aujourd’hui.
Ces deux journées m’ont permis de longues discussions avec Károly sur ce que serait cette « histoire appelée Kaposvár ». Je lui demandais : quelle est votre place ? Comment faire de Kaposvár une ville viable, moderne ? En effet, votre position est un peu particulière, même sur la carte : on ne sait pas très bien si vous êtes le centre du « pays de Somogy », ni quelle est votre taille réelle. Soixante mille habitants, c’est bien cela ? Et puis, non loin d’ici, il y a cet aimant appelé Pécs, une grande ville qui attire tout à elle, tandis que Budapest continue de croître. Alors comment faire de Kaposvár une véritable ville hongroise, capable d’offrir une vie de qualité, de la sécurité, une urbanité assumée tout en restant profondément provinciale ? Károly m’a répondu, de mémoire, ceci : premièrement, connectez-nous. Il parlait des routes. L’idée était donc que le Somogy ne soit pas le bout du monde : qu’on puisse venir ici facilement, et que nous puissions, nous aussi, rejoindre rapidement n’importe quelle région du pays. Il a dit qu’il fallait une université. Ne laissez pas partir l’école supérieure : faisons-en une université. Même si elle s’est intégrée à Gödöllő, qu’elle reste ici, qu’elle demeure une université autonome. D’ailleurs, 30 % des étudiants qui y obtiennent leur diplôme restent sur place. C’est un taux extrêmement élevé à l’échelle internationale ! Dans une ville de province, que 30 % des diplômés restent localement, c’est remarquable. Károly a aussi dit qu’il ne fallait pas oublier l’hôpital. L’hôpital ! Je recommande à chacun de prêter attention au débat qui porte sur ce sujet. Le parti Tisza a avancé l’idée de créer sept grands hôpitaux régionaux. Cela signifie que le vôtre serait condamné, ou, à tout le moins, rétrogradé. Notre programme, et János Lázár en a peut-être déjà parlé, car c’est lui qui le défend le plus fermement, est clair : chaque chef-lieu de comitat doit disposer d’un hôpital fort, capable d’assurer les soins de santé pour les habitants du comitat. Voilà votre avenir. Károly a également rappelé que Kaposvár est une ville de culture, et qu’elle doit porter une culture de haut niveau, exigeante. Il a dit : le théâtre. Nous avons tenu parole : le théâtre n’a pas seulement été maintenu, il a été rénové. Puis, Károly a dit que l’élément le plus important, c’était le parc industriel. Il existe ici une sucrerie, désormais sous contrôle autrichien, mais il s’agit de la dernière sucrerie hongroise, et il est essentiel de la préserver. Il faut créer un parc industriel, il faut attirer des investissements. Sous les gouvernements Fidesz, 100 milliards de forints d’investissements sont arrivés dans le parc industriel de Kaposvár. Car ce sont les investissements qui créent des emplois, et seuls les emplois permettent de retenir les jeunes. Plus tard, une vingtaine d’années après notre première rencontre qui remonte à trente-sept ans, Károly a également évoqué l’Arbre de Vie. Il a dit qu’il fallait absolument que j’y aille, et un jour il m’a invité à planter un arbre dans le parc de l’Arbre de Vie pour célébrer la naissance d’un enfant. À mon sens, c’est l’une des plus belles idées, l’un des symboles les plus réussis qu’un maire, ou des maires, aient imaginés dans une ville depuis le changement de régime.
Permettez-moi aussi, si Károly m’y autorise, de vous remercier pour Márta Mátrai, qui a été directrice de notre groupe parlementaire et intendante de l’Assemblée. Qu’on me pardonne, mais lorsque j’entends le mot Kaposvár, ce n’est pas Karcsi qui me vient à l’esprit, c’est elle. Et quand je la croise dans les couloirs du Parlement, un seul mot me traverse l’esprit : irréprochable. Nous remercions Márta pour son travail !
Je dois encore dire quelques mots sur le père Beton, notre évêque, que je salue ici très chaleureusement, Il a toujours fait preuve d’indulgence face à ce fait immuable : je suis malgré tout calviniste. Il ne m’a jamais privé de ses conseils paternels. Lors d’une de nos discussions politiques, il m’a dit : le gouvernement national, c’est une belle chose, mais il doit reposer sur des fondements chrétiens. En 2010, nous avons adopté une constitution nationale et chrétienne. Lorsque l’on écrira un jour sur ces dix et quelques années, je pense que l’on dira en premier lieu ceci : après vingt années confuses qui ont suivi le changement de régime, des années durant lesquelles nous ne savions même plus clairement, et certainement pas à la lecture de la constitution, qui nous étions, quelle était notre vocation, pourquoi nous étions au monde, quelle mission les Hongrois devaient accomplir ou servir, autrement dit ce qu’était la vie hongroise : la constitution adoptée en 2011 a apporté une réponse claire à cette question. Je rappelle à tous qu’elle a été signée par le président de la République le jour de Pâques. C’est la constitution de Pâques : elle dit clairement quelle est la mission des Hongrois dans le monde. Je suis certain que le père Beton est également satisfait des modifications constitutionnelles adoptées par la suite, précisant que le père est un homme et la mère une femme. Autrefois, tout le monde le savait ; aujourd’hui, il a fallu l’inscrire dans la Constitution. Nous disposons donc d’une constitution chrétienne et nationale, solide et stable, qui se distingue de la politique actuellement menée dans l’ensemble des autres pays européens. Je remercie tous ceux qui ont contribué à son élaboration, ne serait-ce que par un bon conseil, comme Monseigneur l’évêque.
Voilà où nous en sommes, Mesdames et Messieurs. Kaposvár a toujours pu compter sur le gouvernement, et nous avons toujours pu compter sur Kaposvár. Merci pour ces trente-sept années passées ensemble.
Nous vous remercions infiniment, cher Monsieur le Premier ministre ! Vient maintenant la suite de notre programme. Jusqu’ici, tout a déjà été passionnant, mais une autre partie tout aussi stimulante va commencer : le moment où je vais vous donner la parole pour poser vos questions. Moi, je ne suis qu’un figurant décoratif ; le véritable protagoniste, c’est Monsieur le Premier ministre. Posez vos questions, et donnez ainsi au Premier ministre l’occasion d’y répondre.
On ne sait jamais très bien, au début, Károly, qui est le plus important. Un jour, j’ai dirigé l’équipe de football du Fidesz contre la sélection des journalistes. Poignée de main au centre du terrain, et l’un des journalistes me dit : « Quel que soit le résultat, de toute façon, ce sera celui dont j’écrirai. » Károly, on verra bien…
Avant de commencer, je tiens d’emblée à vous présenter mes excuses, à vous tous. Philip Rákay m’a expressément demandé de toujours garder un œil sur cette horloge, là-bas. Quand elle atteindra 60:00, je devrai essayer, d’une manière ou d’une autre, de remercier respectueusement chacun pour sa question, puis de remercier Monsieur le Premier ministre pour ses réponses. Mais s’il continue toujours à dire quelque chose, mes chances sont minces… Sois indulgent avec moi, Philip, je ferai de mon mieux, je te le promets.
Je le dis à ma fille pour que ma belle-fille comprenne aussi. Oui, oui, je comprends bien…
Mesdames et Messieurs, j’ai donc l’honneur de vous donner donc la parole. Nous nous sommes mis d’accord avec Monsieur le Premier ministre pour procéder ainsi : je vais recueillir trois questions. Après ces trois questions, Monsieur le Premier ministre donnera son avis, puis nous ouvrirons un nouveau tour. Alors, qui sera le premier intervenant ? Je regarde autour de moi… là-haut, une dame fait de grands signes des deux mains. Je voudrais demander à mes collègues de bien vouloir lui faire parvenir un micro, si possible.
Rózsa Járfás : Merci beaucoup. Du vin, du blé, et la paix ! Je m’appelle Rózsa Járfás, je suis entrepreneure à Kaposvár. Je viens d’une famille paysanne profondément enracinée en Somogy. Une partie de ma famille travaille encore aujourd’hui dans l’agriculture. J’ai de très nombreux amis et connaissances, qui, comme la majorité des habitants de Somogy, sont agriculteurs et vivent de la terre. Je suis venue avec un message : remercier Monsieur le Premier ministre et le gouvernement pour les soutiens considérables accordés aux agriculteurs ces dernières années, soutiens qui leur ont permis de planifier l’avenir avec confiance. Ils ont la foi, l’espoir, et des objectifs très sérieux pour l’avenir. Cependant, les événements de la semaine dernière ont profondément inquiété le monde agricole. Les les bureaucrates de Bruxelles, comme le dit souvent Monsieur le Premier ministre, sont assis à l’envers sur leur cheval : ils veulent faire entrer en Europe toutes sortes de, j’emploie ce mot, déchets, et ils veulent nous contraindre à acheter ces produits. Les agriculteurs se demandent ce qu’il adviendra de leurs récoltes si l’accord de libre-échange entre en vigueur, si les céréales ukrainiennes arrivent sur notre marché. Ma question au Premier ministre est la suivante : existe-t-il une issue, une marge de manœuvre, pour que les agriculteurs puissent continuer à planifier ? Nous, Hongrois, disons même dans notre prière : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » Au nom des agriculteurs, Monsieur le Premier ministre, je demande votre aide ainsi que celle de votre gouvernement. Je vous remercie.
Károly Szita : Merci beaucoup. Chers Amis, avant de poursuivre, permettez-moi de remercier chaleureusement chaque intervenant, également au nom du Premier ministre. Mais afin que le plus grand nombre puisse poser une question, je vous demanderai respectueusement de vous en tenir à une minute par question. Je vous en prie. Un instant, s’il vous plaît, mes collègues vont apporter le micro. J’essaie de procéder par secteurs, je ne peux pas regarder partout en même temps ; je vous prie de bien vouloir m’excuser si je ne donne pas immédiatement la parole à chacun. Je vous en prie.
Margit Kaposvölgyiné Hangyel : Je m’appelle Margit Kaposvölgyiné Hangyel, je suis retraitée. J’ai quatre petits-enfants. Nous avons été très heureux du gel des prix de l’énergie et de leur baisse, mais personnellement, je m’inquiète : si, à cause de la guerre, les prix de l’énergie continuent d’augmenter, tout cela ne sera peut-être plus finançable. Monsieur le Premier ministre, avez-vous quelque chose de rassurant à nous dire à ce sujet ?
Károly Szita : Merci beaucoup. Je me tourne maintenant… Je vous en prie, là-bas, au fond, que mes collègues vous aident, je vois des mains levées avec difficulté. Oui, allez-y.
Sándor Kecskeméti : Bonjour ! Je m’appelle Sándor Kecskeméti, je vis dans le comitat de Somogy. Le front ukrainien est actuellement loin, et je souhaite que cela reste ainsi. Je ne me battrai que pour mon propre pays et pour ma famille. Je ne ferai pas la guerre pour l’Ukraine, et je ne ferai pas la guerre pour un Ukrainien qui prêche en pull vert. Quel message adressez-vous aux habitants de Somogy ? Que se passe-t-il réellement aujourd’hui en Ukraine ?
Károly Szita : Merci beaucoup pour cette question ! Cher Premier ministre, la parole est à vous !
Chacune de ces questions mériterait à elle seule une matinée ou un après-midi entier. Commençons par les agriculteurs. Si l’on prend un peu de recul et que l’on se demande pourquoi nous tenons tant à la survie des villages hongrois, pourquoi nous avons besoin de paysans hongrois, pourquoi nous avons besoin d’une agriculture hongroise, alors, vu de loin, je dirais ceci : lorsque je regarde le monde, je vois que partout les choses artificielles se multiplient, et que l’humanité s’éloigne de plus en plus de son milieu naturel, réel. Tout est en plastique. On veut désormais nous faire manger de la viande artificielle. Même l’intelligence est devenue artificielle, alors même que, avec l’intelligence naturelle, nous ne nous en sortons déjà pas très bien ; c’est peut-être celle-là qu’il faudrait d’abord développer. Bref, tout donne le sentiment que les choses s’éloignent de nous, deviennent de plus en plus artificielles, factices. Or le village, le contact direct avec la nature, la terre, le travail de la terre, le fait que quelque chose naisse du néant ou d’une simple graine, sont des expériences fondamentales, des éléments essentiels de la vie humaine, qu’il faut préserver, même si la vie devient de plus en plus confortable en ville. C’est pourquoi les villages doivent absolument être préservés. Dans ce domaine, le Somogy porte une responsabilité immense. Si je lis correctement les chiffres, c’est dans le Somogy que l’on trouve le plus grand nombre de villages parmi tous nos comitats : deux cent soixante-dix et quelques, si je me souviens bien. Le Somogy a donc à la fois la responsabilité et la possibilité de maintenir les Hongrois sur leur terre, de ne pas les laisser perdre, dans ce monde de plastique, le lien avec la réalité, et, à terme, avec eux-mêmes. Voilà la première dimension. La seconde concerne la vie matérielle. La Hongrie est un pays dont l’agriculture est capable de nourrir vingt millions de personnes. Si nous cultivons toutes nos terres arables et obtenons des rendements corrects, nous pouvons nourrir vingt millions d’êtres humains. Cela signifie : nous-mêmes, plus dix millions d’autres. C’est cette production que nous pouvons vendre. L’agriculture hongroise est donc un pilier fondamental de l’économie hongroise, non seulement pour les raisons symboliques et civilisationnelles que je viens d’évoquer, mais aussi pour des raisons financières. Nous produisons la nourriture de dix millions de personnes supplémentaires, et nous pouvons la vendre ailleurs. Et c’est là que commencent les problèmes. C’est là que réside le problème fondamental de l’agriculture hongroise. Partout dans le monde, il existe une lutte entre les commerçants et les producteurs. Quand on parle de ce que vous avez évoqué, le Mercosur, l’importation de denrées bon marché d’Amérique du Sud, ou de produits alimentaires bon marché venant d’Ukraine, de quoi s’agit-il en réalité ? Il s’agit de faire en sorte que dix millions de Hongrois consomment des produits importés. Qui profite de l’importation ? Eh bien, les commerçants. En réalité, il s’agit aussi d’une guerre larvée entre commerçants et producteurs. Si vous protégez l’agriculture hongroise, vous protégez vos producteurs. Si vous ne le faites pas, vous abandonnez la consommation de dix millions de personnes, et la puissance financière qui l’accompagne, aux importateurs, autrement dit aux commerçants. C’est pourquoi la souveraineté hongroise dépend aussi du fait qu’il existe une campagne hongroise, des villages, et une agriculture hongroise. Alors, où en sommes-nous ? Existe-t-il une échappatoire ? Oui, il y a une échappatoire, à condition de l’enfoncer à coups de massue. Elle n’existe pas d’elle-même : une échappatoire, ça se crée.
Károly va me réprimander, mais je dois dire qu’il se déroule ici une guerre juridique européenne silencieuse. Lorsqu’une fois l’Union européenne conclut un accord, par exemple sur l’importation de produits alimentaires sud-américains, alors, selon la constitution européenne actuellement en vigueur, chaque pays doit le voter dans son propre parlement national : on appelle cela la ratification. Personne ne peut nous retirer ce droit. Alors comment nous l’enlève-t-on ? En inventant une réglementation juridique, totalement contraire à la constitution européenne, qui dit ceci : certes, la ratification est nécessaire, mais tant qu’elle n’a pas eu lieu, la Commission, c’est-à-dire Mme von der Leyen, peut mettre l’accord en application provisoire, même si nous ne l’avons pas approuvé. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. C’est de cela que porte le débat, c’est cette bataille qui est en cours. En effet, la Commission veut mettre provisoirement en vigueur un accord que non seulement nous ne voterons pas, mais que d’autres pays ne voteront pas non plus. Voilà les batailles cachées qui se livrent à Bruxelles. À mon avis, il y a une chance : si les agriculteurs se défendent, les politiciens bruxellois ne sont pas aussi courageux qu’ils le prétendent lors des conférences de presse. Lorsque les agriculteurs s’unissent, ils ont tendance à reculer. Il faut une mobilisation agricole à l’échelle européenne, et alors, je pense que l’agriculture européenne peut être sauvée. S’agissant de l’agriculture hongroise, j’ai entendu que János Lázár en a également parlé, je dois dire que ces quinze dernières années, elle a beaucoup progressé. Son efficacité s’est améliorée, et selon les données, depuis 2010, la productivité a augmenté de 53 %. Aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, la Hongrie est le septième pays le plus productif en matière agricole. Ce n’est pas mal sur vingt-sept, mais selon moi, il ne faut pas s’arrêter avant le podium : nous devons entrer dans le top trois. Après 2026, nous mobiliserons des ressources très importantes à cet effet. N’oubliez jamais ceci : Bruxelles est l’adversaire des agriculteurs. Bruxelles est l’ennemi des agriculteurs. Mme von der Leyen aussi. M. Weber, qui dirige le Parti populaire européen, aussi. M. Zelensky aussi, puisqu’il veut faire entrer ici des produits alimentaires ukrainiens de faible qualité. Et le dirigeant du parti Tisza fait également partie de ce même ensemble. Vous savez, tout cela se vend en pack : si vous prenez le Tisza, vous obtenez avec Mme von der Leyen, M. Weber et encore M. Zelensky. Tenez, voilà pour vous le boiteux : et avec une bosse en prime ! Voilà pour l’agriculture.
En ce qui concerne les prix de l’énergie, il s’agit d’une question très profonde, qui touche aussi à des enjeux philosophiques. Il est indéniable que lorsque nous avons introduit la baisse des charges énergétiques, nous avons découplé le prix de l’énergie pour les ménages des mécanismes naturels du marché. Cela signifie que les Hongrois paient moins cher leur énergie que s’ils devaient l’acheter librement sur le marché, sans régulation publique. La question de savoir s’il est légitime de faire cela fait l’objet de vifs débats. À mon sens, il ne faut pas raisonner à partir de la théorie, mais à partir de la réalité. Si je regarde aujourd’hui ce qui se passe en Europe occidentale, là où il n’y a pas de plafonnement des prix de l’énergie, je constate que des citoyens et des familles semblables à vous paient deux à trois fois plus pour leur charges que vous. La vraie question est donc la suivante : les familles hongroises pourraient-elles supporter cela ? Que chacun imagine qu’il paie chaque mois une facture de gaz de 30 à 40 000 forints, et qu’il la multiplie par trois. Qu’il réfléchisse alors aux conséquences qu’aurait l’absence de plafonnement des prix de l’énergie. Plus on est pauvre, plus les prix élevés de l’énergie vous écrasent au sol. C’est pourquoi le gouvernement hongrois a décidé de considérer les charges énergétiques comme une question qui doit être régulée collectivement, à l’échelle nationale. C’est ainsi que nous avons mis en place un système de plafonnement des prix. Comment faisons-nous ? Nous procédons ainsi : ceux qui gagnent beaucoup d’argent dans le secteur de l’énergie voient une partie de leurs profits prélevée, et cette somme est redistribuée à la population sous forme de soutien aux factures. Voilà la situation, si je la simplifie. Ce n’est simple qu’en apparence, car si, par exemple, nous ne prélevions pas une grande partie des profits de MOL, alors MOL serait une entreprise plus prospère. Si nous ne prenions pas non plus une partie des bénéfices de MVM, et si nous ne les redistribuions pas, ce serait également une entreprise plus performante. Tout a donc un prix. Cela signifie qu’en Hongrie, les profits dans le secteur de l’énergie ne peuvent pas atteindre les niveaux observés en Europe occidentale. Or, voilà qu’apparaît ce nouvel homme du côté de Tisza, ce M. Kapitány, cet homme de l’univers des multinationales, qui a travaillé chez Shell. J’ai regardé les chiffres : lorsque la flambée des prix de l’énergie s’est produite à cause de la guerre, en 2022–2023, Shell affichait un bénéfice annuel de 19 milliards avant la hausse des prix ; et, en l’espace d’un an, ce bénéfice est passé à 40 milliards. C’est précisément cette augmentation que nous avons prélevée et redistribuée aux citoyens, afin que ce ne soit pas eux qui paient le prix des changements brutaux et insoutenables intervenus sur le marché de l’énergie. Ce que je veux donc vous dire, c’est que le plafonnement des charges énergétiques est une question extrêmement complexe, très difficile à maintenir. Mais je suis convaincu qu’en Hongrie, cela est devenu un bien public. Nous devons considérer le plafonnement des charges comme un service que l’État hongrois doit fournir. Et tant qu’il y aura un gouvernement national, cela restera ainsi. Il faut savoir que nos adversaires veulent supprimer ce système. Nous recevons régulièrement de Bruxelles des injonctions écrites nous demandant de mettre fin au plafonnement des prix de l’énergie. Les politiciens hongrois soutenus depuis Bruxelles tiennent exactement le même discours. Le parti Tisza affirme même que le plafonnement des prix est une supercherie. Peut-être que dans le quartier chic de Rózsadomb, c’est une supercherie ; mais à Kaposvár-périphérie, ce n’est pas sûr : là-bas, c’est essentiel. Ainsi, cette question constituera aussi un enjeu électoral : si le gouvernement national reste en place, le plafonnement des charges restera ; si un gouvernement bruxellois arrive au pouvoir, le plafonnement des charges est condamné. La question est alors la suivante : que voulons-nous faire à long terme ? Outre le gaz, l’électricité est un élément clé de notre politique énergétique ; et là, nous avons une marge de manœuvre. Parmi nos grands objectifs figure celui d’atteindre l’indépendance énergétique. Cela peut se réaliser par étapes. D’abord, nous construirons Paks II, car c’est la source d’énergie la moins chère disponible. Ensuite, nous prolongerons la durée de fonctionnement de Paks I. À eux deux, ils pourront couvrir environ 65 à 66 % des besoins en électricité de la Hongrie. Nous continuerons à développer l’énergie solaire. Nous fournissons désormais aussi des batteries, tant aux entreprises qu’aux particuliers ; cela pourra couvrir environ 20 % supplémentaires. Ainsi, il ne restera plus qu’environ 10 % à couvrir par le gaz. Et pendant ce temps, discrètement et habilement, comme nous ne disposons pas de ressources gazières propres, nous achetons des champs gaziers à l’étranger. Je ne sais pas si vous le saviez, mais il existe par exemple un champ gazier hongrois en Azerbaïdjan. Si nous parvenons à mener ce plan à bien, alors, d’ici la fin du prochain cycle gouvernemental, la Hongrie deviendra un pays capable de produire elle-même l’intégralité de l’électricité dont elle a besoin. Voilà pour l’énergie et le plafonnement des prix de l’énergie. Que notre intervenante qui nous a interrogés ne s’inquiète donc pas de sa viabilité. Naturellement, ce système n’est pas viable en soi, mais nous sommes capables de le maintenir. C’est, au fond, la réponse courte.
L’Ukraine. Avant de répondre à la question de savoir en quoi l’Ukraine nous menace, comment elle s’immisce dans la vie hongroise, permettez-moi d’élargir un instant la perspective et d’expliquer ce qui se passe en Ukraine dans un cadre plus large. Je vous propose de revenir mentalement à 1990. En 1990, les Soviétiques se retirent, la Hongrie quitte le Pacte de Varsovie, et elle adhère à l’OTAN en 1999. Entre ces deux moments, pendant huit ou neuf ans, la Hongrie est en réalité une zone tampon entre le monde occidental et le monde russe. En entrant dans l’OTAN, la Hongrie sort de cette zone tampon et devient partie intégrante du système de sécurité occidental. La frontière orientale de ce système de sécurité occidental se situe aux frontières orientales de la Hongrie. Au-delà commence l’Ukraine. Ainsi, l’Ukraine est devenue le territoire servant de zone tampon entre le monde russe, l’armée russe et le monde occidental. Tel a été son statut pendant environ trente ans. Le destin des zones tampons est toujours le même : les puissances entre lesquelles elles se situent exercent une influence sur elles. De manière conflictuelle, mais, au final, l’Ukraine a été soumise à 50 % d’influence occidentale et à 50 % d’influence russe. Voilà ce qu’était l’Ukraine. Et c’est alors qu’une décision a été prise. Les Occidentaux, les Américains et les Ukrainiens ensemble, ont alors décidé d’y mettre fin : ils ont décidé qu’ils ne seraient plus une zone tampon, mais qu’ils rejoindraient le système de sécurité occidental, comme nous l’avons fait. Sauf que la conséquence en a été la suivante : les Russes ont perçu cela comme l’arrivée de l’OTAN directement aux frontières de la Russie, et ils ont dit : non, ça, c’est non ! Il est possible que l’Ukraine ait le droit de rejoindre l’alliance qu’elle souhaite. Mais la Russie, elle, considère qu’elle a aussi le droit de ne pas laisser une armée hostile s’installer à ses frontières. Et elle l’a clairement annoncé : si vous faites cela, si vous persistez à vouloir intégrer l’Ukraine à l’OTAN, il y aura la guerre. Et c’est exactement ce qui s’est produit. L’Ukraine, les Américains, l’Europe, l’Occident ont insisté sur l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ; les Russes, eux, ont insisté pour que cela n’ait pas lieu : de cette confrontation est née la guerre. Bien sûr, dans le récit occidental, cela se présente ainsi : le petit ogre insatiable est arrivé de l’Est et a englouti la pauvre Ukraine. Je n’exclus pas que les Russes aient toutes sortes d’ambitions territoriales. Nous ne pouvons pas lire dans la tête de qui que ce soit, et encore moins dans celle de personnes formées au KGB ; inutile même d’essayer. Mais une chose est certaine : nous connaissons les faits. Et je ne vois pas d’autre solution que de se résigner à cette réalité : l’OTAN et l’Union européenne ne peuvent pas s’étendre jusqu’aux frontières immédiates de la Russie, parce que les Russes répondront toujours à cela par la guerre. C’est pourquoi il doit toujours exister quelque chose, une zone tampon, entre la Russie et l’Occident, y compris entre la Russie et la Hongrie, à l’est des frontières hongroises. Il faudrait donc s’entendre sur la manière dont ce territoire appelé Ukraine, qui était une zone tampon, devenu aujourd’hui une zone de guerre, pourrait redevenir un État tampon. Un pays pacifique, capable de se développer, soumis à des influences venant de droite et de gauche, les intégrant dans sa politique, un pays à la situation particulière. C’est cela que nous pouvons atteindre. Si ce n’est pas cela, l’alternative, c’est la guerre permanente. Nous sommes nombreux ici à être mariés depuis un certain temps ; moi-même, j’approche des quarante ans. Dans le mariage, on apprend une chose : il arrive que la paix et la tranquillité soient plus importantes que la vérité. C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est pourquoi je vous propose ceci : ne cherchons pas aujourd’hui qui a raison dans ce conflit, mais cherchons comment parvenir à la paix, et comment réduire au maximum des dangers qui sont bien réels. Voilà le cadre général. Lorsque vous entendez des informations parlant de garanties de sécurité venant d’ici ou de là, représentez-vous toujours ce cadre d’ensemble. Vous pourrez y replacer les nouvelles quotidiennes, et alors tout deviendra compréhensible, y compris ce qui, à première vue, ne l’est pas dans le flot d’informations.
La Hongrie. La situation est la suivante : comme je l’ai mentionné, je viens directement des discussions bruxelloises pour être ici avec vous. Il s’agit de conseils de guerre. À Bruxelles, il n’y a plus de réunions ordinaires : ce sont des conseils de guerre. En effet, les dirigeants de l’Union européenne ont décidé de vaincre la Russie dans une guerre sur le front ukrainien. Il y a une décision en ce sens ! Vous avez vu, avant que je n’entre ici, des extraits diffusés : « Quoi qu’il en coûte. » « Aussi longtemps que nécessaire. » Des armes, de l’argent, et désormais, il existe même un accord signé prévoyant que, si nécessaire, des soldats seront envoyés en Ukraine. Autrement dit, l’Europe ne se dirige pas vers la guerre : elle y est déjà entrée. Elle est déjà en guerre ! La seule question est de savoir à quelle vitesse les conséquences atteindront notre propre vie. Le plus grand danger, c’est que nos enfants soient envoyés comme soldats. Le plus grand danger, c’est que, soudainement, les jeunes Hongrois se retrouvent en uniforme sur le sol ukrainien. Nous avons déjà été en uniforme sur le sol ukrainien. Peut-être que la plus belle chanson militaire hongroise parle précisément du Somogy : celle que chante, sur un disque de Tamás Cseh, une mère de Somogy qui languit après son mari. De très nombreux jeunes hommes ont été envoyés au front depuis le Somogy pendant la Seconde Guerre mondiale, et nous ne voulons pas revivre une situation européenne où, en Hongrie, un gouvernement déciderait que, puisque les Occidentaux y vont, nous devons y aller aussi. Un gouvernement qui ne chercherait pas à rester en dehors de la guerre, mais voudrait marcher au pas avec l’Ouest. Si nous marchons au pas avec l’Europe occidentale sur la question de la guerre, nos jeunes se retrouveront sur le territoire ukrainien, plongés dans un conflit armé. Et qui en reviendra ? Les documents historiques des deux guerres mondiales en parlent abondamment.
La première chose à faire est donc de protéger nos jeunes. De ne pas permettre un changement politique en Hongrie, disons-le clairement : ne pas laisser un gouvernement Tisza engager la Hongrie sur la voie bruxelloise, au terme de laquelle nos enfants seraient envoyés comme soldats à la guerre. La deuxième question, c’est l’argent. Parlons-en sans faux-semblants. La guerre coûte de l’argent. L’Union européenne a décidé de faire la guerre, mais elle n’a pas d’argent. Que fait-elle alors ? Elle peut se procurer de l’argent de deux manières : soit auprès des États membres, soit en contractant elle-même des emprunts. Vous entendez circuler toutes sortes de chiffres. Selon les données que je suis, 195 milliards d’euros ont déjà été envoyés depuis l’Europe vers l’Ukraine. Et il a été décidé d’en envoyer 90 milliards supplémentaires. L’Union n’ayant pas cet argent, elle l’a emprunté, puis elle l’a prêté à l’Ukraine, en espérant qu’il sera remboursé. Eh bien… que le parti Tisza gagne les élections le jour où les Ukrainiens rembourseront ces prêts ! Il s’agit de 90 milliards ! Et maintenant, jeudi soir, on nous a distribué, entre nous, à nous, un document. J’en ai apporté un exemplaire ici, pour vous. Il s’agit d’un document tout à fait récent, non rendu public. Il a fuité hier dans Politico ; il est même possible que je n’aie pas le droit de vous le montrer ici. C’est un plan indiquant combien d’argent l’Union européenne veut donner à l’Ukraine. Il s’agit d’un document de la Commission européenne. Ce n’est donc plus une question de ce que nous pensons à Budapest, ni de raisonnements élaborés dans nos têtes : tout est écrit noir sur blanc, ce qui va se passer exactement. C’est un document de la Commission. Il est long, je ne vais pas le lire intégralement, mais il est écrit que, « dans le cadre de cet objectif », à savoir la reconstruction de l’Ukraine, « la mobilisation d’un total d’environ 800 milliards de dollars de capitaux serait cohérente ». Puis le document explique comment produire ces 800 milliards de dollars pour les Ukrainiens, dans le cadre d’un soi-disant programme ukrainien de prospérité. Et puis, de manière sournoise, vous voyez, mon travail n’est pas simple non plus, tout en bas, en petits caractères, dans une note de bas de page, il est précisé que ces 800 milliards n’incluent pas les dépenses militaires, car celles-ci constituent un poste distinct. « Selon le gouvernement ukrainien, sur la base de la situation actuelle, celles-ci pourraient dépasser 700 milliards de dollars. » Nous en sommes donc à 1 500 milliards ! Et pour éviter toute ambiguïté, ce remarquable document précise encore que, outre la nécessité de réunir ces sommes pour l’Ukraine, ce plan de financement de guerre inclut aussi l’objectif suivant, c’est écrit noir sur blanc : faire en sorte que l’Ukraine adhère à l’Union européenne d’ici 2027. C’est l’an prochain ! Voilà la réalité ! Donc, si quelqu’un veut vous faire croire que l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, qui, soit dit en passant, ruinerait l’agriculture hongroise et absorberait toutes nos ressources, se situe dans un avenir brumeux et lointain, ne le croyez pas. C’est prévu pour 2027, début 2028. Si l’on vous dit que la guerre en Ukraine ne nous coûte rien : 800 plus 700 milliards. Je veux donc vous dire ceci, brièvement : si nous ne tenons pas bon, si nous ne déclarons pas rapidement et fermement que nous ne paierons pas, que nous ne participerons pas, alors on nous écrasera dans une dette que non seulement nos petits-enfants, 1 500 milliards de dollars, mais même nos arrière-petits-enfants devront rembourser. Je le dis à voix basse, par ironie de l’histoire : la dernière tranche des réparations allemandes de la Première Guerre mondiale a été payée en 1990. Autrement dit, la durée des conséquences économiques d’une guerre, le nombre de générations successives contraintes d’en supporter le coût financier, dépasse notre imagination ordinaire. Cela peut concerner deux, trois, voire quatre générations.
Voilà pourquoi l’un des enjeux majeurs des élections de 2026 est de savoir si nous laissons la Hongrie être entraînée dans cet esclavage financier par la dette, ou si nous disons non et résistons. Pour que cela fonctionne, nous avons lancé une pétition nationale, je vous l’ai également apportée Vous y trouverez aussi les politiciens bruxellois vendus en pack, afin de pouvoir les reconnaître. En remplissant cette pétition, on peut exprimer trois refus clairs : Tout d’abord : « Je dis non au financement supplémentaire de la guerre russo-ukrainienne. » « Je dis non au fait de faire payer par nous le fonctionnement de l’État ukrainien pendant les dix prochaines années. » Enfin : « Je dis non à l’augmentation des prix de l’énergie due à la guerre. » Voilà la pétition nationale. Je vous demande de la signer.
Si l’Ukraine était aujourd’hui membre de l’Union européenne, l’Union serait déjà en conflit militaire direct avec la Russie. Si nous ne soutenons pas l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, ce n’est pas par dureté de cœur, mais parce que nous ne voulons pas nous exposer à des risques graves. À long terme, l’Ukraine restera militairement instable : tantôt zone de paix, tantôt zone de guerre. Et si elle faisait partie d’une quelconque intégration, OTAN ou Union européenne, dont nous faisons nous-mêmes partie, il existerait en permanence le risque qu’elle nous entraîne, nous aussi, dans ce conflit. C’est pourquoi l’Ukraine doit rester en dehors de l’Union européenne. Il faut une coopération entre l’Ukraine et l’Union : il ne faut pas les abandonner. Il faut conclure des accords stratégiques, des traités, mais pas de ce genre-là : des accords qui soient aussi bons pour nous. En revanche, les admettre et leur donner des droits de présence à l’intérieur de l’Union serait un danger mortel et ferait peser sur la Hongrie une menace permanente de guerre. Il faut donc rester en dehors.
Ce n’est pas simple de rester à l’écart, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas simple. Il y a déjà eu deux guerres mondiales. Nous avons eu de grands dirigeants : aucun n’a réussi à maintenir la Hongrie hors de la guerre. La situation est donc la suivante : nous aurons besoin, dans les années à venir, d’une grande unité nationale pour réussir à maintenir la Hongrie en dehors du conflit. Je remercie la remarque anonyme lancée depuis la salle : « alors vous le ferez », mais croyez-moi, cela ne suffira pas. Je serai là où il faut être. Je tiendrai un drapeau sous lequel on pourra se rassembler : un drapeau sous lequel se rassembler est toujours une fierté. Mais à lui seul, un bon dirigeant ne suffit pas. Ce n’est que par une unité nationale totale que l’on peut rester en dehors de la guerre. Il y aura des décisions à prendre, des pressions à subir. Il faudra maintenir notre volonté en permanence.
Et maintenant, dans l’esprit de la fraternité catholique universelle, permettez-moi d’ajouter encore ceci : alors même que ces dangers viennent d’Ukraine, alors même que les Ukrainiens veulent nous entraîner dans la guerre, alors même qu’ils nous parlent d’une manière honteuse et irrespectueuse, la Hongrie accueille aujourd’hui 30 000 réfugiés ukrainiens. Alors même que l’Ukraine reçoit de nous la majeure partie de son approvisionnement énergétique. Elle reçoit de nous 40 % de son électricité. Et si nous ne lui livrions pas de carburant, ses véhicules ne fonctionneraient pas. Ce que je veux donc vous dire, c’est que, tout en étant fermes, tout en défendant nos intérêts, tout en refusant de céder, nous avons aussi un cœur. Et ce qui doit être donné à une personne en détresse, nous le donnerons, même si cette personne est ukrainienne.
Károly Szita : Merci infiniment, Monsieur le Premier ministre ! Je ne suis pas encore passé par ce secteur. Là-bas, un jeune homme en cravate a demandé la parole. Je vois un peu difficilement. Je vous en prie. La parole est à vous !
Zoltán Gábor Horváth : Je m’appelle Zoltán Gábor Horváth, je suis enseignant de profession. Dans mon entourage, une question revient souvent, et j’aimerais maintenant voguer un peu sur les eaux des relations internationales. Ces dernières semaines et ces derniers mois, vous avez rencontré à plusieurs reprises le président Trump. On pourrait même dire, si je puis me permettre, qu’il est l’un de vos responsables politiques préférés. Vous l’avez souvent félicité, il doit bien y avoir une raison à cela. Ma question est la suivante : cette bonne relation aura-t-elle des effets positifs, que ce soit pour la Hongrie, pour la Hongrie rurale, ou pour les habitants du Somogy ? Voilà ma question. Je vous remercie.
Permettez-moi d’y répondre tout de suite. Répondons-y immédiatement, sans en ajouter deux autres, car cela risquerait à lui seul de consommer tout le temps dont nous disposons. Ce n’est pas une question simple. Tout ce que nous voyons aujourd’hui du président américain et autour de lui est totalement inhabituel pour nous. Nous n’y sommes pas habitués. De plus, nous sommes des Européens centraux : nous avons notre propre code culturel, notre manière de nous comporter, et je peux vous dire qu’elle diffère profondément du code selon lequel fonctionne le président américain. Cela tient aussi au fait que les Américains ne savent parler qu’en superlatifs. Tout est « formidable », « fantastique », « exceptionnel », « jamais vu ». Et encore, ce sont là les qualificatifs les plus modérés. Un Hongrois ne peut pas parler ainsi, car il y verrait volontiers une forme de fanfaronnade. Le Hongrois privilégie plutôt la retenue, le sérieux, l’assurance, mais toujours avec retenue, dans son comportement et dans les relations internationales. Mais tout cela, c’est terminé. Un homme d’affaires américain est arrivé, pour qui tout est grandiose, fantastique, inédit, et ne sera jamais meilleur que ce qui nous attend juste devant nous. On peut sourire de cela, et les Européens sourient, d’ailleurs, avec une certaine condescendance académique. Mais quelle est la réalité ? La réalité, c’est que l’OTAN était en panne. Elle ne fonctionnait plus depuis longtemps. Les États membres ne consacraient même pas 2 % de leur budget aux dépenses militaires, alors qu’ils s’y étaient engagés. Puis ce président arrivé, on peut dire ce qu’on veut, et aujourd’hui, combien dépense-t-on ? 2 % ! Mieux encore : nous avons déjà accepté de passer à 3,5 %. C’est donc lui qui a sauvé l’OTAN. On peut dire du président américain qu’il est ceci ou cela, qu’il a des idées fantasques, par exemple sur des projets immobiliers dans la bande de Gaza. J’ai d’ailleurs vu à Davos une excellente présentation à ce sujet. On peut dire tout cela. Mais là-bas, il y a peu encore, des milliers de personnes s’entretuaient. Aujourd’hui, c’est fini. Aujourd’hui, il y a la paix. Les gens ne s’y entretuent plus. Du Venezuela, des tonnes de drogue ont été expédiées vers le monde occidental, vers l’Amérique. Aujourd’hui, c’est terminé. L’Iran représentait une menace permanente ; aujourd’hui, l’Iran est affaibli. Tout ce que je peux dire, c’est ceci : pendant que les Occidentaux multiplient les remarques sarcastiques sur le président américain, la vérité est que toutes les institutions internationales, gérées pendant trente ans dans un style européen policé et académique, se sont paralysées et n’ont produit aucun résultat. Puis un homme est arrivé, a tout renversé : désormais, il y a des résultats. Certes, ils sont toujours inférieurs à ce qu’il annonce. Mais n’est-ce pas ainsi que fonctionne le monde des affaires ? Il est possible qu’il ait voulu mettre tout le Groenland, comme un énorme glaçon, dans son verre de whisky. C’est possible. Il est possible qu’il n’y parvienne pas. Mais qu’à partir de maintenant, ce glaçon soit à lui, et que ce qui s’y passe corresponde à ce qu’il souhaite, là-dessus, nous pouvons en être certains. Tout cela se fera bien sûr dans un cadre OTAN, mais il est certain que, du point de vue militaire, tout ce qui est important pour les États-Unis s’y produira. C’est pourquoi je vous recommande de ne pas vous laisser entraîner par les moqueries stylistiques, mais de voir l’essentiel. Il y a un président américain qui a décidé de ne pas simplement occuper son poste, mais d’agir, de résoudre des problèmes, d’atteindre des objectifs. Il s’est mis en marche, et il agit. Si nous avons de la chance, il parviendra peut-être même à obtenir des résultats dans la guerre russo-ukrainienne. Nous ne le savons pas. Ce serait souhaitable. Cela nous sauverait, car il est certain que les Occidentaux, les Européens de l’Ouest, n’obtiendront aucun résultat. Je pense qu’aujourd’hui, le fait que l’Amérique ait un président au style étrange, atypique, mais très efficace, très sûr de lui et capable d’agir, est globalement une bonne chose pour la Hongrie, parce qu’il règle certains des problèmes internationaux non résolus, et cela nous est aussi bénéfique. Si je ne regarde pas les choses avec ces lunettes-là, mais avec des lunettes hongroises, je peux dire qu’il est important et avantageux pour nous qu’il soit président pour trois raisons. La première : s’il n’était pas président, et si nous n’avions pas conclu une alliance avec lui dès 2015, il y a onze ans, avant même que quiconque ne le prenne au sérieux, alors que nous, nous l’avons soutenu dès le départ. L’avons-nous soutenu ? « Comme on fait trembler le pont ! », dit la petite souris quand elle traverse avec l’éléphant. Nous avons donc été les seuls à ne pas le critiquer. Disons-le ainsi : nous avons simplement dit que ce serait bon pour le monde s’il gagnait. En effet, la réalité est la suivante : sans cela, le plafonnement des charges énergétiques aurait déjà disparu en Hongrie, puisque l’Amérique avait ordonné l’interdiction de tout gaz et pétrole provenant de Russie. Il fallait obtenir que cette interdiction reste en vigueur, à condition d’ajouter, en toutes lettres : exception faite pour la Hongrie. Et c’est exactement ce qui s’est produit. Si, au cours des dix dernières années et plus, nous n’avions pas investi pas à pas dans la coopération, l’amitié, la camaraderie avec lui, pendant que toute l’élite politique ouest-européenne se moquait de lui, le tournait en dérision, il n’y aurait aujourd’hui aucun plafonnement des charges énergétiques en Hongrie. Voilà le premier point. Je ne parle même pas du fait que, pour que MOL puisse racheter la raffinerie de pétrole serbe, une autorisation américaine est nécessaire, et cette autorisation, nous l’avons également à l’heure actuelle. Un autre point important est le suivant : alors même que l’on observe que les capitaux américains sont rapatriés vers les États-Unis depuis de nombreuses régions du monde, des investissements américains arrivent en Hongrie. Péter Szijjártó inaugure chaque semaine un nouvel investissement américain qui se concrétise en Hongrie, et cela dans les secteurs de haute technologie. Autrement dit, aujourd’hui, l’Amérique est plus fortement présente en Hongrie en tant qu’investisseur qu’elle ne l’était avant Trump. Et le troisième élément, c’est ce fameux bouclier financier, dont la forme concrète fait encore l’objet de discussions. Mais je peux vous dire une chose : si qui que ce soit, que ce soit sur les marchés financiers londoniens, à Bruxelles ou dans le cadre du budget de l’Union européenne, tente de jouer des tours aux Hongrois ou de provoquer une crise financière, il existe un lien américain qui nous permet de nous en protéger. La Hongrie est donc en sécurité sur le plan financier également. Pardon, Karcsi ! Voilà ce que nous avons tiré de cela jusqu’à présent.
Károly Szita : Je ne suis pas encore allé par là. Je vous en prie. Vous êtes un peu moins dégarni que moi… oui, le micro, s’il vous plaît. Merci beaucoup !
Zsolt Jusits : Merci beaucoup, Monsieur le Maire, de me donner la parole ! Je m’appelle Zsolt Jusits, je suis chanteur, directeur de troupe depuis près de quarante ans, patriote et enfant du pays à Kaposvár, père de trois enfants : dans un mois naîtra mon prochain petit-enfant, le troisième. Je sais que vous êtes vous aussi bien entouré d’enfants et de petits-enfants, et je vous en félicite. Mais mon inquiétude est également au cœur de ma question. C’est moi qui pose la question, mais je pense parler au nom de beaucoup d’entre nous : nous sommes inquiets pour vous. Nous voyons, nous lisons, nous entendons les déclarations de Zelensky, ses menaces, et nous savons que des extrémistes ukrainiens s’en prennent à vous, pour ainsi dire. Je sais que vous êtes un Hongrois courageux et fier, mais malgré cela, je vous demande : n’avez-vous pas peur ? Ne craignez-vous pas leur vengeance ? Voilà ma question. Merci beaucoup !
Karcsi, je vais répondre à cela.
Károly Szita : Je m’en doutais, Monsieur le Premier ministre. En effet, il ne faut pas que l’on s’éparpille !
Commençons par parler de la peur, en général. Sans peur, il n’y a pas de courage. Car la peur n’est rien d’autre que ce qu’il faut vaincre. C’est là que se fait la différence entre le courageux et le lâche. Le courageux surmonte sa peur, le lâche ne le fait pas. C’est pourquoi on raconte, une vieille histoire de soldats, qu’un homme tremble dans la tranchée, les autres se moquent de lui, et il répond : « Si vous aviez aussi peur que moi, vous seriez déjà partis en courant depuis longtemps. » Bien sûr que l’on éprouve de la peur. Celui qui n’éprouve aucune peur n’est pas courageux : il est téméraire. C’est comme le Tsigane qui essaie de vendre son cheval aveugle, vous savez, celui qui fonce droit dans le mur. On lui dit : « Mais enfin, il est aveugle ! » Et lui répond : « Aveugle ? Non, il est seulement aveuglement téméraire ! » Celui qui n’a pas peur n’est donc pas courageux, mais téméraire ; et avec la témérité, il faut être prudent, car on ne sait pas mesurer le risque réel du danger. Voilà pour commencer. Il ne s’agit donc pas de dirigeants qui ignoreraient la peur, mais de personnes qui la connaissent très bien : par le sport, par l’éducation, par ce qu’on apprend de son père, de sa mère, par les coups reçus dans la vie ; bref, ils savent comment les choses fonctionnent. La peur, il faut la surmonter. Lorsque je regarde les Ukrainiens, lorsque je vois ce collègue Zelensky proférer des menaces, je me dis toujours ceci : il est mon cinquième président ukrainien. Je n’irai pas plus loin dans les plaisanteries issues de l’humour populaire… vous connaissez l’histoire du vieux taureau sur la colline… bon, passons. La première chose à retenir, c’est qu’il est mon cinquième président. Et nous ne nous souvenons même plus du nom des quatre précédents. Parenthèse refermée.
Les menaces personnelles doivent parfois être prises au sérieux, mais le rôle du Premier ministre est avant tout de garantir la tranquillité dans le pays. Que chacun puisse vivre sa vie sereinement : pas d’héroïsme, pas de bravades inutiles, un rythme calme, réfléchi, et la possibilité pour chacun de décider comment il veut vivre et d’avancer à son propre rythme. Mon rôle n’est donc pas de maintenir le pays en état de tension permanente à propos de menaces diverses, mais au contraire de gérer ces menaces calmement, aussi longtemps qu’il n’est pas indispensable que tout le monde en soit informé. Pour cela, il existe des outils. Il nous arrive donc, bien sûr, de décréter un niveau de sécurité renforcé. Ce n’est pas agréable, mais c’est nécessaire. Ce n’est toutefois pas un état permanent. Aujourd’hui, le niveau de menace n’est pas universellement élevé ; je le qualifierais plutôt de modéré, avec parfois des pics ponctuels. Ce sont ceux-là auxquels je dois prêter la plus grande attention : moi-même, mais aussi ma famille. Et cela, je l’avoue, me préoccupe davantage que ce qui me concerne personnellement. La menace a par ailleurs une forme ukrainienne particulière, que j’apprends moi-même à connaître : elle est souvent associée à l’insulte. Autrement dit, on ne se contente pas de menacer, on insulte aussi. Les insultes, je les supporte bien. Je crois ne pas avoir un ego démesuré : nous cohabitons, l’ego et moi, il y a de la place. En revanche, il faut répondre lorsque l’insulte porte atteinte à l’honneur de la Hongrie. Cela, on ne peut pas l’accepter. La Hongrie doit toujours être traitée avec respect, avec considération. On ne peut pas nous parler n’importe comment. Et si quelqu’un ne respecte pas cela, c’est le devoir du Premier ministre de l’exiger fermement et de faire en sorte que ce respect soit accordé. Là-dessus, il n’y a pas de discussion possible. Et puis, la politique intérieure hongroise est aussi un excellent entraînement, n’est-ce pas ? Dans ce paquet von der Leyen – Weber – Zelensky – Péter Magyar, il y a aussi un acteur hongrois, qui passe lui aussi ses journées à nous menacer. Que répondre à cela ? Je réponds par une phrase que j’ai lue autrefois : « Bien sûr, bien sûr… mais ne dis jamais à un crocodile qu’il a une grande gueule tant que tu n’as pas atteint l’autre rive. » C’est ce que je recommande.
Enfin, il y a encore un point important concernant la peur, le courage et la manière d’assumer un conflit. Pardon, Károly, mais ce sont pour moi les questions les plus passionnantes. Comment entrer dans un conflit ? Par exemple à Bruxelles, lorsqu’on sait pertinemment que personne ne sera à vos côtés, que deux ou trois s’abstiendront, et que vingt-trois ou vingt-quatre se jetteront sur vous. Il existe une véritable science pour savoir comment procéder dans ce cas. Il ne faut pas se laisser emporter, ni se jeter tête baissée dans un conflit, cela conduit toujours à des ennuis. Il faut d’abord évaluer soigneusement le terrain. Comprendre la situation. Ne nourrir aucune illusion. On ne doit accepter que des conflits que l’on est capable de gagner. Il ne faut jamais croire que l’on peut gagner un conflit plus vaste que ce dont on est réellement capable. Il faut donc faire preuve de calme stratégique. Ensuite, il faut regarder avec qui l’on peut s’allier. Puis déterminer qui l’on peut neutraliser, convaincre, ou retirer du camp adverse. Et enfin, il faut un plan. Un plan pour le moment où l’on s’engage, comme la dernière fois, lorsque nous sommes restés en dehors du prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine. Il y avait un plan, et au moment opportun, nous avons commencé à le mettre en œuvre. Et le plus important, c’est toujours avoir une issue de secours, au cas où le plan ne fonctionnerait pas. C’est à peu près ainsi que nous procédons. Et je sais bien que ce que vous voyez surtout, car après tout, qu’est-ce qui intéresse davantage l’opinion publique que les conflits ? Mais croyez-moi : il n’existe pas un seul conflit avec l’Union européenne que nous n’ayons examiné une douzaine de fois, que nous n’ayons planifié, dont nous ne connaissions le déroulement, et dont nous ne sachions pas, à la fin, comment le gagner, ou, si ce n’est pas possible, comment nous en retirer. Nous n’entraînons pas la Hongrie dans des aventures hasardeuses, nous ne menons aucune action de flibustiers, car nous incarnons la sécurité, nous sommes le choix sûr. Mais il faut toujours tenter quelque chose, car on n’avance pas en marchant à pas de nain. En politique internationale, on ne sait jamais exactement où se trouve le mur. On se fait une idée, on tâtonne. Mais si l’on s’arrête systématiquement parce que l’on a l’impression que le mur est trop proche, alors on n’avance jamais, on reste à faire du sur-place, et l’on finit par partager le sort de certains pays qui, lorsqu’on les appelle de Bruxelles, se contentent de répondre au téléphone : Jawohl ! Cela, nous n’en voulons pas ! Ce n’est pas nous. Il faut donc assumer les conflits, de la manière que je viens de décrire.
Károly Szita : Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre. Je ne suis pas encore passé par là-bas. Je vous en prie ! Encore un jeune homme en cravate. Pour moi, tout le monde est jeune, prenez-le comme un compliment.
Tamás Nagy : Merci beaucoup, Monsieur le Maire ! Monsieur le Premier ministre, je m’appelle Tamás Nagy. Je vis ici, dans cette ville, avec ma famille, et je suis directeur de l’école de musique locale. Je le précise parce que, grâce à un soutien gouvernemental important ces dernières années, cette institution a pu être rénovée. Cela montre bien à quel point le Fidesz ne soutient pas l’éducation… Je souhaiterais poser ma question sur un tout autre sujet. En parcourant les routes du département de Somogy, notamment dans le sud du Somogy, ce n’est pas vraiment un problème propre à Kaposvár, je constate surtout le long de la rive sud du Balaton que, dans de très nombreuses communes, les routes sont encore des chemins de terre ou des routes en gravier. Les maires de ces communes ont beaucoup de mal à les rénover avec leurs seuls moyens ; cela représente une lourde charge pour eux. Je pense qu’après une victoire électorale en 2026, le gouvernement pourrait remettre de l’ordre dans cette situation. Monsieur le Premier ministre, avez-vous un plan à ce sujet ? Peut-on espérer que ces routes seront modernisées ? Merci beaucoup !
Károly Szita : Merci beaucoup ! Poursuivons ! Ici, quelqu’un demande la parole depuis un moment, je vous en prie ! Oui, je vous avais déjà repérée tout à l’heure, Madame, la dame blonde.
Mónika Szigeti : Merci beaucoup. Je m’appelle Mónika Szigeti, j’enseigne ici dans la ville. Je suis très reconnaissante d’avoir obtenu le micro, car, dans la continuité de ce qu’a dit Monsieur le Directeur, je souhaiterais moi aussi remercier le Premier ministre et le gouvernement pour les soutiens que nous avons reçus ces dernières années. Cela a été une aide immense pour nous. Ma question est en réalité liée à cela. Nous avons entendu ici des montants comme 800 milliards de dollars, 700 milliards de dollars : des sommes vertigineuses, que nous avons du mal à imaginer. Ma question est la suivante : si cela se concrétise, si l’Ukraine reçoit effectivement de tels montants, qu’adviendra-t-il des autres États membres ? Qu’adviendra-t-il de nous, Hongrois ? Qu’en sera-t-il de notre développement futur ? J’aimerais savoir quelles ressources pourraient encore être disponibles dans un tel scénario. Merci beaucoup !
Károly Szita : Merci beaucoup. Cher Monsieur le Premier ministre, la parole est à vous.
Tout d’abord, je remercie Monsieur le Directeur de l’école de musique pour sa question. Permettez-moi une digression. Ce n’est pas à moi d’évangéliser dans ce pays, c’est un autre métier, même s’il est proche du mien. Mais je rencontre non seulement les difficultés économiques des Hongrois, mais aussi leurs difficultés intérieures, si vous me permettez cette expression. Et je suis convaincu que la musique est un excellent remède. Face aux nombreux maux que l’histoire nous a infligés au cours du siècle écoulé, qui nous empêchent parfois de nous redresser pleinement, et qui nourrissent entre nous plus de méfiance qu’il ne le faudrait, je suis persuadé que la musique est l’un des meilleurs remèdes. Chanter ensemble guérit l’âme et crée de la communauté. C’est pourquoi les écoles de musique resteront très importantes dans les décennies à venir. Nous disposons d’un Programme des villages hongrois, et d’un Programme des districts compétitifs, et il y a ce problème évoqué par Monsieur le Directeur : les chemins de terre ruraux. Il faut distinguer deux catégories. La première concerne les routes à l’intérieur des communes ; la seconde, celles qui se trouvent hors agglomération, dans les zones rurales. Pour les routes situées à l’intérieur des communes, les municipalités peuvent compter sur nous. Elles n’auront pas, en particulier dans les petites localités, les moyens financiers nécessaires pour les remettre en état seules : un programme gouvernemental est indispensable. En ce qui concerne les chemins agricoles négligés situés hors des villages, le problème n’est pas seulement qu’il s’agisse de chemins de terre, mais surtout qu’ils soient en mauvais état. Là, il faudra travailler en coopération avec les agriculteurs. Après les élections, si Dieu nous prête main-forte, j’aurai une proposition à leur faire : qu’ils prennent eux aussi une part de responsabilité, et que nous prenions la nôtre. Ainsi, nous rendrons praticables les chemins agricoles situés hors agglomération. Dans les villages, comme je l’ai déjà dit, des financements gouvernementaux seront alloués.
Puisque deux enseignants nous ont honorés de leur intervention aujourd’hui, je voudrais dire ceci : j’espère sincèrement que la relation entre la politique et les enseignants finira par se normaliser. Je ne parle pas ici du gouvernement Fidesz en particulier, mais plus largement de la relation entre les enseignants et le pouvoir public, quel qu’il soit. Je peux affirmer avec certitude que la frustration des enseignants est préjudiciable à tous. En effet, lorsqu’une personne est frustrée, tôt ou tard, c’est l’enfant qui en paie le prix, parfois même par une gifle injustifiée. Dans ces conditions, il est très difficile d’amener un enfant vers un apprentissage serein, équilibré, enrichissant, lorsque l’enseignant lui-même est tendu, à bout de nerfs. Il est donc essentiel que les enseignants trouvent leur juste place dans la société hongroise. Et cela n’a pas vraiment été le cas au cours des trente dernières années. Ils ont eu en permanence le sentiment d’être exploités, sous-payés, dirigés de manière autoritaire, confrontés à toutes sortes de difficultés. Dans les zones socialement fragiles, ils ont même parfois été à la merci de parents qui entraient à l’école pour faire scandale : appelons les choses par leur nom, ce n’est pas rare. Nous avons dû instaurer une police scolaire, entre autres mesures. Aujourd’hui toutefois, je pense que nous avons réussi à atteindre un niveau salarial tel qu’un enseignant gagne en moyenne autour de 900 000 forints par mois. En moyenne ! Je ne dis pas que c’est beaucoup, ni que cela résout tout. Je dis simplement que nous avons franchi un premier pas important, afin qu’un enseignant ne se voie plus comme une victime, mais comme l’accomplisseur d’une vocation magnifique : celle de rendre les enfants des autres plus intelligents, meilleurs, plus nobles. Ma mère était enseignante. Elle enseigne encore aujourd’hui à mes petits-enfants. Je ne voudrais pas être à leur place, mais c’est une autre histoire. Ils sont mis à contribution, c’est la vie ! Mais une chose est sûre : un bon enseignant, quelles que soient les circonstances, est calme, aime les enfants, aime sa vocation, et n’est pas frustré. Une partie de ce problème est désormais réglée. Mais d’autres questions restent encore ouvertes. Nous devons repenser le programme scolaire national. Discuter de la marge d’autonomie pédagogique laissée aux enseignants, mais aussi de ce qui relève des exigences centrales. En effet, on ne peut pas enseigner n’importe quoi aux enfants. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle contre l’idée qu’un gouvernement hongrois confie la culture et l’éducation à quelqu’un qui rédige ou édite des manuels de type Le Beau au bois dormant. C’est impossible. On ne peut pas tout faire. On ne peut pas tout enseigner. Il faut donc parvenir à un accord avec les enseignants : définir ce que nous attendons, le cadre dans lequel ils doivent évoluer, le programme éducatif de référence, et, à l’intérieur de ce cadre, la liberté pédagogique dont ils disposent, ainsi que les formes de contrôle acceptables. Car il n’existe pas de travail sérieux sans évaluation ni mesure. Sinon, le résultat sera à l’image de cette absence d’exigence. Ces formes de coopération entre l’administration éducative et les enseignants n’ont pas encore vu le jour. Je pensais que la création du corps enseignant permettrait de résoudre cela. Mais cela n’a pas fonctionné ainsi. Il faut donc nous rasseoir ensemble, analyser pourquoi, et reprendre la discussion. Nous avons franchi une étape importante, financièrement. Il reste maintenant à dialoguer pour trouver une formule que les enseignants jugent acceptable, que nous jugeons acceptable, et qui permette aux parents de retrouver à la sortie de l’école les enfants qu’ils espèrent y voir grandir. Ce n’était pas exactement la question, mais puisque cela venait de vous, je tenais à le dire.
Votre question portait cependant sur un autre point : si notre argent part en Ukraine, que deviendront les fonds européens ? Je vais répondre en parlant d’autre chose. Parlons un instant de ce que sont réellement les fonds européens. Car ils ressemblent un peu, dans mes souvenirs d’enfance, à ce hibou mystérieux dont on se servait pour faire peur : tout le monde en parle, mais personne ne l’a jamais vraiment vu. Que sont ces fonds européens ? D’abord, la Hongrie contribue au budget de l’Union européenne, et reçoit aussi des aides en retour. Si l’on fait la différence entre ce que nous versons et ce que nous recevons, le bénéfice net représente environ 3 % du produit intérieur brut annuel de la Hongrie. Autrement dit, ceux qui pensent que les fonds européens peuvent résoudre tous les problèmes de ce pays ne connaissent pas la réalité. Nous produisons 100 % de notre PIB par notre propre travail. Les fonds européens en représentent 3 %. Sans ces fonds, nous survivrions tout de même : 3 contre 97. Pourquoi nous battons-nous alors pour ces fonds ? Parce qu’ils nous reviennent de droit ! Ils sont à nous. Ce n’est pas une faveur qu’on nous accorde quand on en a envie. Il existe un ensemble de règles selon lesquelles cet argent revient de droit aux Hongrois. Et ce qui nous revient, doit nous être versé. C’est pour cela que nous nous battrons. Ils ne veulent pas nous le donner. Que fait-on avec quelqu’un qui refuse de donner ce qui est dû ? On le lui prend. Mais comment le prendre ? Comment le prendre, dans la politique internationale ? De telle sorte que cela donne l’impression que c’est lui qui l’a donné de son plein gré. C’est là-dessus que je travaille. Je peux vous dire ceci, chiffres à l’appui : la Hongrie a droit à 22 milliards d’euros sur sept ans. Sur cette somme, les Bruxellois sont convaincus que 12 milliards nous ont été accordés de leur propre initiative. Et ces 12 milliards sont déjà là : ils sont sur notre compte. La question est maintenant la vitesse à laquelle nous menons les appels d’offres, la rapidité avec laquelle les bénéficiaires présentent leurs factures : autrement dit, l’argent est en cours d’acheminement. Il reste encore 10 milliards qu’ils devront nous verser, tout en ayant le sentiment de bien faire. Il y aura de nombreux moments où ils se sentiront très bien en les versant. Je m’en porte garant. Vous pouvez en être certains.
Károly Szita : Mesdames et Messieurs, Chers Amis, Je suis ici le vilain, le méchant et le mauvais à la fois. Et si je vous dis cela, ce n’est pas par crainte qu’on me donne un coup de pied pour me faire sortir par la droite, même si l’on m’a soufflé à l’oreille qu’il allait falloir conclure cette journée. Avant de rendre la parole à Monsieur le Premier ministre, puis à Philip, je voudrais vous dire une chose, une seule, avec certitude : Ce n’était pas la dernière fois que nous voyons Viktor Orbán à Kaposvár. Et j’en suis tout aussi certain, et faisons tout pour que cela arrive, qu’après le 12 avril, peu importe ce qu’il me dit aujourd’hui sur le fait qu’il viendra ou non, je pourrai de nouveau l’accueillir ici à Kaposvár en tant que Premier ministre. Monsieur le Premier ministre, merci beaucoup !
Merci beaucoup pour cet accueil chaleureux, merci d’être restés avec nous plus d’une heure. Merci pour vos questions. Merci de pardonner mes réponses parfois digressives, qui ont parfois du mal à retrouver le grand axe.
Mais la vie est ainsi, et vous avez raison. Le Fidesz est le choix sûr. C’est aussi pour cela que je suis venu vous en convaincre. Je vous ai présenté une partie de mes arguments. Nous vivons à une époque de dangers. Il y aura encore des moments périlleux : la menace directe de la guerre est réelle, les jeunes sont menacés par le risque du service militaire en temps de guerre, et nous sommes tous menacés par l’effondrement économique si nous ne résistons pas à ce que veulent imposer Bruxelles et les représentants du futur gouvernement-marionnette qu’elle envoie ici. Voilà pourquoi le Fidesz est un choix sûr : nous sommes ancrés sur des bases nationales, et vous pouvez être certains que tout ce qui est mauvais pour la Hongrie, nous y dirons toujours non. Mais le Fidesz est aussi un choix sûr pour une autre raison : celle par laquelle nous avons commencé cette rencontre. Je suis assis dans votre cuisine, n’est-ce pas ? Depuis 37 ans. Nous nous connaissons. Il y a peu de surprises entre nous. Et peut-être y a-t-il même plus qu’un simple lien : on peut sans exagérer parler d’amitié. Qu’est-ce que la vraie marque de l’amitié ? Il est facile d’être ami avec quelqu’un de parfait. La vraie valeur, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est : avec ses erreurs, ses imperfections, même quand tout ne nous plaît pas, mais de rester à ses côtés, et de savoir qu’il restera toujours aux nôtres. Voilà pourquoi le Fidesz est le choix sûr. Nous resterons toujours à vos côtés. Le Fidesz sera le parti des Hongrois, et nous ne permettrons jamais que quiconque, depuis Bruxelles ou d’ailleurs, impose un programme qui soit mauvais pour le peuple hongrois. Je comprends que le changement puisse parfois être nécessaire. Je comprends aussi que les jeunes aient besoin d’espace. Et je comprends que certains veuillent devenir Premier ministre, cela arrive. Chaque chose a son temps. Mais aujourd’hui, chers habitants de Kaposvár, ce n’est pas le temps de l’expérimentation. Aujourd’hui, il faut jouer la carte de la sécurité. Le Fidesz est le choix sûr. Allez, Kaposvár ! Allez, la Hongrie !